Mali: Le défi des négociations avec «les djihadistes»

par nordsud.info
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Alors que cette solution était inenvisageable, il y a encore quelques années, la négociation avec certains groupes djihadistes est en passe de devenir une réalité.

Les autorités maliennes ont en effet officiellement confié au ministère des Affaires religieuses le dossier du dialogue avec certains groupes djihadistes et ont ouvertement communiqué sur un sujet jusqu’alors tenu relativement confidentiel.

La junte au pouvoir à Bamako et le gouvernement de transition ne font aujourd’hui que ce que IBK voulait faire, il deux ans.

Retour à la case départ. L’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, renversé en août 2020 par les militaires, voulait simplement discuter avec les maliens qui attaquent le Mali. Les négociations devaient être engagées principalement avec deux chefs djihadistes, Iyad ag Ghaly du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, lié à Al-Qaïda) et Amadou Koufa de la Katiba Macina, voire avec Abou Walid al-Sahraoui de l’Etat islamique dans le Grand Sahara, pour permettre au Mali et au Sahel de renouer avec la paix.

Pour le pouvoir IBK, c’était une continuité des conclusions du dialogue national inclusif de 2017. Pour donner un sens à ce dialogue, le pouvoir avait même nommé un négociateur en la personne de l’ancien président malien, Dioncounda Traoré. L’Union africaine avait décidé d’apporter son soutien au président malien au sujet de son initiative sur les pourparlers avec les chefs djihadistes, selon Pierre Buyoya, haut représentant de l’organisation panafricaine pour le Mali et le Sahel.

Mais le timing n’était pas apparemment pas bon.

« Cela fait des années que le peuple malien appelle à des discussions avec ces groupes », admettait récemment dans Jeune Afrique le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga. « En Afghanistan, les Américains ont bien fini par discuter avec les talibans ».

Interrogé sur l’existence de négociations, notamment pour la libération d’otages, il répondait encore: « Bien sûr, nous continuons à travailler pour libérer les otages. Mais nous n’avons pas besoin de le hurler sur tous les toits ».

Le ministère des Affaires religieuses a donné la semaine passée une tournure plus formelle à ce dialogue. Dans un communiqué publié le 13 octobre et passé inaperçu jusqu’à des informations de RFI mardi, le ministre des Affaires religieuses, Mahamadou Koné, a indiqué que ses services avaient été chargés d’une « mission de bons offices en direction des groupes armés radicaux ».

Lui-même a chargé le Haut conseil islamique du Mali (HCIM) de la mise en oeuvre « sur le terrain », lors d’une rencontre le 12 octobre. Les pouvoirs publics fixeront « des lignes rouges à ne pas dépasser dans le cadre des négociations », a-t-il dit.

« Désormais, toutes les missions de bons offices vont être formalisées », dit le communiqué du ministère, qui a aussi rapporté sur Facebook la rencontre avec le HCIM.

Un dialogue avec les djihadistes a jusqu’alors paru devoir concerner principalement les deux chefs jihadistes Amadou Koufa et Iyad Ag Ghaly et leurs groupes affiliés à Al-Qaïda, et non pas l’organisation Etat islamique.

La France a toujours refusé ce dialogue. Les relations entre Bamako et Paris traversent leur plus grave crise depuis le début de l’engagement français en 2013. Le Premier ministre malien a dénoncé comme un « abandon en plein vol » la décision française de réduire ses effectifs au Sahel d’ici à 2023.

Paris estime que le recours possible de Bamako à la société russe de mercenaires Wagner est incompatible avec la présence française.

La France s’est toujours montrée fermement opposée à l’ouverture de pourparlers avec ceux qu’elle désigne comme «groupes armés terroristes». «Avec les terroristes, on ne discute pas. On combat», a sèchement résumé Emmanuel Macron dans une longue interview donnée fin novembre 2020 à Jeune Afrique. Un condensé de la positions constamment défendues par Paris.

Jusqu’où aller dans les négociations ? Les violences au Mali, qui ont débuté par des rébellions indépendantiste puis djihadiste dans le Nord, se sont ensuite propagées au centre et au sud du pays, se mêlant à des conflits intercommunautaires et à des attaques dans des zones où l’influence de l’Etat est très faible, depuis 2012. Quelles sont, en l’état actuel de la situation, les concessions que les autorités seraient prêtes à accorder à un ennemi intérieur qui combat sur le terrain militaire mais aussi sur celui des valeurs sociétales ? Pour certains spécialistes du dossier malien, le dialogue doit s’inscrire dans le cadre d’un plan global qui comprendrait des pressions militaires, des mesures d’aide au développement et des efforts pour désarmer les milices d’autodéfense et les militants djihadistes.

Les nouvelles autorités du Mali parviendront-elles à faire appliquer les accords d’Alger ? Signé en juin 2015 entre la République du Mali et la Coordination des mouvements de l’Azawad (une alliance de groupes rebelles armés), le texte prévoit de rétablir la paix dans le pays par une décentralisation, la création d’une armée composée des anciens groupes armés signataires et des mesures de développement économiques au Nord.

Bakayoko Youssouf

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