Depuis plusieurs mois, un malaise grandissant traverse le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPACI). Alors que son président, Laurent Gbagbo, ne cesse de dénoncer son exclusion de la liste électorale et après avoir promis de « se battre » contre ce qu’il considère comme une injustice politique, son propre parti est confronté à une vague de radiations, de suspensions et de mises à l’écart qui suscitent de nombreuses interrogations au sein de ses militants.
Le paradoxe n’échappe à personne. Reconduit à la tête du PPACI lors du congrès ordinaire du parti, tenu en mai dernier, alors qu’il avait annoncé vouloir prendre sa retraite, l’ancien chef de l’État continue de faire de son exclusion des présidentielles de 2020 et de 2025 l’un des principaux axes de son combat politique. Pourtant, dans le même temps, plusieurs figures influentes de sa formation politique ont été écartés pour avoir exprimé des positions divergentes.
Le cas le plus emblématique reste celui d’Ahoua Don Mello. Compagnon de longue date de Laurent Gbagbo, depuis les années de l’opposition jusqu’à l’exercice du pouvoir, l’ancien vice-président du PPACI a payé cher son plaidoyer en faveur d’une candidature alternative à celle de l’ex-chef de l’État. Convaincu que l’absence de Laurent Gbagbo de la liste électorale imposait au parti de préparer une solution de rechange, il avait fini par annoncer sa propre candidature à l’élection présidentielle d’octobre 2025.
Cette initiative lui avait valu d’être démis de ses fonctions de vice-président avant d’être finalement radié du parti lors du congrès de mai 2026.
Mais le cas Don Mello est loin d’être isolé. Après les législatives de décembre 2025, plusieurs militants et cadres ayant choisi de se présenter sous des bannières indépendantes ont également été sanctionnés. Parmi eux figure Stéphane Kipré, ancien gendre de Laurent Gbagbo. Comme d’autres responsables, il a été relevé de ses fonctions et demeure suspendu des instances du parti.
À l’approche des congrès électifs des Ligues des femmes et des jeunes du PPACI, les tensions se sont encore accentuées. Dans les rangs du parti, certains dénoncent des manœuvres visant à verrouiller les appareils internes et à empêcher l’émergence de candidatures jugées indésirables.
Ainsi, Florentine Caristan Fahé, candidate déclarée au secrétariat national de la Ligue des femmes, a vu sa candidature rejetée pour « moralité douteuse ». Une décision qui a provoqué l’incompréhension de ses partisans.
«Ils ont choisi d’attaquer sa dignité, son image et son honorabilité », déplore une proche de la candidate recalée.
Même scénario du côté de la Ligue des jeunes, où la candidature de Serge Fidel Djédjé aurait été invalidée en raison de doutes soulevés sur son état civil.
Ces décisions alimentent un sentiment de frustration chez certains militants qui dénoncent une fermeture progressive des espaces de débat au sein d’une famille politique où un slogan, longtemps brandi, prescrivait au PDCI à l’époque au pouvoir : « asseyons-nous et discutons ».
« Un exclu qui ose exclure », ironisait déjà l’an dernier Ferdinand Ahilé, proche d’Ahoua Don Mello, lui-même récemment radié après une longue période de suspension.
Les critiques vont parfois plus loin. Ancienne militante du PPACI, Viviane Djétouan, qui a annoncé son départ du parti, accuse directement Laurent Gbagbo de reproduire des méthodes anciennes de gestion des rivalités internes.
Selon elle, l’ancien président a toujours privilégié une stratégie consistant à opposer les cadres entre eux pour mieux conserver l’arbitrage politique. Elle cite notamment plusieurs épisodes remontant à l’époque du Front populaire ivoirien (FPI), estimant que les récentes mises à l’écart s’inscrivent dans une continuité plutôt que dans une rupture.
Pour certains observateurs proches de la galaxie Gbagbo, la décision du comité de contrôle du PPACI d’écarter Florentine Fahé pour « moralité douteuse » constitue un nouvel épisode d’une série de règlements de comptes internes qui fragilisent davantage la cohésion du parti.
MD
