Longtemps enraciné dans le paysage scolaire ivoirien, le phénomène des congés anticipés semble aujourd’hui marquer le pas.
Ces interruptions imprévues des cours durant l’année scolaire, souvent accompagnées de violences, de délogements forcés et de perturbations majeures des cours, ont profondément affecté le fonctionnement des établissements durant plusieurs années. Mais, depuis quelque temps, le sujet ne fait presque plus la une de l’actualité éducative.
Enseignant au lycée Obeton, au quartier Millionnaire de Yopougon, Pacula Téa se souvient des fins d’année particulièrement difficiles. « Les délogements se faisaient clairement dans la violence. Il y a même eu des enseignants gravement blessés », témoigne-t-il, évoquant les affrontements entre élèves de différents établissements. Aujourd’hui, observe-t-il, la situation s’est nettement améliorée. « Le phénomène semble avoir cessé. Les élèves savent désormais que toute tentative sera sanctionnée », souligne-t-il, attribuant cette accalmie à la fermeté des autorités éducatives et à une application plus rigoureuse de la discipline scolaire.
Un constat partagé par Stéphane Zondé, secrétaire général national du Syndicat national des professionnels d’orientation de Côte d’Ivoire (SYNAPOCI) et secrétaire général de la Fédération de l’enseignement, de la formation et de la recherche, affiliée à la centrale Espoir. Selon lui, la régression du phénomène est manifeste. « Depuis un certain temps, on observe une baisse drastique des congés anticipés », explique-t-il, soulignant le rôle des actions de sensibilisation menées par le gouvernement. Il cite notamment les initiatives du ministère de la Jeunesse, qui a orienté certains élèves vers des centres de formation afin de les initier au civisme et aux valeurs citoyennes.
De son côté, Claude Kadio Aka, président de l’Organisation des parents d’élèves et d’étudiants de Côte d’Ivoire (OPEECI), établit un lien direct entre cette accalmie et la dissolution de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI). « Depuis la dissolution de la FESCI, il y a une nette accalmie. En tant que parents, nous estimons que c’est une bonne chose. Un trimestre doit être suivi et achevé normalement », soutient-il.
Tout en se réjouissant de cette évolution, M. Kadio Aka reste prudent. Il reconnaît que des troubles peuvent toujours survenir, mais insiste sur les attentes des parents d’élèves. « Ce que nous voulons, c’est la sérénité, afin que l’année scolaire se déroule normalement jusqu’à son terme, avec les examens de fin d’année », conclut-il.
Cependant, pour Aimé Kotchy, coordinateur général national de la Coordination des enseignants solidaires du premier et du second degré de Côte d’Ivoire (CES-CI), réduire l’analyse des congés anticipés à la seule dissolution de la FESCI serait simpliste. Il rappelle que le phénomène est bien plus ancien et trouve ses racines dans les troubles sociaux des années 1980, qui ont également fragilisé l’école ivoirienne. S’il reconnaît que la FESCI a pu contribuer à amplifier le phénomène au fil du temps, il estime que celui-ci n’a pas totalement disparu. « Un phénomène qui a marqué l’école ivoirienne pendant plusieurs décennies ne peut pas s’arrêter du jour au lendemain », estime-t-il.
Pour l’ensemble des acteurs interrogés, une chose est sûre, les congés anticipés ont fortement reculé. Leur disparition totale apparaît désormais comme une question de temps, à condition que les efforts de prévention, de sensibilisation et de discipline soient maintenus.
CDC
