ANALYSE. Pierre Dagbo, vice-président du Front Populaire Ivoirien (FPI), s’oppose désormais à Pascal Affi N’Guessan en réclamant l’annulation du prochain congrès du parti. Pourtant, il y a quelques années, Dagbo louait les qualités de leadership de celui qu’il qualifiait de « Lion du Moronou ». Dans le même temps, les militants du Gbêkê réaffirment leur soutien à Affi, exacerbant la fracture interne.
Il y a trois ans encore, Pierre Dagbo n’avait pas de mots assez forts pour exprimer son admiration envers Pascal Affi N’Guessan, le qualifiant d’« homme de paix » et de leader rigoureux. En 2021, il écrivait sur sa page Facebook : « Je suis Affi et je soutiens Affi ». Ce soutien sans faille semblait indéfectible. Cependant, aujourd’hui, Pierre Dagbo mène une dissidence au sein du parti et conteste la tenue du congrès prévu les 8 et 9 novembre 2024 à Yamoussoukro, évoquant des « irrégularités » lors des sessions du Comité Central. En effet, à travers une assignation déposée devant le Tribunal de Première Instance d’Abidjan, Pierre Dagbo demande l’annulation des décisions prises lors des sessions du 30 mai et du 7 septembre 2024, arguant que celles-ci violent les statuts du parti. Il critique notamment le fait que ces sessions n’aient pas été soumises à délibération et s’insurgent contre le changement de lieu du congrès, initialement prévu au Palais des Sports de Treichville, puis délocalisé à la Fondation Félix Houphouët Boigny à Yamoussoukro.
Pascal Affi N’Guessan a ses soutiens
Pendant que la dissidence menée par Pierre Dagbo s’intensifie, les militants du Gbêkê, réunis à Bouaké sous la présidence de Raphaël Kouassi, ont renouvelé leur soutien à Pascal Affi N’Guessan. Ils saluent « la clairvoyance » et les « sacrifices considérables » consentis par le président du FPI pour maintenir le cap, malgré les nombreuses défections internes. Raphaël Kouassi a déclaré que la cohésion et la mobilisation des militants autour d’Affi sont essentielles pour garantir le succès du congrès à venir et la victoire du FPI aux élections présidentielles de 2025.
Une bataille qui cristallise la division interne
Le positionnement de Pierre Dagbo en rupture avec Affi N’Guessan, malgré son passé de soutien, symbolise la fracture au sein du FPI. Tandis que les militants du Gbêkê se mobilisent pour renforcer le leadership d’Affi, Dagbo et ses alliés plaident pour une révision en profondeur des pratiques internes du parti. Cette division reflète l’enjeu crucial de la préparation des élections de 2025, où l’unité du parti sera déterminante. Les militants du Gbêkê se disent fermement opposés à ceux qu’ils qualifient de « dissidents motivés par des avantages matériels » et qui tentent, selon eux, de fragiliser le parti en vue de son alignement sur le RHDP. Jusqu’où cette crise conduira-t-elle le FPI ? Mais surtout que pèse cette dissidence au point d’obtenir gain de cause ? Il faut rappeler que depuis 2000, Pascal Affi N’Guessan est à la tête du parti crée par Laurent Gbagbo. Est-ce un effet de l’usure du pouvoir ? Déjà en difficulté depuis les dernières élections, à 12 mois de la présidentielle, le FPI est plus que jamais entré dans une zone de turbulences…
Armand BLEDOU
