La convention du PDCI et la désignation sans surprise
La convention éclatée du Parti démocratique de Côte d’Ivoire a débouché, sans surprise sur la désignation de Tidjane Thiam comme candidat de l’ancien parti unique au scrutin présidentiel d’octobre 2025. Toutefois, le successeur d’Henri Konan Bédié, est loin d’avoir composté son billet pour la présidentielle du 25 octobre 2025. Pour plusieurs raisons.
Une désignation presque sans effort
C’est une nouvelle partie de gagnée pour Tidjane Thiam, sans vraiment mouiller le maillot. Seul candidat en lice, après la décision de son challenger, Jean-Louis Billon, de ne pas compétir face à lui, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) a été désigné par les militants de sa formation politique, candidat au scrutin présidentiel d’octobre prochain. Selon les résultats publiés par Georges Philippes Ezaley, Tidjane Thiam a obtenu 99,5% des suffrages exprimés, soit 5321 voix sur un total de 5350 votants. L’ancien maire de Grand-Bassam, qui a dirigé le comité électoral, le taux de participation s’élève à 93,17%.

Des interrogations persistantes sur sa candidature
Toutefois, cette victoire, en dépit de son caractère écrasant, est loin de rassurer les militants du PDCI, relativement à la candidature de leur nouveau leader, à la présidentielle du 25 octobre 2025. Les Raisons ? Ancien patron du Crédit Suisse, dont il est d’ailleurs soupçonné d’avoir contribué à la faillite, M. Thiam espère briguer le poste de président de la République, presqu’en méconnaissance des règles élémentaires de cette compétition électorale. Elu président du PDCI, le 23 décembre 2023 en remplacement d’Henri Konan Bédié, décédé le 1er août de la même année, dans des conditions dénoncées par certains cadres de cette formation politique, l’ancien ministre du Plan et du développement, a attendu cette année 2025, à quelques mois du scrutin auquel il souhaite participer, pour renoncer à sa double nationalité.

Une nationalité remise en question
C’est même presque sous la pression de l’opinion publique que le frère cadet du gouverneur du district de Yamoussoukro, a décidé de se libérer de sa nationalité française. Certes, le gouvernement français a très vite accédé à sa demande, environ un mois plus tard mais, la pilule ne passe pas pour certains cadres et militants du PDCI. Au nombre de ceux-ci, Valérie Yapo, membre du Bureau politique de l’ancien parti unique, qui a alors assigné l’ex-directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD) en justice, dénonçant les conditions de son élection. L’argument mis en avant par l’ancienne déléguée PDCI d’Akoupé, c’est qu’au moment de son accession à la tête de son parti, Tidjane Thiam jouissait encore pleinement de la nationalité française. Ce qui, à en croire Valérie Yapo, est contraire aux dispositions statutaires et règlementaires du PDCI. L’affaire est toujours pendante devant la justice qui doit rendre sa décision le 24 avril prochain.

Le refus de la justice de délivrer un certificat de nationalité
Depuis lors, plusieurs autres plaintes ont été déposées par des militants du PDCI, et par des citoyens lambda, dans le cadre du contentieux de la liste électorale, pour exiger la radiation pure et simple de Tidjane Thiam de la liste électorale, pour le motif qu’il ne jouirait pas de la nationalité ivoirienne de manière légale ou suffisante, pour figurer sur le fichier électoral. Une audience, relatives à ces plaintes, a eu lieu le vendredi 18 avril, sans que l’on en connaisse encore la décision des juges. Toutefois, face à ces actions judiciaires, l’ancien ministre qui aspire à la plus haute fonction étatique en Côte d’Ivoire, donne le sentiment de perdre son calme olympien, d’autant plus que la justice ivoirienne a refusé de lui délivrer de nouveaux certificats de nationalité, tant que l’affaire qui l’oppose à Valérie Yapo, n’est pas vidée.

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« Si j’ai souhaité vous réunir (la presse), c’est pour vous dire et vous faire part d’un sentiment de sidération. Je suis sidéré par l’intensité et la multiplication des manœuvres dont l’objectif est de confisquer l’élection présidentielle au peuple ivoirien. C’est maintenant la quatrième action qui est engagée pour faire en sorte que Tidjane Thiam ne puisse être candidat à l’élection présidentielle », fait-il dire à son avocat français, Mathias Clichportich, en conférence de presse le 31 mars 2025.

L’impréparation face aux défis politiques
Avant son conseil, le président du PDCI avait laissé entendre que les actions judiciaires qui le visent, sont le fait du régime du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Une posture qui démontre l’impréparation de Tidjane Thiam à accéder à la fonction suprême. En terme de comparaison, quand il décide de se lancer en politique, après avoir aidé du mieux qu’il a pu, le père de la nation, Félix Houphouët-Boigny à redresser l’économie de la Côte d’Ivoire, de 1989 à 1993, Alassane Ouattara a reçu coups sur coups, sans jamais donner le sentiment de craquer. Bien au contraire, au plus fort de la crise militaro-politique de septembre 2002, le président du Rassemblement des républicains (RDR), à l’époque, n’hésite pas à faire la paix avec son aîné, Henri Konan Bédié, après plus de 20 ans de brouilles, formant le RHDP, qui a finalement remporté la présidentielle de 2010 face à Laurent Gbagbo.

Une absence remarquée lors des moments clés
C’est justement l’autre péché de Tidjane Thiam. Elu à la présidence du PDCI dans des conditions dénoncées depuis le début par les anciens ministres Jean-Louis Billon et Thierry Tanoh, pour ne citer que ces deux, le successeur d’Henri Konan Bédié, ne semble pas intéressé par un rassemblement des forces dans son propre camp. Il est vrai qu’il a levé toutes les suspensions qui frappaient depuis longtemps des figures marquantes du PDCI, le 26 mars mais, de l’avis de certains, c’est face à la pression judiciaire de Valérie Yapo, qu’il a eu ce geste d’apaisement. Il lui faut donc poser un acte dénué de toutes interprétations, en initiant une vraie réconciliation avec ses adversaires internes au PDCI.

C’est à cette condition, qu’il aura un appareil solide, pour espérer inquiéter le candidat du RHDP au scrutin d’octobre prochain. Dans cette dynamique, il devrait aussi se montrer dans son élément. Absent du bureau politique du 5 avril dernier, Tidjane Thiam a aussi brillé par son absence lors de la convention du 16 avril. Ses partisans ont beau expliquer que son prédécesseur également, s’était permis en son temps, de ne pas répondre présent à de tels rendez-vous, la justification ne passe pas. Car, il confirme bien ce que l’ancien ministre du Commerce dit de lui : il est hors-sol.
Marc Dossa
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