Dans cet entretien, le président de l’Union des fédérations des syndicats chauffeurs de Cocody, membre de la faîtière des conducteurs de Côte d’Ivoire revient sur les conditions de travail des chauffeurs.
L’élection présidentielle vient de s’achever. Le climat qui a entouré cette élection a-t-il été propice pour vous dans le travail ?
Pas du tout. Certaines personnes ont créé un climat de psychose pour faire peur aux clients. Une situation qui a quelque peu agi sur le rendement dans le transport. Mais, c’était pendant les premiers jours de l’élection. Surtout pendant les soirées. Notamment à cause de rafles. Ces rafles nous ont un peu pénalisés. A partir de 19 h, les clients rentraient déjà chez eux. Mais nous comprenons cela.
La situation est-elle revenue à la normale ?
Oui, le transport a repris pleinement son fonctionnement. On ne dira pas que ça roule à 100%, parce qu’il y a malgré tout de légères réticences encore. Mais, les gens ont compris qu’il n’y aura pas de trouble en Côte d’Ivoire cette année. C’est une mentalité à laquelle il faut que nous nous habituions.
Le secteur du transport a-t-il pris part aux élections ?
Le secteur du transport, comme vous le savez, marche toujours avec le pouvoir. Nous faisons des affaires et il n’y a qu’avec les autorités que nous pouvons faire cela. Si le pays est troublé, cela ne nous arrange pas.
La situation salariale des chauffeurs connaît-elle un début de solution ?
La convention collective n’est pas respectée. Nous avons eu le projet annexe sur la convention collective depuis 2009. Mais rien n’a bougé depuis. Le salaire moyen d’un chauffeur de wôrô-wôrô et de gbaka est en-dessous du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG, il est de 75000 F CFA, ndlr). Vous voyez les cars qui font Abidjan et l’intérieur du pays ? Le salaire des chauffeurs ne vaut pas 80 000 F. Ils ne sont pas déclarés à la CNPS (Caisse nationale de prévoyance sociale, ndl). Ce sont des gens qui conduisent un car de 60 places, souvent. Au moindre problème à la maison, ils sont sous pression. C’est la vie des passagers qu’ils conduisent qui est en danger. Il faut prendre une loi pour amener les propriétaires à signer cette convention avec les organisations des conducteurs. C’est à ce seul prix que le désordre va finir.
Qu’est-ce qui bloque ce projet annexe sur le transport ?
Le projet est dans les tiroirs. Il n’est jamais passé à l’Assemblée nationale. C’est un manque de volonté politique. Nous sommes pour qu’une loi soit votée dans ce sens. Il faut que le ministère des Transports décide et tire enfin le transport de la précarité.
La clé pour en finir avec le désordre dans le transport, c’est de bien traiter les chauffeurs, selon vous ?
Les pays frères de la sous-région ont adopté ce type de projet : le Niger, le Burkina, notamment. Les transporteurs sont à l’aise dans ces pays et le transport est bien organisé. À la Société de transport abidjanais (SOTRA), les chauffeurs sont bien payés, vous voyez qu’ils conduisent bien.
Raphaël Tanoh
