Pour ceux qui suivent bien le transport des supporters, staffs et équipes nationales en Côte d’Ivoire dans le cadre de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), seules deux structures se dégagent. D’abord, la Société de transport abidjanaise (Sotra), ensuite l’Union des transporteurs de Bouaké (UTB). Deux compagnies crédibles. En plus de ces structures, des entreprises de location de véhicules ont réussi à avoir leur part du gâteau. Mais, il n’y a pas de société au niveau des transporteurs qui a bénéficié d’un marché, selon Abdoulaye Sylla, président de la Fédération nationale des syndicats des chauffeurs de Côte d’Ivoire (Fensci-CI). La raison en est simple, au dire de M. Sylla. « En Côte d’Ivoire, aucun transporteur privé, hormis UTB, n’est crédible. Il est donc difficile pour les organisateurs de confier le transport des passagers à des personnes qui seront incapables de garantir leur sécurité. Nous savions cela avant la CAN. Donc, lorsque j’ai constaté que les marchés étaient octroyés à d’autres personnes, cela ne m’a pas offusqué, car nos véhicules sont vieillissants et 70% de nos chauffeurs ne sont pas des professionnels. Mais certains parmi nous sont fâchés et disent ne pas comprendre cette situation. Allant même jusqu’à accuser les organisateurs de faire du favoritisme avec UTB. Ce qui est faux », a indiqué Abdoulaye Sylla. Toutefois, souligne-t-il, l’Etat n’a rien fait pour leur faciliter la tâche. « La location de véhicules est un domaine qui nécessite d’avoir des marchés. Nous manquons d’autobus neufs, mais avons des véhicules de location. Le constat c’est que les marchés sont systématiquement pris par les autorités elles-mêmes. Cela a débuté depuis les années 2000, où des personnes au gouvernement créaient des sociétés de location pour pouvoir rafler tout ce qui marché dans le transport du personnel de l’Etat », regrette-t-il. Cette tendance, dit-il, se poursuit toujours. La conséquence pour lui, c’est que toutes les petites structures de location de véhicules broient du noir.
Adama Yeo, porte-parole des chargeurs et président du Groupement des chauffeurs souligne pour sa part un jeu biaisé. « La politique de renouvellement du parc automobile n’est pas encore une réalité. Et cela nous pénalise », indique-t-il. Ainsi, dit-il, malgré l’avènement des véhicules de transport avec chauffeur (VTC), il n’y a qu’un secteur du transport qui est concerné. Le secteur des autobus qu’ils utilisent reste, lui, vétuste. Mais tous ne partagent pas son avis. « Je suis administrateur au Fonds de développement du transport en Côte d’Ivoire où je représente les conducteurs professionnels. L’Etat a véritablement entrepris une politique de renouvellement du parc automobile. Seulement, elle a démarré en 2016. Ce sont 100 milliards FCFA qui ont été prévus pour cela. Sauf que c’est avec l’Inde que la Côte d’Ivoire a traité ce marché. 3500 véhicules étaient censés être livrés. Hélas, l’Inde a proposé un partenaire indien pour livrer lesdits véhicules. Or, nous n’utilisons pas de marque indienne en Côte d’Ivoire dans le transport. Il y a donc eu un problème à ce niveau. Cependant, l’Etat a accepté de faire livrer 832 véhicules au lieu de 3500, pour un coût de 25 milliards FCFA. Après quelques temps, malheureusement, une grande partie de ces véhicules est tombée en panne. Voilà ce qui a quelque peu plombé la politique de renouvellement du parc automobile. Mais une autre mission est prévue pour corriger cela », a indiqué Abdoulaye Sylla.
Georges Dagou
