Reportage /A la découverte des marionnettes géantes

par NORDSUD
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marionnette

Il est 18h ce 20 avril, au palais de la culture de Treichville, l’esplanade est bondée de monde. Des milliers de visiteurs esquissent des pas de danse au pied du podium, sous la houlette d’un DJ qui maintient le mercure. Le  public afflue à l’entrée du palais et s’empresse pour vivre les dernières heures   de la 13eme édition du Marché des arts du spectacle africain d’Abidjan (Masa) qui s’est déroulé du 13 au 20 avril 2024 s’est déroulé. Pour marquer la fin des hostilités, un spectacle intitulé « cultiver l’avenir » du célèbre conteur Adama Adepoju dit ‘’Taxi compteur’’, a été offert au public. Ivoire marionnette a été sollicité pour contribuer à l’exécution de ce projet en confectionnant des masques, des marionnettes géantes, parmi lesquels, N’Golobé (la reine des géantes en langue sénoufo) était l’une des vedettes. Elle mesure 8 mètres de long, et détient une histoire singulière.

Tchologo

Sur scène, on apercevait des danseurs avec une corpulence d’athlète, émettant des sons de guerriers sous le regard des Komians (danseuses traditionnelles baoulé), qui tenait en main, des bois qu’elles frappaient par des coups , sur le sol.

La séquence du spectacle qui a suscité l’émerveillement, fut l’entrée des marionnettes représentants les masques culturelles Ivoiriens, que sont : le Tchologo, le Goli, le Zaouli ainsi que le Komian. « C’est pour démontrer que ces masques peuvent se rencontrer dans un monde pour s’unir et symboliser l’union entre les peuples » indique Soro Badrissa, marionnettiste concepteur et président de Ivoire marionnette que nous rencontrons sur les lieux.

Soro Badrissa a débuté ses premiers pas au village Kiyi , où il se présentait en tant que chanteur. Werewere -liking , une passionnée de l’art, lui a conseillé l’art de la marionnette voyant ses aptitudes dans  la création et la manipulation de certains objets . « Je faisais les choses avec la main. Elle m’a dit  qu’elle sentait que je pouvais exceller dans l’art de la marionnette parce  que le secteur musical est saturé  et demande assez de moyens. Alors que la marionnette n’est pas un métier très courtisé », révèle t-il.

Soro Badrissa ne regrette pas ce choix car grâce à ce métier, il participe à des spectacles au niveau mondial et international. A ce jour, il collabore avec 18 jeunes et il forme 12 autres dans la couture, le stylisme, la chorégraphie, la danse et la manipulation des marionnettes.

«La marionnette est la somme de tous les arts. C’est un art qui fait appel au modelage, à la sculpture, à l’écriture, au théâtre. Toutes ces aptitudes,  nous les transmettons à tous ces jeunes », souligne t-il.

Ivoire marionnette se considère comme une industrie culturelle, et dispose d’un centre de formation à Abatta. Ce centre propose plusieurs services culturels et la confection des marionnettes à  l’exemple de N’Golobé. Ils  se sont servis  de tuyaux, de la mousse, de la colle, du papier marché et des objets de récupération pour la confection des marionnettes.

N’Globé, la reine des géants

Avec une hauteur de 8m, elle est la deuxième marionnette géante d’Ivoire marionnette après le Tchangara (le géant d’Afrique), qui mesure 9 m de hauteur et est présentement en France pour une tournée. Ce type de marionnette exige une machine pour sa  manipulation.

« Dans la cité de Harar en Ethiopie les géants étaient liés à un pacte de non-agression. Il était interdit de mentir et de faire du mal aux autres, sinon une foudre risquait de s’abattre sur eux. C’est ainsi qu’une géante affamée  a trahi ce pacte en déterrant un arbre à l’insu des autres. Alors, les habitants  l’ayant découvert, ont décidé de se diriger vers les différentes forêts d’Afrique  pour esquiver le malheur. Aujourd’hui le réchauffement climatique que nous vivons, est dû au fait que nous avons franchi certaines règles en détruisant les arbres. Avant, il fallait protéger la nature mais cela n’est plus le cas. Et c’est toutes ces conséquences que nous subissons aujourd’hui », nous confie Soro Badrissa.

Dans ce spectacle, N’Golobé la reine du monde des géants, la rassembleuse, envoie un message de paix et met au monde une reine qui transmet  un nouveau souffle et prêche l’avenir. Elle a été confectionnée par 15 artisans du centre  et a il a fallut  un an pour qu’elle soit fin prête. Ivoire Marionnette a été  deux fois médaillé d’or au jeu de la francophonie dans la catégorie marionnette géant en 2013 en France et en 2017 à Abidjan. La structure a reçu un prix national d’excellence du Président de la République.

Ivoire Marionnette a participé au Festival mondial  de la marionnette ainsi qu’à la coupe du monde de rugby. Ils animent des festivals à l’intérieur du pays, des parades d’accueil, d’ouverture et ils sont également spécialisés dans la confection des mascottes comme celle de la Coupe d’Afrique des nations 2023. Ils sont aussi à l’origine de la fabrication des masques, lors de la  cérémonie d’ouverture de CAN organisée par la Côte d’Ivoire .

En  conviant les marionnettes à la réalisation de son spectacle, ‘‘Taxi conteur’’ a voulu démontrer le savoir-faire pluridimensionnel de ces jeunes talents. « On les voit très souvent à d’autres évènements, mais j’ai voulu montrer que les marionnettistes ne sont pas limitées. Ils disposent de plusieurs langages et sont à même de participer à ce spectacle comme on l’a vu, afin d’apporter leur pierre à l’édifice », nous indique ‘‘Taxi compteur’’.

C’est sous les ovations du public que le spectacle s’est terminé. Les acteurs de l’art se dirigent vers Soro Badrissa pour lui adresser des vives félicitations.

L’envers du décor, c’est le démontage. Cela nécessite des heures, et pour faciliter cette tâche, tous les membres du groupe sont à   pied d’œuvre, afin de retirer toutes   les pièces montées et les ranger minutieusement pendant que nous échangerons avec Soro Badrissa.

 Lui et son équipe travaillent avec leurs propres fonds depuis des années. Quand ils n’ont pas de contrat, c’est parfois difficile de joindre les deux bouts. « En Côte d’Ivoire, les financements sont souvent difficiles. On a parfois besoin d’aide pour réaliser nos projets. Mais je salue la ministre de la Culture qui travaille  en ce sens et est très sensible à notre cause, ainsi que l’ambassade qui nous accompagne. Mais malgré tout, ça reste quand même difficile » conclut Soro Badrissa.  

Solange Nebie

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