Budget 2025 – 2027 :Le plan d’ajustement de Ouattara

par NORDSUD
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C’est un dénominateur commun entre le dernier rapport de la notation financière de Moody’s et le communiqué de presse de la récente mission du FMI : la Côte d’Ivoire doit réduire son déficit budgétaire, et augmenter ses recettes intérieures, prioritairement l’’impôt.Un message reçu cinq sur cinq par l’exécutif ivoirien qui annonce la couleur avec le Document de Programmation Budgétaire et Économique Pluriannuelle (DPBEP) 2025-2027 qui a été sujet à une communication du gouvernement lors du Conseil des Ministres du 13 juin 2024.

Estimée en moyenne à 17, 64% entre 2022 et 2024, l’évolution du budget de l’État sur les trois prochaines années, à en croire le Document de Programmation Budgétaire et Économique Pluriannuelle (DPBEP) 2025-2027 sera de 8,51%. Chiffré à 13 720 milliards en 2024, il atteindra la bagatelle de 15301milliards de FCFA en 2025.Ce niveau devrait continuer de s’accroitre pour atteindre 17.070 milliards de FCFA en 2026 et 17.480 milliards de FCFA en 2027, précise le gouvernement. Une augmentation sur la triennale à venir certes mais dont le niveau de hausse est prévu pour être moins important que sur le triennat 2022 -2024. En vue de parvenir effectivement à ce ralentissement significatif du rythme d’augmentation du budget de la Côte d’Ivoire, le gouvernement ivoirien table sur la réduction du train de vie de l’État. « En matière de dépenses, il est prévu la poursuite de la maîtrise des charges de fonctionnement », signale l’exécutif. Ce changement de paradigme annoncé sera-t-ileffectivement mis en œuvre ou se limitera-t-il a un simple effet d’annonce ?  A en croire Prao Séraphin, économiste ivoirien, les indicateurs sont aux rouges. « C’est vrai que le Président Ouattara par cette annonce veut réduire le train de vie de l’État mais c’est un travail que le chef de l’État aurait dû faire depuis de début de son mandat. Le Ouattara de 1990 qui avait effectivement réduit le train de vie de l’Etat en tant que premier ministre de l’État a laissé place à un homme politique. On a des nombres pléthoriques de ministres, des postes budgétivores. Malgré des preuves de détournements de deniers publics, des personnalités sont libres. À quelques mois de la fin de son mandat, ce n’est pas évident qu’il réussisse maintenant cette mission sur laquelle il était attendu depuis le début de son mandat », analyse-t-il. 

Recouvrement effectif des impôts

Dans une optique de la réduction du déficit budgétaire ivoirien dont le montant a baissé de 2.56% en 2024 comparativement à celui de 2023, l’État ivoirien est de plain-pied sur le front de l’augmentation des recettes fiscales. Si les observateurs prophétisaient que l’exécutif ferait face à un dilemme entre l’augmentation de l’impôt soit par l’élargissement de l’assiette fiscale en augmentant le nombre de contribuables. Ou par une l’augmentation du taux de pression fiscale par une hausse du montant des impôts, le gouvernement a sorti un tour de son sac. « La politique budgétaire de l’État sur la période 2025-2027, sera orientée, en matière de recettes, vers la consolidation de l’efficacité du recouvrement des recettes intérieures ». Le gouvernement entend ainsi à priori réaliser d’abord un recueillement effectif de la manne financière prévue par l’annexe fiscale actuelle « Le président Ouattara veut s’assurer déjà que les fonds qui sont censés être recueillis dans la situation actuelle sont effectivement recouvrés dans les caisses de l’État. Il entend y veiller parce que ce n’est pas toujours le cas. Ensuite il orientera la politique fiscale mais je pense que nous avons un taux de 13% qui est très faible et en deçà de la norme communautaire», fait noter Prao Séraphin, professeur d’économie.

Le gouvernement commence un travail de fond

Dans cette droite ligne d’efficacité du recouvrement des impôts, le gouvernement a annoncé la transformation de 112 recettes de services précédemment recueillies et gérées par les Ministères en contrepartie de certaines prestations de services. Ces recettes iront désormais directement dans les caisses de l’État et seront comptabilisées comme recettes fiscales, a indiqué le porte-parole du gouvernement. La Côte d’Ivoire a également institué, le prélèvement bancaire comme le seul mode de paiement des impôts et taxes pour les entreprises qui ont plus de 200 millions FCFA de chiffres d’affaires ou qui payent au moins 50 millions d’impôts. Une mesure qui vise selon le gouvernement à pallier les dysfonctionnements liés au recouvrement des taxes et impôts dans les entreprises par différents modes de paiements. Le dernier conseil des Ministres en date du 12 avril n’a pas dérogé au principe du coup de pied dans la fourmilière des recettes fiscales d’autant que l’institution de la carte de commerçant et de l’entreprenant qui y a été annoncée vise entre autres à la lutte contre la fraude fiscale.

L’indélébile patte Ouattara

En dépit de cet exercice d’équilibriste sur le plan budgétaire, le numéro un ivoirien, Alassane Ouattara entend relever un autre défi sur lequel l’opposition lui cherche noise et l’attend de pied ferme : l’endettement. Un sujet sensible sur lequel le patron de l’exécutif a embouché la trompette avec le Document de Programmation Budgétaire et Économique Pluriannuelle (DPBEP) 2025-2027 qui prévoit en effet « le maintien de la soutenabilité de l’endettement public ». De fait, pour éviter le piège d’un endettement excessif, la réduction du déficit budgétaire et l’augmentation des recettes intérieures sont essentielles. Réduire le déficit budgétaire diminuera les emprunts de l’État. En effet la baisse du déficit budgétaire induira une baisse des prêts contractés par l’État en vue de boucler son budget. Par ailleurs, une hausse des ressources permettra d’apurer de façon plus substantielle ses dettes dans les délais sans recours à d’autres dettes en vue d’éviter comme on dit à Abidjan de « prendre crédit pour payer crédit ». Le maintien de la soutenabilité de la dette publique ivoirienne est par ailleurs une condition phare pour garantir la poursuite de la politique d’investissement. Gage de développement, l’investissement facilite également les conditions de créations de la richesse permettant ainsi par effet boule de neige l’augmentation de la création de richesse et l’augmentation du volume des impôts. Sur ce sujet de l’orientation des poches de dépenses en faveur des investissements, le numéro un ivoirien n’a pas changé de fusil d’épaule. Le chef de l’État a en ligne de mire « La transformation structurelle de l’économie. (…) Un accroissement continu des investissements et des dépenses de lutte contre la pauvreté », comme l’indique la communication relative aux prévisions budgétaires 2025 – 2027. En dépit de cette volonté de mettre de l’ordre dans les comptes de l’Etat, Alassane entend continuer à faire du Ouattara en termes de vision de développement, de stabilisation du pays tout ayant un œil attentif sur le budget de l’État et les recettes intérieures.« La politique économique et financière du Gouvernement sera consacrée à la mise en œuvre des stratégies de développement initiées les années antérieures, à travers le renforcement de la qualité des Institutions, la consolidation de la stabilité socio-politique et du cadre macroéconomique », fait noter la communication du gouvernement.

Charles Assagba

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