Incendie du Black Market : les dessous d’une catastrophe

par nordsud.info
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REPORTAGE. Débuté jeudi 15 août, l’incendie du Black-Market d’Adjamé n’a pu être totalement éteint que le lundi 19 août. Derrière ce drame, se cache de nombreux problèmes. Retour sur un incendie dont on ne connaît toujours pas les causes exactes …

Lundi 19 août. Après 5 jours d’intense combat contre les flammes, les sapeurs-pompiers militaires ont enfin pris le contrôle de la partie du Black Market, qui fait face au Marché Gouro. Mais il ne reste presque plus rien. Seulement des monticules de gravas. Pour éteindre complètement le feu, il a fallu démolir plusieurs bâtiments de commerce. Encore sur les lieux, les bulldozers qui ont fait le boulot, sont garés sur la route encombrée qui longe l’endroit. À côté, un camion des pompiers et un cargo de la gendarmerie. Tandis que les ‘‘hommes du feu’’ font le point pour s’assurer qu’il n’y a plus aucune braise en activité les gendarmes, eux, tiennent à distance les badauds. Car, les voleurs rôdent.  

Quelques commerçants victimes du feu dévastateur, débuté jeudi dans l’après-midi, fouillent encore dans les décombres. Ils sont dévastés. Alani Nounirou, grossiste, vendeur de vêtements, dit avoir perdu environ 50 millions FCFA dans les flammes, dont 9 millions en espèce. « Il était impossible de rentrer dans le magasin pour sauver quoi que ce soit, à cause de la fumée et de l’intensité du feu. Beaucoup de personnes prisonnières à l’étage de ce bâtiment (ndlr, il nous montre un R+1 en face et à moitié détruit) étaient obligés de sauter », raconte-t-il, amer. Il y aura plusieurs blessés, mais aucun décès signalé. Tahirou Moctar, lui, estime ses pertes à plus de 40 millions. C’est un vendeur de peinture. « Personne ici n’a pu sauver ses marchandises. Il fallait choisir, entre mourir ou vivre. Les pompiers eux-mêmes n’arrivaient pas à s’approcher du feu. Il y avait environ une soixantaine de magasins ici, mais rien ne reste », soupire ce quadragénaire, anéanti. Des téléphones portables, des vêtements, de la peinture, des matelas, et beaucoup d’autres articles divers étaient entassés dans ce lieux d’environ la taille d’un terrain de football moyen.

Des causes du feu à élucider

Qu’est-ce qui a déclenché le feu ? L’enquête de la police ne l’a pas encore déterminé. Ce qui n’empêche pas les commerçants d’avoir leur propre idée. « Le feu a débuté à 13h, quand beaucoup étaient à la prière. Il y a eu une masse à l’étage d’un des bâtiments et le feu a pris la prise. La personne qui s’y trouvait a pris l’objet en feu pour le jeter en bas. Mais il y avait des matelas en mousse, là. Ça s’est embrasé et le feu est parti très vite… », raconte Alani Nourinou. De son côté, Moctar n’a vu le feu que lorsqu’il a pris les matelas en mousse. La source du feu, les sapeurs-pompiers ne peuvent l’attester. « C’est à la police de mener son enquête et dire ce qui s’est passé. Notre rôle, c’est d’éteindre le feu », nous explique l’officier Ismaël Coulibaly que nous rencontrons ce même lundi à la base des sapeurs-pompiers militaires de l’Indenié.

Les sapeurs pompiers ont bataillé cinq jours durant, pour venir à bout du feu…

D’un incendie à un autre, les causes sont différentes, d’après notre hôte. Des prises surchargées, aux branchements anarchiques, en passant par les feux de charbon très mal éteints. Il était le premier sur les lieux quand l’incendie leur a été signalé. Et c’est avec un masque au nez qu’Ismaël Coulibaly nous relate les faits, avec la permission de ses supérieurs : « J’étais sur place à 13h45. La première difficulté que nous avons rencontrée, c’est l’accès à cette partie du Black Market. Les camions-citernes avaient du mal à passer à cause de l’encombrement des voies. La seconde difficulté, c’est qu’il n’y avait pas de point d’eau à côté. Les camions-citernes étaient obligés de venir faire le plein ici à la base, pour repartir ». Et il y a une troisième difficulté auxquelles les sapeurs-pompiers ont dû faire face. « L’un des bâtiments avait un dépôt de carburant en-dessous », informe Ismaël Coulibaly. Il leur a été quasiment impossible de s’y approcher. Et attendre, d’après le jeune officier, que le bâtiment s’affaisse sur ledit dépôt de carburant pour enfin contrôler cette zone. Aussi, les nombreux magasins R+1 pris par les flammes, étaient devenus fragiles et se fissuraient, au dire de M. Coulibaly. Les pompiers n’ont donc pu monter pour éteindre les flammes au-dessus.

Difficile accès des lieux, absence de bouche d’incendie, produits inflammables, bâtiments non solides, sont autant de faits qui ont allongé le temps d’intervention à 5 jours. Mais le pire a été évité, car l’incendie ne s’est pas propagé aux autres magasins, pourtant à proximité.

Conformité

Maintenant que le feu est éteint, la question de la conformité de nos marchés revient sur la table. Si les incendies de marchés ont quelque peu baissé depuis des années, le cas du Black Market montre que la menace couve toujours. À la mairie d’Adjamé, on n’en est conscient. Sékou Ouattara, le responsable de la communication souligne qu’ils n’ont cessé de sensibiliser les commerçants dans ce sens. « Mais il faut que cela soit accompagné d’actions de coercition », souligne-t-il. La conformité des marchés, dit-il, dépend de plusieurs structures. Notamment le Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD), l’Office national de la protection civile (ONPC). « Les domaines appartiennent à la Mairie, mais ce sont des opérateurs qui construisent les marchés et l’exploitent pendant un certain nombre d’années », indique Sékou Ouattara. Le Black Marcket a été construit par le même opérateur que le Forum des marchés, qui se trouve à quelques encablures de là. Dans les deux cas, on rencontre les mêmes problèmes d’accessibilité. Et des commerçants livrés à eux-mêmes.

« Les anomalies du Black Market sont intervenues sous l’ancien maire, quand on construisait le marché. Il n’y a aucune bouche d’incendie et nous l’avions signalé », explique Karim Sanogo, directeur général de la Fédération nationale des acteurs du commerce de Côte d’Ivoire (FENACCI). Cette erreur, d’après lui, a fait perdre plusieurs centaines de millions FCFA aux commerçants, parce qu’aucun d’eux n’est assuré. « Pourquoi croyez-vous que les assureurs refusent d’assurer les commerçants à Adjamé ?  On assure un bien qui est adossé à un titre de propriété. Mais ce n’est pas le cas ici. On dit que le Black appartient à la mairie, cependant, la mairie ne dispose pas de document. Pareil, pour le Forum des marchés », s’offusque-t-il.

Alors que le Gouvernement est en pleine exécution de son programme de réalisation de 40 marchés de proximité dans le cadre du PS-Gouv 2, l’incendie du Black Market, rappelle, la nécessité du respect strict des normes de construction de ces espaces commerciaux.  

Raphaël TANOH

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