Battus lors de la présidentielle du 25 octobre, les quatre challengers d’Alassane Ouattara n’ont pas disparu de la scène politique. Tandis que certains misent sur les législatives pour rebondir, d’autres privilégient le retrait, l’influence interne ou la bataille idéologique.
Plus d’un mois après l’élection présidentielle du 25 octobre, qui a reconduit Alassane Ouattara à la tête de l’État, les parcours de ses principaux adversaires dessinent des trajectoires contrastées. De Jean-Louis Billon à Simone Ehivet-Gbagbo, en passant par Henriette Adjoua Lagou et Ahoua Don Mello, chacun tente de se repositionner à l’aune des législatives du 27 décembre et des recompositions politiques à venir.

Au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Jean-Louis Billon a opté pour une posture mêlant retrait temporaire et présence institutionnelle. Après s’être accordé un temps de repos, notamment à Assinie (un séjour sur un yacht très commenté sur les réseaux sociaux) l’ancien ministre du Commerce a été aperçu le 8 décembre 2025 au Palais présidentiel, lors de la cérémonie d’investiture d’Alassane Ouattara. Une participation saluée par le chef de l’État, qui a souligné l’« esprit républicain » avec lequel Billon a pris part au scrutin d’octobre.
Toujours en froid avec la direction actuelle du PDCI conduite par Tidjane Thiam, l’ex-délégué départemental de Dabakala n’envisage pas de se porter candidat aux législatives dans sa circonscription. En revanche, plusieurs cadres proches de lui, à l’image de Valérie Yapo, sont engagés dans la bataille parlementaire. Candidate indépendante à Akoupé, à l’Est du pays, cette dernière n’exclut pas une prise de distance durable avec son parti. « Si je suis élue le 27 décembre, je ne suis pas sûre d’aller au PDCI le 28 », prévient-elle, évoquant les tensions internes. Celle qui a contesté devant la justice la régularité de l’élection de Tidjane Thiam à la tête du PDCI pourrait ainsi contribuer à la constitution d’un courant Billon structuré, capable de peser aussi bien à l’Assemblée nationale qu’au sein de l’ex-parti unique.

Présente, elle aussi à l’investiture du président réélu, Henriette Adjoua Lagou demeure plus discrète sur ses intentions politiques. Son avenir immédiat apparaît moins lisible, dans un contexte où son influence électorale reste limitée.
Troisième à l’issue de la présidentielle, Simone Ehivet-Gbagbo affiche, pour sa part, des ambitions claires. L’ex-Première dame veut disposer d’un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale. Son Mouvement des générations capables (MGC) aligne quatorze candidats aux législatives du 27 décembre, même si la principale figure reste l’ancienne ministre Clotilde Yapi-Ohouochi. Pour ses partisans, sa participation au scrutin, le score réalisé en octobre…, ont valeur de revanche symbolique, à la fois sur l’histoire récente et sur le camp de son ex-époux, Laurent Gbagbo.

Après le scrutin, l’ancienne députée d’Abobo s’est rendue au Ghana pour assister aux obsèques de Nana Konadu Agyeman-Rawlings, ancienne Première dame du Ghana, avant de prolonger son séjour pour quelques jours de repos, en compagnie de certains de ses proches. Dans une publication détaillée sur sa page Facebook, Simone Ehivet-Gbagbo a longuement relaté les honneurs qui lui ont été accordés par les autorités ghanéennes, ainsi que la solennité de la cérémonie, marquée par la présence de nombreux dirigeants africains et personnalités internationales. « Après les obsèques nationales, le jeudi 4 décembre, j’ai tenu à rendre une visite de courtoisie aux enfants de la défunte. Nous nous connaissons depuis plusieurs années. Mme Rawlings était venue me voir avec ses enfants, lorsque je séjournais chez Gado, à Accra », a relaté la candidate du MGC à la dernière présidentielle. « J’y suis allée avec mes enfants et j’ai tenu à les féliciter pour leur attitude courageuse et digne durant les obsèques, ce qui a marqué la nation entière du Ghana et tous les invités. Je leur ai dit que désormais, chaque fois qu’ils seraient à Abidjan, ils avaient un toit pour les accueillir. Je leur ai également remis des pagnes tissés de Côte d’Ivoire, pour les aider à attacher leur tête et leur apporter notre soutien », a ajouté Simone Ehivet-Gbagbo à son récit.

Autre figure de l’opposition, Ahoua Don Mello, seul candidat indépendant à la présidentielle, continue de se positionner dans le débat public, y compris au sein du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPACI), dont il reste militant. Dans une récente déclaration, il a félicité les candidats indépendants aux prochaines législatives, tout en dénonçant des choix stratégiques qui, selon lui, renforcent paradoxalement le pouvoir en place. « Je tiens à adresser mes chaleureuses félicitations à la trentaine de personnalités proches ou loin du PPACI qui ont adhéré aux idéaux que j’ai défendus lors de l’élection présidentielle et qui ont choisi de se porter candidats, en qualité d’indépendants. En tout état de cause, le congrès du PPACI, organe suprême du parti, saura au moment venu, apprécier et tirer toutes les conséquences des décisions et postures prises à l’occasion des différents rendez-vous électoraux. Les décisions pendant les périodes électorales ont pour conséquence de reproduire les erreurs du passé et de consolider l’emprise du parti-Etat, rendant encore plus puissant celui qu’on veut congédier, en lui déroulant le tapis rouge pour l’exécutif et le législatif », a-t-il déploré dans une déclaration. L’ancien vice-président du PPACI, exclu après l’annonce de sa candidature à la magistrature suprême, entend manifestement jouer un rôle central dans la future désignation du successeur de Laurent Gbagbo à la tête du parti.
Quelques jours après cette prise de position, Ahoua Don Mello a quitté la Côte d’Ivoire pour la Russie, où il a participé à un sommet des BRICS. À l’instar de Simone Ehivet-Gbagbo, il n’a donc pas assisté à la prestation de serment d’Alassane Ouattara.
Marc Dossa
