Comment Ouattara a rebâti la carrière des ex-com’zones

par NORDSUD
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Pour le président Ouattara, la réforme des armées représente autant un enjeu de stabilité politique que de sécurité extérieure. La Loi de programmation militaire est née le 4 janvier 2016 de la vision du Président de la République de doter la Côte d’Ivoire d’un outil de défense capable de faire face aux menaces internes et externes. Cette vision s’articule autour de l’amélioration des conditions de vie et de travail des soldats, la détermination des missions et des budgets sur cinq ans, la réorganisation du commandement, la consolidation du cadre institutionnel, la professionnalisation et la maîtrise des effectifs.

C’est fort de cette vision et avec cette loi de programmation militaire qu’en chef suprême des armées, le Président Ouattara a rebâti la carrière de huit ex-commandants de zones des ex-forces armées des Forces nouvelles.

Il s’agit de : Chérif Ousmane, Touré Hervé Armand Pélikan dit Vétcho, Fofana Losseny, Fofié Kouakou Martin, Koné Gaoussou alias «Jah Gao», Koné Zakaria, Ouattara Morou…  Sans oublier le moins connu Zoumana Ouattara dit « Zoua ».

Depuis le mercredi 22 décembre 2021, suite aux nouvelles nominations, ces hommes arborent leurs nouveaux grades.

Dans les années 2000, l’image de chefs de guerre impitoyables de guerre leur collait à la peau.  Aujourd’hui, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.

Issus de l’ex-rébellion de 2002, ils ont tous intégré l’effectif de l’Armée nationale en 2011 et ont vu leurs grades de commandant reconnus par l’Etat ivoirien. À partir de 2011, les commandants de zones (com’zones) se sont imposés comme des acteurs clés de la sécurité ivoirienne et abidjanaise.

Dès le mois d’août 2011, le Président Alassane Ouattara nomme certains de ces combattants aguerris à des postes militaires importants.

En 2016, tous sont devenus officiers, allant des rangs de commandant à lieutenant-colonel. Mais il leur a fallu retourner à «l’école» pour mettre en adéquation leurs capacités militaires avec leur grade officiel. Et ils y ont appris l’art de commander.

A partir de mai 2012, sur la base militaire française de Port-Bouët, à Abidjan, ces anciens chefs de la rébellion ont suivi tour à tour des cours d’état-major dispensés par des instructeurs du 43ème Bataillon d’Infanterie et de marine (BIMA).

Nordsud.info vous présente les nouveaux gradés :

Général de Brigade Chérif Ousmane. Il fait partie des 13 colonels-majors promus au grade de Général de Brigade. Affublé du titre de commandant à l’époque, ex-chef rebelle charismatique, patron des bérets verts de la redoutable compagnie Guépard, Chérif Ousmane est devenu commandant de zone de la IIIe région militaire de Bouaké. Ses fidèles soulignent son courage et ses talents tactiques. Commandant des Forces Nouvelles à Bouaké pendant la rébellion, il a dirigé les opérations des Forces républicaines à Yopougon durant la bataille d’Abidjan. Entré dans l’armée en 1989, il a participé au coup d’État du général Robert Gueï en 1999. À la suite d’une brouille, il est arrêté et torturé sur ordre de son ancien allié. L’arrivée au pouvoir de Laurent Gbagbo en octobre 2000 ne met pas fin à ses déboires. Le nouveau régime le libère, le met sur la touche, puis l’accuse d’être mêlé à une tentative de putsch, ce qui l’oblige à fuir à l’étranger début 2001.

Symbole d’une génération d’officiers originaires du Nord qui s’est senti rejeté par le pouvoir, Chérif Ousmane décide de prendre sa revanche en septembre 2002. Il devient l’un des membres les plus influents de la rébellion. Le 3 août 2011, le Président Ouattara l’a promu commandant-en-second du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR). Le 3 février 2017, il a été nommé commandant du premier bataillon de commandos et de parachutistes d’Akouédo (1er BCP). Chérif Ousmane est le 17è Commandant du BCP en remplacement du Colonel Jean-Hubert Ouassénan.

Chérif Ousmane occupe, depuis mars 2019, le poste de sous-chef d’État-major de l’armée de terre.

Général de Brigade Zoumana Ouattara, Commandant de la Zone Opérationnelle Nord. Ex-commandant de la zone 4 : Mankono. L’ancien com’zone de Mankono, surnommé Zoua, a été nommé lieutenant-colonel en 2011, puis chef de corps du premier bataillon d’infanterie au camp d’Akouédo à Abidjan, en août 2012.

«Nommé commandant de la 3è région militaire de Bouaké en janvier 2017, à une époque où Bouaké était au centre d’une mutinerie, il a su, grâce à sa manière de commander, son abnégation et son sens du devoir, contribuer au retour de la paix dans les casernes», témoignait Mme Hortense Amani Lauboué, secrétaire générale de préfecture, représentant Tuo Fozié, préfet de la région de Gbêkê, préfet du département de Bouaké.

Le général Zoumanan Ouattara est un officier formé à l’École des forces armées (Efa) de Bouaké.

Général de Brigade Touré Hervé Armand Pélikan. Ex-commandant de la zone 2 : Katiola. C’est un ancien de la Garde républicaine, du 3ème bataillon d’infanterie et du service des transmissions de l’état-major des Forces armées nationales de Côte d’Ivoire.

Le lieutenant-colonel Touré Hervé était l’ancien chef d’état-major particulier de Guillaume Soro, du temps de la rébellion armée des Forces nouvelles. Puis, il a été le com’zone de Katiola (zone 2) d’où il est natif et où il dirigeait le «bataillon mystique», l’une des appelations dont les Forces nouvelles usaient pour mettre une pression psychologique sur les milices armées de Laurent Gbagbo.  Cette zone regroupait Katiola, Dabakala, Tafiré et Niakaramandougou.

Suite à la mutinerie de novembre 2014, dont l’intensité a été particulièrement ressentie à Bouaké, et afin de contrôler le 3e bataillon de l’infanterie de Bouaké, Hervé Touré, alias Vetcho, a été nommé chef de corps de ce groupement. Il a tenu ce poste jusqu’en 2017 quand il a entamé une formation à l’Ecole nationale d’administration, option diplomatie. Hervé-Armand Touré a ensuite fait son stage de fin de formation dans une des directions du ministère des Affaires étrangères. Avant de prendre service à l’état-major général des armées en tant que Chef du Bureau des Relations Internationales.

Touré Hervé Armand Pélikan est diplômé en médiation depuis décembre 2020, après des études au Centre de recherche et de formation professionnelle à l’arbitrage, à la médiation et à la négociation (Cerfopman) basé à Abidjan.

Colonel-major Fofana Losseny. Fofana Losseny dit Loss, ex-commandant de la zone 6 : Man. L’ancien com’zone de Man, surnommé également « Cobra » était autrefois caporal de la Force d’intervention rapide des para-commandos (Firpac).

En octobre 2011, il a été nommé vice-commandant des Forces Spéciales (nouvelle unité d’élite créée par le président Ouattara) et a suivi une formation en France.

Colonel-major Fofié Kouakou Martin. Ex-commandant de la zone 10 : Korhogo. Fofié Kouakou Martin est demeuré le premier responsable du commandement de bataillon de la 4ème compagnie d’infanterie de Korhogo jusqu’en septembre 2016.

Il est désormais commandant en second de la deuxième région militaire de Daloa, sous l’autorité du colonel Ben Ali Justin.

Colonel-major Koné Gaoussou. Ex-commandant de la zone 9 : Boundiali. Connu sous le nom de «Jah Gao», il a d’abord été commandant du secteur de Kong avant d’être nommé com’zone de Boundiali en 2006. En 2011, il était basé au camp commando d’Abobo et dirigeait le Groupement tactique 9 (Gt9), compétent dans les quartiers d’Abobo, d’Anyama, d’Alépé et d’Agboville. Depuis la même année, il fait partie des dirigeants des Forces spéciales. En 2015, il passe avec succès le diplôme d’Etat-major. Ce parchemin en poche, il est nommé commandant en second du bataillon des commandos parachutistes à Abobo en 2016. Pour être ensuite désigné commandant du Bataillon de Commandement et de Soutien (BCS) en janvier 2017.

Le Colonel-major Koné Gaoussou est un ex-Commando parachutiste. Entré dans l’armée en 1982, après avoir obtenu le Baccalauréat série D, il a servi en 1990 à la première Compagnie aéroportée devenue, par la suite, la Force d’intervention rapide des para-commandos (Firpac). Toujours en 1990, il participe à une mission de sécurisation à la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Liberia. Il a le temps de passer son brevet militaire para en 1992. Toujours dans son rôle d’homme de terrain, il prend une part active dans le retour de la sécurité à Monrovia, la capitale du Liberia en 1997. C’est tout naturellement qu’en 1998, avec beaucoup d’autres de ses frères d’armes, il participe à la Mission des Nations unies en République centrafricaine (Minurca) pour le maintien de la paix dans ce pays.

Le 24 décembre 1999, le soldat Koné Gaoussou fait partie du noyau dur qui a fomenté le coup d’État ayant abouti à la chute du président Henri Konan Bédié. Selon plusieurs sources, avec le sergent Diomandé Souleymane, alias «La Grenade», le sergent Aboudramani Ouattara dit «L’enfant de Kong» et le sergent-chef Ibrahim Coulibaly dit «IB», le sergent Koné Gaoussou est un des meneurs « de tout ce qui s’est passé en 1999 »,  depuis le retour au pays du contingent ivoirien de la Minurca.

En 2002, il suit une formation à l’Ecole des forces armées (EFA), l’école militaire chargée de la formation des officiers, un temps installée à Bouaké.

Le 19 septembre 2002, Koné Gaoussou fait également partie des rebelles du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (Mpci), rebaptisés FN qui ont lancé l’offensive depuis Abidjan en vue de renverser le pouvoir de Laurent Gbagbo.

Depuis 2009, il est passé de commandant à lieutenant- colonel en 2014. En 2018, il a été promu colonel.

Et depuis le 22 décembre 2021, il porte fièrement ses galons de colonel-major de l’armée ivoirienne.

Colonel-major Koné Zakaria. Koné Zakaria, surnommé «porc-épic», entretient sa réputation de posséder des pouvoirs magiques. Il a été le com’zone de Vavoua et de Séguéla. Koné Zakaria a été exilé au Burkina Faso par Guillaume Soro pour velléité d’insubordination en 2008 suite à un différend avec Issiaka Ouattara alias Wattao au sujet du commerce illégal de diamants. En novembre 2013, il est nommé commandant en second du Bataillon d’artillerie sol-air (Basa) à Akouédo.

En 2017, il perd le commandement du Groupement tactique d’appui et de protection, qui est dissous et prend le commandement de l’Unité de Commandement et de Soutien. Le Lieutenant-Colonel Koné Zakaridja remplaçait à la tête de l’UCS, le Commandant Inza Fofana, devenant ainsi le 6è Commandant de cette unité.

Colonel-major Ouattara Morou. Morou Ouattara alias “Atchengué” était le commandant de la zone 1 : Bouna. Son unité était dénommée « Atchengué » (signifiant «on y va» en mooré- une langue du Burkina Faso) et comprenait un fort contingent de femmes. Il a accepté de prendre l’un des commandements des Forces spéciales.

Ouattara Morou a assuré la sécurité de Guillaume Soro entre 2007 et 2012, à la tête du Groupement autonome de sécurité du Premier ministre (Gaspm).

Bakayoko Youssouf

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