9 juillet 2014. La Côte d’Ivoire obtenait la première notation souveraine de son histoire avec l’agence Moody’s. Le pays s’était vu décerner la note B1 qui la classait au même rang que le Sénégal, le Ghana, la Zambie, le Mozambique et le Kenya. Le 15 juillet 2014, l’autre grande agence de notation, Fitch Ratings note la Côte d’Ivoire, B. Une évaluation inférieure d’un cran à celles reçues de la part de cette agence par la République du Congo et le Kenya (B+). Pis, elle est de deux niveaux en dessous de celles du Gabon et du Nigeria (BB-). 10 ans plus tard, avec la même agence de notation, Fitch Ratings, le pays a le meilleur classement en Afrique subsaharienne et le deuxième du continent derrière le Maroc. Séraphin Prao, économiste, revient sur les raisons de cette montée en puissance continue de l’attractivité de la Côte d’Ivoire, en matière économique.
La Côte d’Ivoire a obtenu sa première notation souveraine en 2014. Dix ans plus tard, la dernière notation la positionne comme la deuxième meilleure d’Afrique francophone, derrière le Maroc. Que révèle cette trajectoire sur la solidité de l’économie ivoirienne ?
Effectivement, la première notation de la Côte d’Ivoire remonte à 2014, où le pays a été noté par l’agence Moody’s. Il est important de signaler que la notation est une appréciation sur la volonté et la capacité d’un émetteur à assurer le paiement ponctuel des engagements d’un titre de créance, tel qu’une obligation tout au long de la durée de vie de celui-ci. L’échelle de notation qui va d’un maximum de Aaa à un minimum de C, se décompose de 21 crans. Cette agence de notation vient d’accorder à la Côte d’Ivoire la note de B1 avec une perspective positive. Selon Fitch Ratings, quatre éléments ont pesé en faveur de cette note : le potentiel de croissance élevé, une dette publique et un déficit public sous contrôle, mais également une précarité institutionnelle et une vulnérabilité politique réelle bien que modérée. Ensuite, la Côte d’Ivoire a été notée le 19 juillet 2021.Là, Fitch ratings notait la Côte d’Ivoire BB-. En dehors des performances économiques, les élections législatives de mars 2021, indiquaient une réduction du risque politique dans le pays. À cela, il fallait ajouter la prudence budgétaire et les réformes engagées par le gouvernement en matière de stabilité macroéconomique. Par la suite, une notation du pays a été faite par Moody’s qui lui a réattribué la notation de long terme Ba3, le 27 juin 2022, tout en rehaussant sa perspective de stable à positive. Selon l’agence internationale de notation financière, cette note de long terme était soutenue par la résilience de l’économie, la diversification croissante et les perspectives de croissance saine, qui sont étayées par des réformes structurelles et des investissements publics dans les infrastructures. Il faut aussi ajouter l’amélioration de la compétitivité. En mai 2024, la Côte d’Ivoire a été encore notée par Standard and Poor’s qui attribuait au pays, la note BB- avec perspective stable à la Côte d’Ivoire. A cette date, Standard and Poor’s estimait que la Côte d’Ivoire est un pays qui rassure de plus en plus aux yeux des investisseurs et plus singulièrement auprès des agences de notation. En effet, les critères qui ont été mis en avant par l’agence Standard and Poor’s dans le relèvement de la note de la Côte d’Ivoire sont notamment : les bonnes performances économiques soutenues ; la consolidation budgétaire à moyen terme ; les bonnes politiques publiques ; l’amélioration continue du climat des affaires ; le rôle moteur de la Côte d’Ivoire au sein de l’UEMOA et la bonne gestion des arrangements monétaires. L’agence de notation financière Fitch Ratings a relevé la note de défaut émetteur à long terme en devises étrangères (IDR) de la Côte d’Ivoire de « BB » à « BB », avec une perspective stable le 12 décembre 2025. Au total, notons que le pays se fait noter régulièrement depuis 2014, par les trois grandes agences de notation internationales. Le pays est la seconde économie la mieux notée d’Afrique subsaharienne. Une telle trajectoire témoigne de la solidité de l’économie ivoirienne. En effet, l’économie ivoirienne affiche une grande solidité avec une croissance soutenue (environ 6-7% par an depuis 2012), soutenue par la diversification agricole (cacao, cajou), les hydrocarbures et d’importants investissements en infrastructures.
Dans un contexte international marqué par des conditions de financement plus exigeantes, en quoi cette notation constitue-t-elle aujourd’hui un levier stratégique pour la Côte d’Ivoire ?
Pour notre pays, la notation souveraine est aujourd’hui un levier stratégique car, elle conditionne l’accès de la Côte d’Ivoire au financement international, le coût de sa dette et son attractivité pour les investisseurs. Ces différentes bonnes notes signalent la viabilité économique de notre économie, permettant ainsi de réduire les taux d’intérêt et sert de plafond pour la notation des entreprises nationales. Dès lors, de façon stratégique, la Côte d’Ivoire gagne en termes : de réduction de coût de financement car, la notation élevée permet de réduire la prime de risque demandée par les investisseurs, diminuant ainsi le coût de la dette souveraine ; d’attractivité des Investissements directs à l’étranger (IDE) parce que le pays rassure les marchés internationaux sur la résilience économique et la gestion des finances publiques, favorisant l’entrée de capitaux ; crédibilité et image internationale et ce, parce qu’une bonne note témoigne du succès des réformes économiques et de la stabilité politique, renforçant la confiance des partenaires ; facilitation pour le secteur privé ivoirien à l’accès au crédit bancaire et aux financements internationaux.
Comment ce niveau de notation influence-t-il concrètement la perception du pays par les investisseurs internationaux et les institutions financières ?
Il faut signaler qu’une agence de notation est une société dont le métier est d’évaluer le risque que représente une entreprise ou un pays qui veut emprunter sur les marchés financiers.
Pour prendre une comparaison, lorsqu’un particulier souhaite emprunter à une banque, son dossier est d’abord étudié par le banquier pour estimer s’il ne présente pas un risque excessif. Les conditions de ce prêt dépendront d’ailleurs du niveau de risque établi. Ainsi, plus l’emprunteur inspire confiance, plus le taux du prêt, sera bas, car le banquier ne prend alors pas un gros risque à lui prêter. L’agence de notation joue donc le rôle de l’analyste crédit de la banque. Leur rôle est de mesurer le risque de non-remboursement des dettes que présente l’emprunteur. Sur la base des multiples informations financières disponibles sur l’État, la collectivité ou l’entreprise qu’il doit évaluer, il donne son avis sur le risque qu’il y a à lui prêter. Il matérialise ce risque par une note qui conditionne notamment le taux du prêt et permet aux prêteurs potentiels d’avoir instantanément une idée du risque qu’ils prennent. En conséquence, lorsque le pays est bien noté, il en découle que la perception du risque joue en faveur des décisions d’investissement. En effet, les investisseurs utilisent ces notes comme des boussoles pour évaluer la stabilité politique, la gouvernance et la capacité de remboursement. Une dégradation peut déclencher une fuite des capitaux ou une hausse de la prime de risque.
Cette amélioration de la notation souveraine peut-elle se traduire par un abaissement concret du coût de financement de l’État et dans quelle mesure crée-t-elle aujourd’hui une fenêtre d’opportunité pour attirer de nouveaux investissements directs étrangers, alors que plus de 80 % de l’économie ivoirienne est déjà détenue par des capitaux étrangers ?
Le premier avantage reste le regain d’investissement étranger. Les bonnes notes du pays sont un signal positif pour les investisseurs et témoignent de la solidité économique de la Côte d’Ivoire, renforçant sa position sur la scène internationale et sa capacité à attirer des investissements. Concernant les investisseurs étrangers, la Côte d’Ivoire les attire grâce à une croissance économique soutenue, une stabilité politique accrue et des ressources naturelles abondantes. En Côte d’Ivoire, l’environnement des affaires est dynamique et mouvant. En 2023, selon le Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI), les investissements agréés s’élevaient à plus de 1 000 milliards de francs CFA, en hausse de 6 % sur un an. Plus de la moitié (51 %) de ces montants provenaient d’investisseurs étrangers, dont la diversité (Chine, Turquie, États-Unis, Japon, France, Burkina ou Togo) témoigne d’une volonté d’élargir les partenariats au-delà des partenaires économiques traditionnels. En effet, les Investissements directs étrangers (IDE) représentent 51% de ce montant dans le classement du top 5 des investisseurs : le Burkina Faso (11%), la Turquie (7%), la France (5%), la Chine (5%), et le Togo (5%). Ne figurant pas traditionnellement dans le top 5 des investissements direct étranger, notons que pour l’année 2023, la présence du Burkina Faso et du Togo dans le classement dénote de l’attractivité du pays au niveau régional des investissements privés. Le Burkina Faso, premier investisseur direct étranger se distingue grâce à des investissements dans des secteurs clés tels que la cimenterie, l’emballage et le transport. En 2023, le secteur de l’industrie enregistre 52% du montant des investissements agréés, suivi du secteur des services avec 47% et du secteur agricole 0,90%. En 2024, le pays a attiré 3,8 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE), selon les données officielles. Un niveau qui la place derrière l’Égypte et l’Éthiopie, mais devant des économies africaines traditionnellement dans le peloton de tête à l’image du Maroc, du Nigéria ou de l’Afrique du Sud. Les bonnes notes de la Côte d’Ivoire vont renforcer la crédibilité du pays, ce qui va lui permettre d’attirer davantage d’investissements directs étrangers. Mais, cela doit pouvoir également faciliter l’accès aux financements des entreprises locales. Il revient aux PME ivoiriennes de présenter aux institutions financières présentes en Côte d’Ivoire, des dossiers recevables, c’est-à-dire bancables, afin de profiter des externalités positives des bonnes notations du pays.
Réalisée par C.A
