Depuis le début de l’année, le prix de la baguette de pain varie d’un quartier à l’autre, indépendamment du poids. Au lieu de 150 FCFA, comme demandé par le ministère du Commerce et de l’industrie et de la promotion des PME, de nombreuses boulangeries, notamment aux Deux-Plateaux et à Williamsville, fixent leur prix à 200 FCFA.
C’est aussi le cas, dans quelques boulangeries dans la zone de Cocody-Angré, où la baguette de 150 FCFA a disparu du circuit.
Saisie de l’affaire, la Fédération ivoirienne les consommateurs le réveil (Ficr) affirme avoir fait des descentes notamment à Williamsville et aux Deux-Plateaux pour obliger certaines boulangeries concernées à respecter les prix fixés par le gouvernement. Mais, vu le nombre élevé de boulangeries à surveiller, la tâche est ardue. «Nous ne pouvons être efficaces dans cette lutte que si la population coopère. Les boulangeries qui ne respectent pas les consignes doivent être signalées», explique Soumahoro Ben N’Faly. Le président de la Ficr reconnaît que ni les associations de consommateurs, ni le Conseil national de lutte contre la vie chère (Cnlvc) ne peut agir qu’en cas de dénonciation.

Le sac de farine coûte entre 21 et 23 000 FCFA
Pourquoi certaines boulangeries ont-elles du mal à appliquer les prix de 150 FCFA, comme indiqué par le gouvernement ? Selon Smaïla Silué, membre du bureau exécutif de l’Association des boulangers de Côte d’Ivoire, la situation des boulangers est complexe. «L’Etat a accordé des subventions aux meuniers, pas aux boulangers. Nous continuons à payer le sac de farine entre 21 et 23 000 FCFA. Cette subvention reçue par les meuniers empêche seulement une augmentation du prix du sac de farine à 31 000 FCFA. Mais le sac de farine était à 19 000 FCFA, auparavant. Il a donc déjà subi des hausses», explique M. Silué.
Ce qui fait, selon lui, que le maintien du coût de la baguette de pain de 174 grammes à 150 F et de celle de 232 grammes à 200 F, ne peuvent être respectés par certains, au vu de leurs contraintes. «Beaucoup de boulangers respectent les prix indiqués. Mais pour les quelques-uns qui ne le font pas, nous ne leur en voulons pas», ajoute-t-il.
Lire également: Subvention du prix du blé : Les meuniers passent à la caisse
Toutefois, pour l’association des boulangers, tout est une question de poids. Le gouvernement a permis aux boulangers de vendre des pains intermédiaires à 200 FCFA, respectant le poids indiqué. Certains consommateurs, pour lui, font l’amalgame. Un boulanger, dit-il, peut décider de ne vendre que les pains de 200 FCFA mais en respectant le poids indiqué. Au ministère du Commerce, de l’Industrie et de la promotion des PME, on est ferme sur la question. «Avant d’accorder les subventions aux meuniers, il y a eu des rencontres entre boulangers et associations de consommateurs. Ensuite, entre boulangers et meuniers (Ndlr: ceux qui fabriquent la farine). Puis, entre boulangers et l’Etat. Ils ont toujours posé le problème d’approvisionnement en farine et rien d’autre. L’Etat a décidé, pour les satisfaire, de régler ce problème en assurant l’approvisionnement par l’octroi de subvention aux meuniers. Aujourd’hui, rien ne justifie que le prix de la baguette de pain ne soit pas respecté. Il y a juste une mauvaise structuration au sein de cette corporation», explique un proche collaborateur du ministre Souleymane Diarrassouba.
D’après l’association des boulangers, pour éviter un désordre dans la fixation des prix, l’Etat doit accorder une autre subvention aux boulangers. Le Conseil national de lutte contre la vie chère, lui, a mis en place des numéros pour signaler les cas de non-respect des prix : 80 00 00 99 / 80 08 00 09.
Raphaël Tanoh
