La machine disciplinaire du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) s’est remise en marche, cette fois contre deux figures proches de l’ancien DG du BNETD, Ahoua Don Mello, sur fond de crise silencieuse liée à la succession de Laurent Gbagbo. L’éviction de Donatien Kouakou Dapa et Fernand Ahilé vient ainsi confirmer les tensions internes autour de la question taboue liée à l’après-Gbagbo.
Les deux cadres – respectivement coordinateur régional et secrétaire national technique – ont été démis de leurs fonctions après avoir affiché leur soutien à Ahoua Don Mello. Ce dernier, dans un courrier confidentiel transmis à Laurent Gbagbo, avait esquissé une voie de recours en cas d’inéligibilité de l’ex-chef de l’État à la présidentielle d’octobre 2025. Mais la fuite de cette lettre sur les réseaux sociaux a fait l’effet d’une bombe au sein du parti.
Exit les débats démocratiques
Pour la direction du PPA-CI, cette initiative constitue une ligne rouge. Le président exécutif, Sébastien Dano Djédjé, avait déjà, le 13 juillet, dénoncé une manœuvre de déstabilisation orchestrée depuis l’extérieur.
« Aucun plan B n’est à l’ordre du jour. Le seul et unique candidat du PPA-CI reste le président Laurent Gbagbo »,
avait indiqué un communiqué signé du président exécutif du parti de Laurent Gbagbo.
Une fermeté, qui rejette toute alternative à la candidature de l’ancien président, pourtant radié de la liste électorale et par conséquent potentiellement inéligible à la prochaine élection.
Mauvais signal
Cette purge qui ne dit pas son nom pose une question de fond : peut-on encore débattre librement au sein du PPA-CI sans risquer la sanction ?
Dans un communiqué en date du 16 juillet, le cabinet de Don Mello avait rappelé le caractère privé de la note adressée au président du PPA-CI :
« Il s’agit d’une note d’analyse et non d’un courrier ou d’une lettre ouverte. L’initiative du camarade Don Mello visait à remettre discrètement au président du parti en main propre, une note d’analyse dans laquelle il suggère des axes de réflexion afin de susciter éventuellement un débat interne sur l’avenir du parti après la publication de la liste électorale définitive, excluant notre candidat à l’élection présidentielle. »
Et de préciser :
« La démarche initiée auprès du président Laurent Gbagbo n’est pas une proposition de plan B ni de plan C, encore moins une candidature de substitution mais, il s’agit d’autoriser deux ou trois candidatures de précaution qui deviendraient caduques en cas de solution politique à la candidature du président du parti. Il est essentiel de bien comprendre la justesse de la réflexion portée à l’attention du président Laurent Gbagbo. »
Une clarification qui, paradoxalement, a poussé l’entourage de Laurent Gbagbo à durcir sa posture.
Un climat tendu
Car dans le fond, la révocation de Donatien Kouakou Dapa et Fernand Ahilé résonne comme un avertissement indiquant que tout débat qui remettrait en cause le leadership de Laurent Gbagbo, même de manière indirecte, ne sera pas toléré. Cette ligne dure laisse entrevoir un climat de verrouillage où les fidélités priment sur les idées, et où toute velléité de débat autour de l’après-Gbagbo semble proscrite.
Pour plusieurs observateurs, cette gestion musclée des dissensions internes nuit à l’image démocratique que le parti veut projeter et qui, par ailleurs, accuse le RHDP de dérives autoritaires.
« Ce n’est pas en réprimant les initiatives internes qu’on prépare une alternance crédible. Le débat sur la relève est inévitable »,
commente sur les réseaux une figure de l’ancienne gauche ivoirienne.
Un parti sous pression
À moins de trois mois de la prochaine présidentielle, qui apparaît comme un tournant décisif pour lui, le PPA-CI donne l’image d’un parti fissuré, tiraillé entre fidélité absolue à son fondateur et nécessité d’anticiper les contraintes juridiques liées à sa candidature. La question de la succession, bien que niée officiellement, s’impose pourtant comme un enjeu que la base militante n’ose plus ignorer.
Si le PPA-CI entend incarner une alternative crédible, il lui faudra peut-être apprendre à gérer la pluralité des voix, y compris celles qui dérangent.
Marc Dossa
