Comment le Pdci-Rda a perdu le Conseil régional du Gbêkê

par NORDSUD
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Le Conseil régional du Gbêkê est désormais placé sous administration directe de l’Etat. L’information a été donnée à l’issue du conseil des ministres du mercredi 12 janvier 2022 par le porte-parole-adjoint du gouvernement, Mamadou Touré. C’était au palais présidentiel d’Abidjan-Plateau.

Contrairement à ce qui se raconte, cette ‘’ mise sous tutelle’’ du Conseil régional de Gbêkê n’est pas nécessairement liée à une question politicienne. Elle est née certes d’un conflit judiciaire mais surtout de l’incompréhension entre des cadres du Pdci-Rda.

Selon l’information donnée par le porte-parole du gouvernement, cette décision de mise sous administration directe du Conseil régional de Gbêkê, fait suite aux dissensions graves constatées au sein du Conseil régional de Gbêkê et de l’échec des tentatives de conciliation entre les parties belligérantes.

A l’origine. Pour comprendre cette décision du conseil des ministres, il faut remonter à l’année 2018. En effet, à la suite des élections locales de 2018, le candidat du Pdci-Rda Mangoua Jacques, vice-président du Pdci-Rda, est élu président du Conseil régional de Gbêkê dans le centre de la Côte d’Ivoire.  

Mais un an après cette victoire, le samedi 21 septembre 2019, des armes sont découvertes au domicile de Mangoua Jacques à N’guessankro, son village natal, situé à une trentaine de kilomètres de Béoumi sur l’axe Béoumi-Marabadiassa.

Cette saisie se compose de 991 munitions de guerre de 7,62 mm, de 49 munitions de fusils de type calibre 12 et de 40 nouvelles machettes. Le procureur près le tribunal de 1ère instance de Bouaké, Koné Brama, ouvre une poursuite contre le mis en cause pour détention illégale d’armes de guerre sans autorisation administrative.

Au terme du procès, le vice-président du Pdci-Rda est condamné le 3 octobre 2019 à 5 ans de prison ferme, 5 millions de francs CFA d’amende et 5 ans de privation de droits civiques. Le procureur a fait un lien entre les objets retrouvés et les affrontements interethniques qui ont eu lieu à Béoumi au mois de mai de la même année 2019.

Du fait de cette condamnation, Mangoua Jacques ne peut plus gérer le conseil régional. Ainsi par arrêté ministériel, la députée de Sakassou, Dia Kouamé N’Guessan, vice-présidente du Pdci-Rda, est nommée au poste de Présidente de conseil régional de Gbêkê en remplacement de Mangoua Jacques incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca). Elle garde par la même occasion son poste de 1ère vice-présidente.

Intransigeance de Mangoua Jacques. Bien qu’étant dans les liens de la détention, Mangoua Jacques va tenter de gérer le conseil par procuration. Étant du même parti, il tente de donner des orientations de gestion à sa remplaçante. A sa libération provisoire en mars 2020, Mangoua manifeste le désir de retrouver son poste. Des dissensions naissent au sein du Conseil.

Ainsi Mangoua Jacques organise une révolte des conseillers contre l’intérimaire. Le conseil est bloqué dans son fonctionnement. Aucune session n’a pu véritablement se tenir depuis l’incarcération de Mangoua Jacques jusqu’à sa libération provisoire. Le mercredi 7 juillet 2021, face aux blocages, à l’issue du conseil des ministres, Amadou Coulibaly, porte-parole du gouvernement, annonce la suspension du Conseil régional de Gbêkê. Il indique que cette décision fait suite aux nombreux blocages constatés dans le fonctionnement de l’institution. Le conseil est mis sous délégation spéciale en juillet 2021 pour assurer la continuité des services publics. Des conciliations ont été ouvertes pour créer l’entente entre les parties divergentes.

Mais la suspension de l’activité des conseillers régionaux de la région de Gbêkê et la mise sous délégation n’a rien pu donner en termes de conciliation. En effet, suspendus et remplacés par une délégation spéciale en juillet 2021, les élus du Conseil régional n’auront plus, finalement, droit de cité dans la gestion des affaires de la région du centre du pays.

Au bout de 6 mois de délégation spéciale, les conseillers du Pdci-Rda ne parviendront pas à fumer le calumet de la paix, après des réunions de conciliation. L’intransigeance de Mangoua Jacques à retrouver la tête du Conseil du fait de sa condamnation va plomber les activités de cette institution locale.

Las de cette situation d’incompréhension, le conseil des ministres du 12 janvier 2022 a pris la résolution de mettre le Conseil sous administration directe de l’Etat. Selon le communiqué du conseil des ministres, cette décision prise conformément à la loi 2012 du 13 décembre 2012, portant organisation des collectivités territoriales, intervient dans la perspective d’observer l’exigence de la neutralité qui pèse sur la tutelle en de telles circonstances de crise et d’assurer le fonctionnement régulier du conseil. 
Ainsi donc, selon le porte-parole adjoint du gouvernement, Mamadou Touré, une commission spéciale de 10 personnes nommées dans les conditions prévues par la loi et présidée par le préfet de région de Gbêkê, Tuo Fozié, préfet du département de Bouaké, assumera les attributions dudit conseil.

Allah Kouamé, correspondant permanent

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