Un serpent de mer judiciaire en perspective. Le Premier ministre haïtien, Ariel Henry, menacé d’inculpation et d’interdiction sortie du territoire relativement à ‘’ ’des présomptions graves d’assassinat sur le Président de la République’’ a limogé le commissaire du gouvernement, Bed-Ford Claude. Ce dernier avait ébruité la mise en cause du chef du gouvernement, en arguant ses coups de fil compromettants avec l’un des principaux suspects tout en requérant des garde-fous à son encontre. Le supérieur hiérarchique du commissaire, le ministre de la Justice, Rockfeller Vincent, n’a pas échappé au coup de balai. Le chef du gouvernement a également procédé à son licenciement.
Le juge d’instruction en charge de l’enquête visant à faire la lumière sur l’assassinat du président haïtien, Jouvenel Moise est à la croisée des chemins. Mardi 14 septembre, Bed-Ford Claude, l’équivalent du procureur de la République l’exhortait à inculper le chef du gouvernement et à lui intimer une interdiction de sortie du territoire. Le commissaire du gouvernement soulignait mordicus que le Premier ministre aurait entretenu un échange téléphonique avec Joseph Félix Badie, qui est dans le collimateur de la justice relativement au meurtre du président. Le coup de fil aurait été géolocalisé, à 4 h 03 puis 4 h 20, soit quelques heures après le crime, dans le quartier où se situe la résidence privée de Jouvenel Moïse, scène du crime. La réaction du patron de la Primature ne se fera pas attendre.
Alléguant une «faute administrative grave», d’autant plus que les prérogatives du commissaire ne lui permettent nullement d’interférer dans le dossier, le Premier ministre a remercié son accusateur. «J’ai l’avantage de vous informer qu’il a été décidé de mettre fin à votre fonction », a-t-il souligné dans la lettre de licenciement du commissaire. Passant ainsi à la trappe la Constitution haïtienne qui stipule que le procureur ne peut être nommé ou licencié que par le Président. Dans la foulée, le chef du gouvernement qui occupe les premiers rôles de l’exécutif haïtien depuis la mort du président a montré la porte de sortie au ministre de la Justice, Rockfeller Vincent. L’intérim de ce maroquin est assuré par le ministre de l’Intérieur, Liszt Quitel.
Le dossier de l’assassinat du président haïtien dans sa résidence le 7 juillet 2021 par un commando armé fera encore couler beaucoup d’encre et de salive.
Charles Assagba
