Depuis que le corps sans vie d’un étudiant a été découvert au CHU de Cocody, la FESCI est scrutée de près. La culture de la violence est un vieil héritage de cette organisation qui a toujours fonctionné comme une vraie mafia.
C’est la goutte d’eau qui aura fait déborder le vase. Le meurtre dans la nuit du 29 au 30 septembre d’Agui Mars Aubin Deagoué, alias le Sorcier, a conduit à la suspension pour mesure conservatoire, des activités des associations syndicales universitaires sur toute l’étendue du territoire national.
Déjà, en mi-mai, peu après l’élection de l’actuel secrétaire général, plusieurs bagarres avaient éclaté entre étudiants membres de la structure. Dans la nuit du 11 au 12 dimanche, en effet, des individus cagoulés ont surgi dans les résidences universitaires de Port-Bouët, de Vridi, de Williamsville. Provoquant des heurts avec d’autres groupes, appartenant à la FESCI. Bilan : plusieurs blessés. Aucune enquête n’a été officiellement ouverte sur cet incident. Le 6 novembre dernier, c’est la cité rouge qui a été le théâtre d’affrontements entre étudiants de la FESCI. Il y aura un blessé, conduit au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Cocody. Là aussi, les faits ont été commis impunément. Des incidents liés à la dissension actuelle au sein de la FESCI, où le SG est contesté par une faction.
Mais la violence universitaire impulsée par ce syndicat leader parmi une dizaine d’autres, depuis plusieurs années, n’est pas qu’une affaire de leadership.
Avant de céder le siège à Kambou Sié, Allah Saint Clair a lui aussi participé à la dégradation du climat universitaire. C’est sous son mandat que plusieurs blessés dont dix cas graves, ont été relevés le 9 mars 2023, dans des violences perpétrées par la FESCI contre des membres de l’Association des élèves et étudiants musulmans de Côte d’Ivoire (AEEMCI). La raison du quiproquo ? Un examen blanc que l’AEEMCI aurait eu l’audace d’organiser au campus. La justice n’a condamné personne pour ça.
Qui ne se souvient pas du 8 décembre 2023 ? L’Université de Cocody a été le théâtre de violences entre la section de droit et sciences économiques et des étudiants de la FESC armés d’armes blanches, plongeant le campus dans un chao indescriptible. Cela a causé plusieurs blessés. Des étudiants retrouvés pendus au balcon de leurs chambres, des corps sans vie de résidents universitaires découverts au petit matin sur leurs lits. Les règlements de comptes aux arrêts de bus, les bagarres pour avoir le contrôle des chambres, etc. Le mandat d’Allah Saint clair n’était pas un long fleuve tranquille. Élu aux lendemains de l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir, seules les premières années de Fulgence Kassi ont été calmes.
Il faut dire qu’avec le passé d’organisation syndicale violente des années 2000 à 2010 qu’avait la FESCI, les nouveaux dirigeants ivoiriens ont voulu tout de suite l’éteindre. Interdiction de manifester sur le campus, restrictions des prérogatives accordées aux membres de la fédération. Sauf que contrôler ce syndicat n’a jamais été simple. Entre la récupération politique et la peur de créer des troubles au campus, la FESCI a toujours eu le champ libre. A-t-elle commis la gaffe de trop cette fois-ci ? Wait and see.
Raphaël TANOH
