Chasseurs de scoops, justiciers sans masque, ‘‘chiens de garde’’ de la probité ?…Le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) ont encore frappé cette semaine, avec l’affaire du ‘‘Pandora Papers’’. Une révélation sur les liens entre des actifs offshores de 336 dirigeants et responsables politiques. Des faits qui ne sont d’ailleurs pas illégaux, a reconnu ICIJ.
Tout comme le ‘‘Panama Papers’’ (2016) et le ‘‘Paradise Papers’’ (en 2017), le ‘‘Pandora Papers’’ a fait appel aux fameux lanceurs d’alertes de l’ICIJ, qui ont fait fuiter des documents secrets.
Mais qui sont ces lanceurs d’alertes sur qui s’appuie le groupe d’investigation pour sortir ses scoops ? Des personnes physiques, mais aussi des structures dont l’anonymat est garanti par l’ICIJ. Ils sont si protégés que Frederik Obermaier, journalistes allemands à l’origine des « Panama Papers’’, souligne: «Nous devons aussi, parfois, laisser tomber une affaire, quand il devient obligatoire de révéler nos sources».
Iles Vierges
Dans le cas de l’affaire des comptes offshores révélés par le ‘‘Pandora Papers’’, il n’y a pas eu 336 sources différentes pour chacun des 336 dirigeants cités par l’ICIJ. La plupart des personnalités impliquées partagent les mêmes services, comme les banques des Iles Vierges (mer des Caraïbes), où sont domiciliés deux tiers des 29 000 comptes examinés dans les ‘‘Pandora Papers’’. Une ou deux personnes suffisent à révéler le pot aux roses.
Si ICIJ a besoin de collaborer avec plus de 200 journalistes de 70 pays, le plus souvent ces derniers ne servent qu’à recouper les informations.
Le plus gros du travail est fait en amont, par les lanceurs d’alertes qui peuvent être n’importe quel homme de confiance. Les journalistes de l’ICJI sont assistés dans leur « travail » d’experts, d’avocats, d’informaticiens, qui leur fournissent des données analysées.
Aux Etats-Unis, où est basé l’ICIJ, la loi protège les lanceurs d’alertes travaillant comme fonctionnaires dans les agences de renseignement. Jugés comme ‘‘problématique’’ par Donald Trump dans ses soupçons de collusion avec la Russie, les lanceurs d’alertes ont toutefois des limites à ne pas dépasser. Si l’information est interdite ou si elle est exigée secrète, défense d’en parler. Les révélations diffusées par Edward Snowden en 2013 montrent qu’entre le lanceur d’alerte et l’espion, la frontière est mince. En France, des mesures ont été prises pour les salariés/lanceurs d’alerte d’une entreprise. Ils sont censés être protégés.
Ce n’est pas encore le cas en Côte d’Ivoire. La nouvelle Constitution adoptée en novembre 2016 prévoit la liberté d’exprimer et de diffuser ses idées. Cependant, ces libertés «s’exercent sous la réserve du respect de la loi, des droits d’autrui, de la sécurité nationale et de l’ordre public». Aucune disposition spécifiquement liée au lancement d’alerte n’y figure.
Quitte à révéler des informations, peut-on tout dire ?
Raphaël Tanoh
