Sur quelles chaînes les amateurs de football pourront-ils regarder la Coupe d’Afrique des Nations 2025 ? En Côte d’Ivoire, seules 32 des 52 rencontres seront disponibles sur les chaînes de la TNT, notamment la RTI et NCI. Comme l’ensemble des télévisions francophones africaines, elles ne détiennent que les droits de diffusion de 32 matchs.
Un courrier signé par plusieurs chaînes africaines, dont RTI et NCI et adressé à la CAF, révèle qu’elles ne disposent que de 32 matchs sur les 52 programmés pour la compétition. Réunies à Lomé les 23 et 24 novembre 2025 dans le cadre d’un séminaire d’information et de travail avec New World TV, le détenteur exclusif de l’intégralité des droits de diffusion, ces chaînes ont confirmé cette information dans une déclaration commune. « Nous, chaînes de télévision nationales africaines publiques ou privées assurant un service public entièrement gratuit à nos populations, tenons à exprimer notre profonde préoccupation et notre désaccord face à la nouvelle politique de commercialisation des droits de retransmission de la CAN 2025, telle qu’établie par la Confédération Africaine de Football (CAF) à travers son agent exclusif, New World TV. Alors que la compétition comptera 52 matchs, seules 32 rencontres sont proposées aux télévisions nationales africaines. Ce modèle de répartition est inacceptable », précise la déclaration.
“Si les chaînes africaines francophones veulent plus de matchs, il faut absolument qu’elles payent plus”, Avocat New World TV
Les téléspectateurs de ces chaînes : CRTS pour le Sénégal, GGT pour le Gabon, RTI pour la Côte d’Ivoire, Office National des Médias Audiovisuels du Tchad, CRTV du Cameroun, ORTM pour le Mali, CRTB pour le Burkina Faso, ORTN pour le Niger et la RTG, en Guinée, seront privés de 20 matchs de la compétition. Si les télés concernées accusent la CAF et New World TV de privilégier un opérateur privé payant, le cœur de l’affaire repose sur la structure même du système d’attribution des droits télé.
Interrogé sur France 24, Me Biayao, avocat de New World TV, a rappelé qu’il existe deux types de droits : les droits en clair, accessibles aux chaînes gratuites, moins coûteux mais volontairement limités pour préserver la valeur commerciale. Et les droits commerciaux, plus onéreux, qui donnent accès à l’intégralité des matchs et financent en grande partie la compétition ainsi que les fédérations nationales. Selon lui, « ces montants permettent de récupérer suffisamment de moyens, non seulement pour financer l’organisation d’une telle compétition, qui exige beaucoup d’argent, et aussi pour le soutien des fédérations nationales de football ». Il ajoute que « si les chaînes africaines francophones veulent plus de matchs, il faut absolument qu’elles payent plus. Pour être très transparent, 32 matchs seront accessibles gratuitement ».
Lors de la CAN 2023, seules 28 rencontres avaient été proposées en clair. Pour cette édition, New World TV affirme avoir négocié un passage à 32 matchs destinés aux chaînes francophones. « Nous avons une licence exclusive validée par la CAF. Nous devons équilibrer l’intérêt social et la réalité commerciale. Nous ne pouvons donc pas tout donner en clair », insiste Me Biayao.
Cependant, plusieurs interrogations demeurent concernant la démarche des chaînes francophones. Le contrat de sous-licence conclu entre New World TV et les télévisions ne précisait-il pas le nombre exact de matchs auxquels elles avaient droit ? Si c’est le cas, pourquoi ont-elles signé ? Et si ce n’est pas le cas, pourquoi ne dénoncent-elles pas une éventuelle irrégularité contractuelle ? À quelques semaines du coup d’envoi de la CAN 2025 au Maroc, ces questions restent sans réponse. Sollicitée à plusieurs reprises, la RTI n’a pas souhaité commenter la situation.
Les chaînes africaines doivent anticiper
Toutefois, le journaliste Fernand Dedeh, qui a déjà été à la table de négociations sur le sujet des droits TV de la CAN pour une chaîne locale, apporte un éclairage supplémentaire sur la controverse en cours. « Il y a encore quelques années, les États s’acquittaient des droits TV via des budgets spéciaux. Depuis la réforme budgétaire, les budgets-programmes exigent que les montants soient votés en année N-1. Or, les chaînes ne connaissent pas toujours les prix des droits TV à l’avance, ce qui crée des budgets insuffisants face aux coûts réels des compétitions », explique-t-il à nordsud.info. À ses yeux, les télévisions doivent désormais anticiper, intégrer les coûts liés aux droits dans leurs budgets de l’année précédente, mobiliser les annonceurs et engager plus tôt les discussions avec les détenteurs des droits. « Jusqu’à quand l’État va-t-il financer les droits TV avec des budgets spéciaux ? Il faut passer à autre chose. Sur la Coupe du Monde, la RTI n’avait pas pu obtenir les droits ; avec plus de moyens, NCI avait réussi. Il faut donc trouver des mécanismes financiers et anticiper ces situations », souligne le confrère. Pour l’instant, il estime que l’on ne peut savoir si la pression exercée par les chaînes francophones sur la CAF et New World TV aboutira à un changement. À ce stade, seule certitude : l’intégralité des matchs sera visible sur CANAL+ ou via un équipement de New World TV.
En Côte d’Ivoire la CAN coûtera plus cher à regarder
À cela s’ajoute une décision de la HACA datant de 2023, qui sera appliquée pour cette CAN. Pour favoriser les chaînes de la TNT et leur permettre de profiter d’audiences accrues et de revenus publicitaires, la décision interdit aux opérateurs payants, notamment CANAL+, de diffuser la CAN sur une formule d’abonnement donnant également accès aux chaînes de la TNT. En clair, la chaîne CANAL+ CAN ne sera pas accessible via la formule à 5 000 F qui donne accès aux chaînes de la TNT. Les téléspectateurs devront opter pour un abonnement à 10 000 F, au minimum, pour suivre les 52 matchs de la compétition. Une mesure qui, paradoxalement, ne bénéficiera pour cette édition ni aux chaînes locales ne disposant pas de tous les matchs, ni aux populations contraintes de payer plus pour accéder à l’intégralité du tournoi. « C’est la conséquence du fait que la TNT ne fonctionne pas correctement. Le déploiement et les moyens techniques ne permettent pas de couvrir tout le territoire et la majorité des Ivoiriens regardent la télévision via CANAL+. Ils seront obligés de payer plus parce que la HACA, qui souhaitait favoriser les chaînes locales, ne pouvait pas anticiper que celles-ci n’auraient pas tous les droits », conclut Fernand Dedeh.
Charles Assagba
