75è minute, Emilio Nsue inscrit le 3è but de la Guinée-Équatoriale. Si le but précédent sur le coup franc avait causé le départ de milliers de spectateurs dégoûtés par la déroute, c’est avec des jets de bidons d’eaux minérales aux abords du terrain, uniques objets en leurs possessions, que les supporters ont exprimé leur haro devant la déculottée des éléphants à domicile, au stade d’Ebimpé. Alors que les minutes s’égrènent, la pluie de bidons s’intensifie, les travées du stade se vident et quelques hooligans tentent de passer les barrières pour rallier l’aire de jeu. Lynchés par les jets persistants dans les tribunes situées à l’arrière du portier ivoirien, Yahia Fofana, les stadiers et volontaires du COCAN des autres travées viennent en renfort devant la zone des instigateurs de l’imbroglio. Tombés dans des oreilles de sourds, les messages de sensibilisation du speaker enjoignant les supporters à se retenir ne refroidiront nullement les ardeurs des patriotes football-lovers meurtris par ce naufrage collectif du football ivoirien. S’ensuivront en effet, des scènes de bagarres entre des supporters et ces derniers. Des embrouillaminis circonscrits et stoppés net par l’arrivée des forces de l’ordre qui auront réussi à ramener le calme dans les tribunes. Lorsque l’arbitre algérien, Mustafa Ghorbal fait retentir les 3 coups de sifflet sonnant le glas du match, comme à l’accoutumée, les conférences de presses battent leur plein. Selon le protocole habituel, les joueurs devraient embarquer à bord de leur car en passant par la zone mixte où ils répondent à quelques questions des journalistes avant de rallier leur hôtel. Ce lundi, plus d’une heure après la conférence de presse, il n’y a pas l’ombre d’un membre du staff de l’une des deux équipes en zone mixte. Acculé par les dizaines de journalistes impatients d’interroger les joueurs ivoiriens, l’officier média de la CAF après d’incessants allers et retours éclaire les lanternes. À en croire ses explications, des échauffourées auraient éclaté aux abords du stade. Son récit fait cas de plusieurs bus caillassés et d’une horde de supporters mécontents qui souhaitent tendre un guet-apens au bus des joueurs en vue de les lapider. Sécurité oblige, les joueurs resteront dans les vestiaires jusqu’à ce que la situation sécuritaire soit sous contrôle. Sur les réseaux sociaux, quelques images de la situation défraieront la chronique. Sous le coup de 22 h, in fine, les éléphants arpentent silencieusement, têtes baissées, les sentiers de la zone mixte et rallient leur car, tranchant ainsi avec les larges sourires et interviews à volonté accordés par les Équato-Guinéens sortis quelques minutes plus tôt. Sur le chemin du retour, à bord des navettes prévues pour les médias, il est donné de constater lors du trajet, une série de bus immobilisés , aux vitres brisées qui jonchent l’artère. Ces bus qui transportent les supporters du stade à destination du point de stationnement de leurs véhicules ou pour monter à bord d’autres véhicules de transport ont fait les frais du courroux des supporters désillusionnés après la raclée infligée par la Guinée-Équatoriale. Une soirée où le mercure est monté d’un cran au stade, dans les rues et dans les chaumières. Une soirée de montagnes russes émotionnelles pour des supporters qui auront célébré à deux reprises des buts annulés dans la foulée par la VAR. Pour des supporters désarçonnés, croyant à l’élimination des éléphants puis quelque peu ragaillardi dans la foulée par l’élimination du Ghana qui offre l’espoir d’une qualification dans le groupe des 4 meilleurs troisièmes qui seront repêchés. Un ascenseur émotionnel qui clôt un lundi noir. En l’état actuel, aucun communiqué, ni de bilan officiel n’aura fait la lumière sur les incidents de ce jour sportif festif en perspective qui aura rimé au capharnaüm.
Charles Assagba
