Qui aurait cru que la réforme constitutionnelle brandie pour justifier le 3ᵉ mandat d’Alassane Ouattara en 2020 finirait par ouvrir les portes de la présidentielle de 2025 à Tidjane Thiam ?
Une révision qui change tout
Avant 2016, la Constitution ivoirienne verrouillait strictement l’accès à la magistrature suprême. Pour être candidat, il fallait être né de père et de mère ivoiriens d’origine et, surtout, n’avoir jamais perdu la nationalité ivoirienne. Ce dernier point aurait été rédhibitoire pour Thiam, qui a pris la nationalité française en 1987.
La révision constitutionnelle de 2016 a changé la donne. Désormais, il suffit d’être ivoirien d’origine et de ne détenir aucune autre nationalité au moment de la candidature. Autrement dit, la porte s’est ouverte pour ceux qui, comme Thiam, ont eu une autre nationalité mais y ont officiellement renoncé. Il a d’ailleurs annoncé avoir abandonné la nationalité française le 7 février 2025, une formalité qui le rend pleinement éligible.
L’autre verrou qui aurait pu bloquer sa candidature, la condition de résidence, a également été assoupli. Sous la Constitution de 2000, un candidat devait avoir résidé au moins cinq ans de manière continue en Côte d’Ivoire avant le scrutin et justifier d’une présence totale de dix ans sur le sol ivoirien. Si l’ex-patron du Crédit Suisse peut se targuer de dix ans de présence en Côte d’Ivoire grâce à son parcours académique et professionnel dans le pays, a-t-il pour autant résidé exclusivement en Côte d’Ivoire depuis septembre 2020 ? Cette règle aurait été assurément problématique pour l’ex-banquier, qui a fait carrière entre Londres, New York et Zurich. Aujourd’hui, cette exigence de résidence stricte n’existe plus du fait de la nouvelle constitution. Un détail qui fait toute la différence. Si les aficionados de Tidjane Thiam ont accueilli avec triomphe, l’annonce dans le journal officiel français de la perte de la nationalité française de leur leader, c’est in fine le changement de constitution qui laisse entrevoir la possibilité de voir le président du PDCI dans les starting-blocks de la présidentielle d’Octobre 2025.
Thiam bénéficiaire indirect du 3è mandat ?
Les faits sont implacables : sans cette révision de 2016, il n’aurait pas pu briguer la présidence. Lui, Thiam, qui n’a eu de cesse de dénonce le premier mandat de la troisième République d’Alassane Ouattara.
« Ne pas respecter la Constitution, c’est un problème grave », déclarait-il sur la candidature d’Ouattara. Plus récemment, il a critiqué la possibilité d’un quatrième mandat, fustigeant ceux qui « sont sur le point de faire un 4ᵉ mandat illégal » tout en utilisant des artifices juridiques pour justifier leur maintien au pouvoir. Désormais candidat, il doit faire face à un paradoxe : il profite d’une réforme qu’il dénonçait hier.
Un héritage constitutionnel à double tranchant
En politique, l’opportunisme est souvent la règle du jeu. Thiam sait que son passé d’expatrié, son profil technocratique et sa récente renonciation à la nationalité française alimenteront le débat sur son ancrage réel en Côte d’Ivoire. Pourtant, la légalité de sa candidature ne fait plus de doute. Reste à voir si ce « coup du sort » se transformera en atout ou en handicap électoral.
G.G.
