Abidjan s’impose comme le cœur de l’Union monétaire ouest-africaine, concentrant les plus grandes banques de la région, mais les banques originaires de la Côte d’Ivoire peinent encore à peser face aux filiales étrangères.
Si Abidjan ne détient pas le record du plus grand nombre d’établissements bancaires dans l’UEMOA — avec 31 banques contre 32 au Sénégal — la Côte d’Ivoire concentre en revanche le marché le plus important et les acteurs les plus solides de la zone. La capitale économique abrite à elle seule 11 des 21 plus grandes banques de l’Union, confirmant son rôle de locomotive financière.
Domination ivoirienne dans le top 6 de l’UMOA
Le dernier rapport de la Commission bancaire de l’UMOA confirme cette domination : cinq des six plus grandes banques de la zone sont basées à Abidjan. Société Générale Côte d’Ivoire et NSIA Banque mènent le classement, suivies par Coris Bank International, installée à Ouagadougou, seule banque non-ivoirienne qui s’intercale dans ce top largement ivoirien. La BNI, la Banque Atlantique et Ecobank-CI ferment la marche respectivement aux 4ᵉ, 5ᵉ et 6ᵉ rangs.
Avec 25 645 milliards FCFA, de total bilan, soit 35,6 % de parts de marché de l’Union, les banques localisées en Côte d’Ivoire écrasent la concurrence. Le Sénégal, son poursuivant direct, plafonne à 13 950 milliards FCFA, soit 19,3 %. Autrement dit, la suprématie d’Abidjan comme première place bancaire de la sous-région ne souffre d’aucun doute.
Une réalité nuancée : les acteurs locaux encore minoritaires dans l’UMOA
Cette suprématie repose toutefois sur des filiales étrangères et panafricaines. Les banques ivoiriennes, elles, peinent à s’imposer. Seule NSIA Banque figure dans le classement des grands groupes bancaires de l’UMOA, à la 7ᵉ place, avec 5,8 % de parts de marché. Le reste est dominé par des acteurs venus d’ailleurs, de Société Générale (France) à Ecobank (Togo), Coris (Burkina Faso), Bank of Africa et Attijariwafa (Maroc) ou encore UBA (Nigeria). Le défi ivoirien est donc clair: faire émerger d’autres établissements capables de rivaliser dans la zone, afin que la Côte d’Ivoire pèse non seulement par les filiales qu’elle accueille, mais aussi par ses propres champions.
La Côte d’Ivoire à la cinquième place dans l’UMOA au classement par pays
Entre 2020 et 2025, le paysage bancaire de l’UMOA a évolué. Les groupes marocains conservent la première place, menés par Bank of Africa, Atlantic Business International et Attijariwafa Bank, mais leur part recule de 23,8 % à 19,3 %.
En deuxième position, les Togolais, avec Ecobank et Oragroup, passent de 16,4 % à 13,4 %, tandis que la France glisse au troisième rang, représentée par Société Générale et BNP Paribas (qui n’a plus d’actif dans la zone), en chute de 12,5 % à 8,6 %.
Le Burkina Faso progresse et s’installe au quatrième rang grâce à Coris Bank International, en hausse de 7,6 % à 8,6 %.
Cinquième, la Côte d’Ivoire avec NSIA Banque stagne autour de 6 %. Viennent ensuite le Mali avec la BDM (3,3 % à 3,7 %), la Libye via la BSIC (2,6 % à 3,2 %) et le Nigeria avec UBA, quasi stable à 3,3 %. Enfin, le Gabon fait son entrée dans le classement avec BGFI, qui capte 2,3 % du marché.


Croissance du capital national et montée en puissance des banques ivoiriennes
De toute évidence, avant d’asseoir son hégémonie sur le marché de l’UMOA, la Côte d’Ivoire se doit d’étendre ses tentacules à domicile. C’est du moins l’analyse qui ressort de l’évolution du capital des banques ivoiriennes. Entre 2020 et 2025, les parts nationales (État + privés) sont passées de 49 % à 60 %, réduisant l’emprise étrangère de 51 % à 40 %. Un pas important pour la Côte d’Ivoire.
Des banques locales de plus en plus stratégiques : NSIA, BNI, AFG ou BACI…
Le marché bancaire ivoirien en lui-même porte également les marques de cette montée en puissance des banques locales. Derrière le numéro un, le français Société Générale-CI, NSIA, BNI et BACI composent désormais le trio de tête ivoirien, preuve de la montée en puissance des acteurs locaux.
À titre comparatif, en 2020, seules, les banques ivoiriennes : la Banque Atlantique (numéro deux) et NSIA (numéro quatre) figuraient parmi les cinq premières banques en Côte d’Ivoire. L’impact attendu de la prédominance d’acteurs ivoiriens dans le secteur bancaire est que ces banques à capital majoritairement ivoirien prennent des décisions stratégiques pour le financement des secteurs locaux clés et répondent de façon plus directe aux besoins des particuliers en Côte d’Ivoire.
En somme, la Côte d’Ivoire reste la première place bancaire de l’UMOA par son poids et ses chiffres, mais elle n’a pas encore imposé ses propres champions dans le cercle restreint des géants régionaux. La montée du capital national et l’essor de banques comme NSIA, BNI, AFG ou BACI laissent toutefois entrevoir une mutation progressive : celle d’un marché dominé par des filiales étrangères à un véritable pôle financier ivoirien rayonnant à l’échelle régionale.
Charles Assagba
