Depuis l’assassinat de Keke Loyotto Christelle, directrice de l’Epp Gbatongouin 2 (Man) et son enfant, le 19 novembre dernier, certains détails amènent les Ivoiriens à s’interroger. Ce mercredi, par exemple, des enseignants de Man et de l’école dans laquelle enseignait la victime ont indiqué que le présumé meurtrier, Goré Bi André (lui aussi enseignants), était déjà fiché dans la zone comme individus dangereux. Plusieurs fois, des cas de violences dont il était l’auteur, ont été rapportés. Le Syndicat autonome des enseignants du primaire public de Côte d’Ivoire (Saeppci), signale avoir même mené une enquête de voisinage après les faits. D’après Jerôme Ourizalè, le secrétaire de la structure, Goré Bi André ne se serait jamais enfui s’il ne se reprochait rien. Et comme il avait déjà des antécédents, le Saeppci indique qu’il a voulu en savoir plus. « Nous avons constaté qu’il se droguait et qu’il souffrait d’un déficit mental, d’après les témoignage rapporté par nos collègues », note M. Ourizalé. D’habitude prêt à défendre les siens, le Réseau des instituteurs de Côte d’Ivoire (Rici) a aussi investi les lieux. Au dire de Bertoni Kouamé, son leader, Goré Bi André dirigeait même un gang dans la zone. « Lorsqu’il voulait intimider quelqu’un, il faisait appel à ses hommes pour le faire », souligne-t-il. Ainsi, les enseignants de Man le connaissent pour ses agissements peu catholiques.
Hiérarchie
Le problème, c’est que ces faits ont toujours été étouffés. « Dans la hiérarchie, lorsqu’un instituteur commet des fautes, ont fait un rapport qui est adressé au directeur de l’école, qui le transmet à l’inspecteur. Ce dernier l’envoie à la direction régionale de l’éducation nationale, qui le notifie au cabinet du ministère de l’Education nationale et de l’alphabétisation. Là-bas, l’inspection générale se saisit de l’affaire, l’analyse puis l’achemine au ministre si nécessaire », énumère Bertoni. Mais, il a été impossible de prouver si à un moment, un rapport quelconque a été fait sur Goré Bi André. « Ce que nous savons, c’est qu’il était déjà connu pour son comportement. Si tout le monde sait ce qu’il faisait, comment se fait-il qu’il n’y ait jamais eu de sanction ? Quelque part, quelqu’un a étouffé l’affaire », conclut-il.
Venu de San Pedro, selon Ourizalé, le présumé coupable, qui est en cavale, a été affecté dans la zone pour le punir, parce qu’il s’était déjà fait remarquer là-bas. Kéké Christelle était enceinte. Elle a perdu la vie avec son enfant de 7 ans, égorgé en même temps qu’elle. Bien que Goré Bi soit présumé innocent au regard de la justice, tout l’accable et il est en fuite. Au dire du corps enseignants, pour éviter ce genre de cas, il faut être plus regardant dans la sélection des enseignants. On doit pouvoir juger de l’état mental d’une personne qui sera enseignant. Comment y parvenir ? C’est aux autorités de plancher sur le sujet. Enfin, l’affectation des enseignantes reste un problème crucial. Déjà victimes de viols, l’assassinat de Keke ne fait que confirmer que leurs lieux d’affectation doit être choisi avec grand soin.
Georges Dagou
