Le 18 mars 2017, on s’en souvient, l’ancien ministre de la Fonction publique, Gnamien Konan, jetait un pavé dans la marre: «Les frais de concours me paraissent injustifiés». L’ex-directeur général de la Douane avait ensuite chargé: «(…) raison pour laquelle, je parle d’arnaque».
Pour comprendre ce qu’engrangent les concours d’entrée à la fonction publique, il faut commencer par les frais administratifs (inscription, dossiers, visites médicales, etc.). Des frais faciles à estimer, en tenant compte du nombre moyen de participants à ces épreuves. Les plus importants, selon le nombre de candidats qu’ils drainent, étant le concours d’entrée au Centre d’animation et de formation pédagogique (Cafop) ; le concours d’entrée à l’Ecole nationale d’administration (ENA) ; le concours d’entrée à la gendarmerie ; le concours d’entrée à la police ; le concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure (ENS) ; le concours d’entrée à l’Institut national de formation des agents de la santé (Infas) ; le concours d’entrée à l’Institut national de formation sociale (Infs); les concours directs et professionnels lancés par le ministère de la Fonction publique.
Cafop : 2,640 milliards de francs CFA
Au niveau du Cafop, en 2015, ces épreuves ont mobilisé 58 000 candidats. En 2016, ils étaient 68.570 et en 2017, 70 000. Chaque candidat a une quinzaine de formalités à remplir jusqu’à la composition. Certaines de ces formalités sont payantes et d’autres gratuites. Les postes de dépenses les plus importants se présentent comme suit : Pochette : 28 000 F. Authentification et dépôt du diplôme à la poste : 3. 000 F. Photo lors de la visite médicale : 2 000 F. Quittance : 10 000 F. Inscription en ligne : 1.000 F. Ce sont 45 000 FCFA que le candidat doit débourser au minimum. Les frais d’inscription cumulés des candidats coûtent en moyenne 2,640 milliards de francs CFA, par an, pour un concours qui offre environ 5 000 places.
Les concours directs et professionnels de la fonction publique : 1,4 milliard de francs CFA
Pour les concours directs et professionnels lancés par la Fonction publique, le calcul est beaucoup plus simple, parce que l’ensemble des frais liés à ces concours ont été ramenés de 35 à 23 500 F. Les candidats étaient au nombre de 24 841 en 2014, 71 971 en 2016, 82 657 en 2018.
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En moyenne, 60 000 candidats sont intéressés par ces concours. Il s’agit de pourvoir 10 000 à 12 000 postes budgétaires. Le budget pour l’organisation de ces concours directs et professionnels tournera à près de 1,4 milliard de francs CFA.
ENS : un milliard de francs CFA
Même principe pour le concours de l’ENS. Interrompu pendant de nombreuses années, ces épreuves, très disputées par les étudiants, ont fait leur grand retour en 2014. Cette année-là, 21 759 candidats ont concouru pour 2 000 places. Aujourd’hui, la moyenne de participants avoisine les 25 000 candidats. Il y a eu quelques protestations de certains candidats concernant les frais. Mais ceux-ci ont été harmonisés en 2018 à 42 100 F, tous frais compris. C’est donc un milliard de francs CFA en moyenne de budget que ce concours mobilise au minimum, chaque fois qu’il est lancé.
ENA : 2 milliards de francs CFA
L’ENA ? C’est beaucoup plus complexe. Avec les réformes apportées dans l’organisation de ce prestigieux concours, les candidats ne payent la visite médicale (5 000 F) et les frais des cours de préparation (30 000 F) que s’ils sortent indemnes de la première étape, dite phase de présélection. Après cette phase de présélection, le nombre de candidats tombe à environ 3 000 personnes. On se retrouve ainsi avec un budget de 2 milliards de francs CFA. Pour 300 à 2 000 places, selon les besoins de l’administration.
Infas : 1,4 milliard FCFA
À ce niveau, il faut signaler le manque de régularité du concours d’entrée à l’Infas. Il faut aussi signaler qu’ils étaient 28 179 candidats en 2017. Un peu plus de 50 000 en 2020. Et c’est autour de ce chiffre que tourne la moyenne de participants. Il faut tenir compte des frais, qui sont essentiellement la pochette, fixée autour de 28 000 FCFA, comprenant la visite médicale. Et des frais annexes que nous avons donc décidé de ne pas inclure dans l’évaluation. Cela donne approximativement 1,4 milliard FCFA que coûtent ces épreuves aux Ivoiriens.
Infs : 360 millions FCFA
À l’Infs, il faut compter au moins 360 millions FCFA, avec près de 10 000 candidats pour des frais d’inscription qui frôlent les 40 000 FCFA.
Police, Gendarmerie : le flou total sur les candidats, les postes et le budget
Les deux concours les plus opaques de la fonction publique, ce sont les concours d’entrée à la gendarmerie et à la police. Nous savons que les frais du concours d’entrée à la police varient entre 60 000 et 65 000F. À la gendarmerie, c’est : 10 000 F pour l’inscription et 70 000 F en moyenne pour la visite médicale. Mais ni la gendarmerie ni la police ne communiquent : On ne connaît pas le nombre de postulants à ces concours. On ne connaît pas non plus le nombre de postes à pouvoir. «À la gendarmerie, on ne peut pas communiquer sur les postes budgétaires, parce qu’après le concours, il y a d’autres personnes qui entrent. Mais, on ne recrute pas moins de 500 personnes par an», explique une source au commandement supérieur. Les recrutements avoisinent parfois le millier, indique notre contact. La police obéit à peu près aux mêmes règles, même si l’Etat a annoncé récemment l’augmentation des effectifs avec l’ouverture de l’école de police de Korhogo.
D’après nos informateurs, ces deux épreuves rencontrent le même engouement et on peut chiffrer la moyenne de candidats qui y concourent à 20 000 personnes. C’est donc une estimation de 1,6 milliard FCFA que la gendarmerie encaisse lorsque le concours est lancé, si on tient compte de ces chiffres. Et 1,2 milliard FCFA pour la police.
Où va tout cet argent ?
Il existe en dehors de ces épreuves des dizaines de concours de la Fonction publique, qui exigent autant de frais.
Où va tout cet argent ? Selon les différents départements cités, il sert à l’organisation desdites épreuves. Mais, la grande partie de cet argent va dans les budgets de fonctionnement. Tous les EPN (établissement public national) tirent une partie de leur fonctionnement des ressources internes. Parmi ces ressources internes, il y a les frais d’organisation des concours. Donc, quand l’Etat définit leur budget de fonctionnement, il tient compte de cela. C’est le cas des structures citées plus haut.
Raphaël Tanoh
