Santé, éducation, transport : les syndicats changent de stratégies face au gouvernement

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 144 vues

Plus les années passent, plus les acteurs sociaux montrent de la maturité en Côte d’Ivoire. Illusion ou nouvelle mentalité ?

La gestion du climat social était l’une des préoccupations majeures, avant et après l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Même si elle se poursuit, pour le moment, la tâche est réussie. Elle est bien lointaine, la période où parents d’élèves, malades ou usagers traitaient de tous les noms les enseignants, le personnel soignant ou encore les transporteurs, à cause des grèves intempestives. Depuis maintenant trois ans qu’ils sont à la table de négociation concernant leurs indemnités de sujétion sanitaire, les travailleurs du secteur de la santé n’ont ni débrayé ni manifesté l’envie. D’après le porte-parole de la plus grande faitière de ce département, Vazoumana Sylla, ce ne sont pourtant pas les raisons qui ont manqué. Repoussée à maintes reprises, la signature du décret d’application de leurs indemnités, n’est toujours pas effective, depuis bientôt quatre ans. « Mais nous avons commencé quelque chose de sérieux avec les autorités et nous y sommes presque. Même si la base ne comprend pas souvent notre patience, il faut faire confiance aux négociations. Nous avons maintes fois manifesté mais ça ne paie pas», confie Vazoumana Sylla à Nordsud.info.

Etat d’esprit

Un état d’esprit qui garde le deuxième plus vaste corps de métier du pays dans les rangs. Le premier, c’est bien évidemment les enseignants. Plus d’une centaine de syndicats. Si éclatés qu’il faut les réunir en coalitions. C’est le cas de l’Intersyndicale du ministère de l’Éducation nationale et du ministère de l’Enseignement technique, de la formation professionnelle et de l’apprentissage (IS-MENA), derrière la dernière menace de paralysie de l’école, qui n’a finalement pas abouti. Tout comme le personnel soignant, ils réclament des primes. Tout comme le personnel soignant, ils sont aujourd’hui à la table de négociation. L’ultimatum de juillet dernier et même les menaces sur la rentrée scolaire ont été revus. « Nous attendons les conclusions du comité des experts », tente de relativiser aujourd’hui Stéphane Zondé, membre de l’IS-MENA. « Quand nous aurons du nouveau, nous vous reviendrons », se contente de répondre le porte-parole de la faitière, Bli Blé David. En coulisse, c’est un retour brutal à la réalité. Habitués à obtenir les choses par la force, cette fois-ci, les enseignants devront dialoguer. Aujourd’hui, presque en porte-à-faux avec la base qui attendait de ses leaders de durcir le ton, l’IS-MENA n’a d’autre choix que de se conformer au chronogramme du gouvernement. « Il faut que nos camarades se rendent compte que faire le syndicalisme de va-t’en guerre, ne paie pas. Vous ne pouvez pas obliger un Etat à faire par la force ce que vous désirez. C’est lui qui a la force », informe Jérôme Ourizalé, qui a plus de 40 ans de syndicalisme dans les veines, dont une bonne partie passée à la tête du Syndicat autonome des enseignants du primaire public de Côte d’Ivoire (Saeppci).

À l’entendre, les derniers à comprendre cela, ce sont bien les membres de l’IS-MENA. « Les primes des enseignants se chiffrent à près de 300 milliards FCFA, selon les premières estimations. C’est énorme. Avant de réclamer une telle somme, il faut comprendre comment les choses fonctionnent. L’Etat ne va pas prendre cela dans une caisse pour vous donner », indique Ekoun Kouassi, secrétaire général du Syndicat national des enseignants du second degré de Côte d’Ivoire (Synesci).

‘‘Les jeunes aujourd’hui veulent tout avoir d’un seul coup’’

« La formation syndicale dont nous avions toujours parlé, est nécessaire. Mais, nos camarades sont en train de le comprendre peu à peu. Si vous ne voulez pas vous former, d’une manière ou d’une autre, le terrain vous formera. La grève n’est pas inutile, mais elle n’est pas toujours la solution », reprend Ourizalé.

Pour lui, c’est une question de génération. « Les jeunes aujourd’hui veulent tout avoir d’un seul coup », rappelle-t-il.

En dehors des leçons du terrain, c’est une forme de maturité qui est en train d’être impulsée dans le syndicalisme en Côte d’Ivoire, au dire de Jérôme Ourizalé. « C’est aussi aux autorités de montrer que la négociation paie, en restant permanemment à l’écoute », souligne Sylla Vazoumana. Dans le cas du personnel soignant, le fait d’enterrer la hache de guerre, a produit ses fruits, avec l’application des mesures de la réforme hospitalière.

Un fait également mis en exergue par Gnagna Zadi Théodore, président de la Centrale Plateforme nationale des organisations professionnelles du secteur public et privé. La première et la seconde trêve sociale signées par le gouvernement, ont créé un cadre de discussions qui, certes, a manqué de dynamisme dans ses premières heures, mais commence à montrer ses preuves.

‘‘On nous accuse d’être des pro-Ouattara’’

Le transport est également l’un des secteurs qui a su tirer son épingle du jeu. « On nous accuse d’être des pro-Ouattara, mais c’est parce que le gouvernement est à notre écoute que les transporteurs ne manifestent pas », fait savoir Raymond Soumahoro, président de l’Union des fédérations des syndicats chauffeurs de Cocody, membre de la faîtière des conducteurs de Côte d’Ivoire.

« C’est l’autorité qui insuffle l’état d’esprit. Depuis l’avènement du chef de l’Etat au pouvoir, sa préoccupation première a été de maintenir un climat de paix dans tous les domaines. Que ce soit au sein de la sphère politique ou à l’école. Il faut faire comprendre aux gens que l’ère de la violence est révolue. Vous l’avez vu avec la dissolution de la Fesci. La grève est un droit inaliénable mais, on ne la fait que lorsque les voies de recours sont épuisées. Sinon c’est de la bravade. Ceux qui parlent de liberté syndicale, sont les mêmes qui vont violenter leurs camarades qui veulent travailler lorsqu’il y a grève. Nous avons vu des mouvements tourner au western », indique un proche collaborateur du ministre de la Fonction publique et de la modernisation de l’administration. Une maturité syndicale qui nait ? Oui, d’après lui, même s’il y’a encore des structures qui font de la résistance. Ce sont les dirigeants, dit-il, qui insufflent cette maturité aux structures syndicale. Et la Côte d’Ivoire est en train de réussir ce pari.

Raphaël Tanoh

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