Dans le cadre de la campagne mondiale ‘’16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre’’, une trentaine de journalistes ivoiriens ont pris part, le jeudi 4 décembre, à une formation consacrée aux violences numériques liées au genre, un phénomène en nette progression dans le pays.
L’atelier s’est tenu à Abidjan-Cocody, à l’initiative d’ONU-Femmes, en partenariat avec le Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN).
Animée par Cheick Diallo, analyste-programme au bureau pays d’ONU-Femmes, la session de formation visait à renforcer les capacités des professionnels des médias dans l’analyse et le traitement éditorial des violences en ligne : harcèlement, menaces, chantage, usurpation d’identité ou encore diffusion non consensuelle de contenus sensibles. Selon les organisateurs, ces formes de violences touchent particulièrement les jeunes femmes et les adolescentes et provoquent des traumatismes psychologiques souvent durables.
Les données disponibles témoignent de l’ampleur du phénomène. En 2024, les autorités ivoiriennes ont enregistré 12 100 plaintes liées à l’incivisme et à la cybercriminalité, dont 2 822 portant directement atteinte à la dignité humaine. Un jeune sur quatre, âgé de 15 à 25 ans, déclare avoir déjà subi du harcèlement en ligne. L’impact économique de ces violences est estimé à 6,9 milliards de FCFA.
Au cours des échanges, les participants ont relevé plusieurs défis persistants, liés entre autres à la faible culture numérique, à la méconnaissance des mécanismes juridiques, à la réticence à porter plainte, procédures complexes ou trop longues. Autant d’obstacles qui freinent la prise en charge des victimes et la lutte contre ces violences.
L’atelier a également porté sur les bonnes pratiques rédactionnelles à adopter face aux VBG, afin d’éviter les récits sensationnalistes ou les détails pouvant exposer les survivantes. Les journalistes ont été encouragés à contextualiser les faits, intégrer des messages de prévention, promouvoir l’éducation numérique et orienter les victimes vers les services d’aide existants, dont la ligne sociale 1308.
Les médias présents se sont engagés à accorder une plus grande place à la sécurité numérique dans leurs contenus, ainsi qu’à mieux identifier et documenter les violences en ligne.
La représentante pays d’ONU-Femmes, Adjaratou Fatim N’Diaye, a rappelé que la violence numérique constitue « une vraie violence » et qu’« en ligne ou hors ligne, elle détruit des vies et a un impact sur l’économie ». Elle a insisté sur le rôle déterminant des médias dans la promotion de normes sociales protectrices.
En 2024, la Côte d’Ivoire a par ailleurs recensé 9 607 cas de violences basées sur le genre, dont 920 viols, 287 agressions sexuelles, 2 030 agressions physiques, 153 mariages forcés, 4 394 dénis de ressources et 1 798 violences psychologiques.
Selon ONU-Femmes, les violences numériques s’inscrivent désormais comme une extension directe des violences traditionnelles, dans un contexte de numérisation rapide des interactions sociales.
L’atelier a réaffirmé l’importance du rôle des médias dans la défense des droits fondamentaux et dans la sensibilisation des populations à l’heure où les risques liés au numérique se multiplient.
GD
