Usage des pesticides en Afrique Jean-Paul SIKELI alerte: « 385 millions de personnes dans le monde souffrent d’empoisonnement chaque année, dont 95 % sur notre continent. »

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 278 vues

Les pesticides chimiques de synthèse dominent l’agriculture moderne. Leurs impacts dévastateurs sur la santé et l’environnement suscitent de vives inquiétudes. Dans cet entretien, Jean-Paul SIKELI, Secrétaire Exécutif de la Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Africain (COPAGEN), alerte sur les dangers de ces produits pour l’Afrique et appelle à une transition vers des alternatives plus durables.

Les pesticides chimiques sont souvent perçus comme des alliés de la productivité agricole. Quels sont les problèmes soulevés par leur usage, ici et ailleurs ?

Les pesticides chimiques de synthèse, à l’origine conçus pour lutter contre les mauvaises herbes et les nuisibles, posent aujourd’hui de graves problèmes. Alors qu’ils étaient censés accroître la productivité agricole, ils sont responsables d’importants dégâts sur la santé humaine et l’environnement. Selon un rapport des Nations Unies en 2017, 385 millions de personnes dans le monde souffrent d’empoisonnement chaque année, dont 95 % en Afrique. En plus des intoxications, ces produits affectent gravement les droits fondamentaux, comme le droit à la santé, à l’alimentation saine, et surtout le droit à la vie.

Comment ces intoxications surviennent-elles ?

Les intoxications surviennent dans les champs, en ville ou même dans les foyers. Les pesticides chimiques de synthèse polluent l’air, les sols et les eaux. Par exemple, les fruits et légumes que nous consommons sont souvent contaminés par des niveaux de résidus de pesticides bien supérieurs aux normes internationales. Ces produits provoquent des symptômes immédiats tels que fatigue, maux de tête, et irritations. Certains pesticides, comme le glyphosate, ont été classés « cancérogènes probables » pour l’homme par l’OMS. Les effets à long terme incluent la stérilité, des maladies neurodégénératives comme la maladie de Parkinson, et le cancer du sein chez les femmes. Pire, les pesticides perturbent l’environnement en détruisant des espèces clés comme les abeilles, responsables de la pollinisation.

Lors d’une intervention, Jean-Paul SIKELI, le Secrétaire Exécutif de la Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Africain (COPAGEN)

Quels sont les enjeux liés à l’utilisation de ces pesticides, particulièrement en Afrique ?

En Afrique, l’usage des pesticides chimiques de synthèse a été introduit pendant la période coloniale, surtout pour les cultures d’exportation comme le cacao, le café, et le palmier à huile. Aujourd’hui, leur usage est devenu une dépendance. Ce modèle productiviste, promu après la Seconde Guerre mondiale sous la bannière de la « Révolution verte », est à bout de souffle. Il s’agit d’un système destructeur contrôlé par une poignée de multinationales, comme Syngenta, Bayer, et Corteva, qui dominent le marché mondial. Bien que l’Afrique ne représente que 2 à 4 % de la consommation mondiale de pesticides, la demande augmente rapidement. Les multinationales y voient une nouvelle terre de conquête pour leurs produits, alors même que ces produits sont souvent interdits en Europe pour leur dangerosité.

Est-il possible de sortir de cette dépendance aux pesticides ? Quelles seraient les alternatives ?

Il est essentiel de repenser notre modèle agricole. Les pesticides chimiques de synthèse ne sont pas une fatalité. De plus en plus, l’agroécologie s’impose comme une solution durable. Contrairement aux pesticides, qui cherchent à éliminer les nuisibles, l’agroécologie mise sur des techniques préventives et biologiques. Ces techniques incluent la rotation des cultures, le désherbage manuel, ou l’utilisation d’ennemis naturels pour contrôler les ravageurs. La transition vers une agriculture sans pesticides nécessitera du temps et des efforts, mais elle est possible. Il s’agit d’une question de volonté politique et de sensibilisation des populations.

En Côte d’Ivoire, le ministère de l’Agriculture a récemment interdit certaines molécules entrant dans la composition des pesticides. Que pensez-vous de cette décision ?

C’est une initiative louable. Cependant, il est crucial que cette interdiction soit strictement appliquée. Beaucoup de pesticides interdits continuent de circuler sur les marchés, souvent de manière illégale. De plus, les agriculteurs manquent de formation sur l’utilisation sécurisée des produits, ce qui aggrave les risques. Les gouvernements africains doivent aller plus loin en adoptant des politiques ambitieuses pour interdire progressivement tous les pesticides de synthèse et promouvoir l’agroécologie. Certains pays européens, comme le Danemark et le Luxembourg, ont déjà montré qu’il est possible de réduire voire d’éliminer les pesticides tout en préservant une agriculture prospère.

Propos recueillis par Armand BLEDOU

Articles similaires

Laissez un commentaire

* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et le traitement de vos données par ce site Web.

Are you sure want to unlock this post?
Unlock left : 0
Are you sure want to cancel subscription?
error:

Le site Web nordsud utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. J'accepte Lire la suite

-
00:00
00:00
Update Required Flash plugin
-
00:00
00:00