Un fait rare, mais lourd de signification. Le vendredi 7 novembre 2025, le représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Leonardo Santos Simão, a adressé un courrier de félicitations aux candidats à la présidentielle du 25 octobre 2025. Fait notable : ces félicitations ne s’adressaient pas uniquement au vainqueur, Alassane Ouattara, mais à l’ensemble des candidats qui ont pris part au scrutin, saluant leur esprit républicain et leur sens de la responsabilité.
« Je souhaite vous adresser mes sincères félicitations pour votre participation constructive et votre conduite patriotique exemplaire lors de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. Votre engagement en faveur de messages apaisés et de respect mutuel tout au long de la campagne et du scrutin a grandement contribué au climat paisible dans lequel l’élection s’est déroulée. Cette attitude responsable a renforcé la maturité du processus démocratique et traduit la volonté du peuple ivoirien de préserver la paix et la stabilité », a écrit Leonardo Santos Simão.
Poursuivant, le diplomate onusien, également président de la Commission mixte Cameroun-Nigeria, a encouragé les acteurs politiques à maintenir cette dynamique.
« Alors que la Côte d’Ivoire poursuit sa marche vers le développement et la cohésion nationale, je vous invite, vous et vos partisans, à continuer dans cet esprit de dialogue, de coopération et de respect mutuel, et à œuvrer avec toutes les parties prenantes à la consolidation de la paix, de l’unité nationale et de la prospérité partagée. Les Nations unies, demeurent disponibles pour accompagner le peuple et les institutions ivoiriennes dans ces efforts », a ajouté Leonardo Santos Simão.
En saluant ainsi la participation de Simone Ehivet Gbagbo, Jean-Louis Billon, Ahoua Don Mello et Henriette Lagou, Leonardo Santos Simão envoie un signal clair : il reconnaît la légitimité de ceux qui ont choisi la voie électorale, désavouant de manière implicite l’opposition radicale regroupée au sein du Front commun, l’alliance agonisante qui regroupait le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) et qui avait prôné le boycott actif du scrutin.
Estimant que leurs leaders avaient été injustement exclus de la course à la magistrature suprême, ces partis avaient appelé leurs militants à des actions de protestation pour obtenir la suspension du processus électoral et la réintégration de figures comme Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam ou encore Guillaume Soro. Ces appels ont conduit à des manifestations à Bonoua, Yamoussoukro et Akoupé, réprimées par les forces de l’ordre et marquées par la mort d’au moins six personnes et plusieurs blessés.

Dans un courrier adressé en septembre 2025 à l’Union africaine et à l’ONU, le Front commun dénonçait ce qu’il qualifiait de dérive autoritaire. « Notre Constitution ne prévoit ni trois, ni quatre mandats. Nous souhaitons que nos amis le constatent et soient clairs sur ce point. Ne pas le faire serait perçu comme un acte de complicité avec le régime d’Alassane Ouattara. Le peuple ivoirien en tiendra compte », avait martelé cette opposition dans sa correspondance.
En visite en Côte d’Ivoire un mois avant le scrutin, Leonardo Santos Simão avait déjà rencontré la plupart des états-majors politiques, appelant à la retenue et au dialogue. Le ton de son courrier post-électoral confirme son appréciation positive du processus et du climat dans lequel s’est déroulée la présidentielle.
Depuis la réélection d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat, validée par le Conseil constitutionnel, le Front commun semble avoir perdu de sa vigueur, marginalisé par les félicitations internationales adressées au président ivoirien. Dès le 4 novembre, l’Élysée publiait un message, pour féliciter Alassane Ouattara.
« Le président de la République a appelé le président de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, pour le féliciter de sa réélection à l’issue du scrutin du 25 octobre, proclamé par le Conseil constitutionnel. Il a exprimé sa volonté de poursuivre le renforcement du partenariat dense entre les deux pays, ainsi que le dialogue sur les enjeux internationaux », avait exprimé l’Elysée.
Dans la même veine, l’ambassade des États-Unis en Côte d’Ivoire saluait la réélection du chef de l’État.
« Nous réaffirmons notre volonté de renforcer les liens bilatéraux exemplaires unissant nos deux pays afin de promouvoir la prospérité économique et la sécurité régionale au bénéfice des peuples américain et ivoirien », avait assuré l’ambassade américaine.
Ces soutiens officiels, joints au message du représentant de l’ONU, consacrent un nouvel isolement de l’opposition radicale, désormais désavouée par une communauté internationale résolument engagée à accompagner la stabilité et la continuité institutionnelle en Côte d’Ivoire.
M. Dossa
