École ivoirienne : ce qui se cache derrière les résultats scolaires

par nordsud.info
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École ivoirienne, un taux de réussite élevé au CEPE… en trompe-l’œil

L’Éducation nationale et la Formation professionnelle est l’un des secteurs en Côte d’Ivoire où les attentes restent toujours persistantes. Si les lignes ont bougé en 10 ans, pour les acteurs, le plus gros chantier reste le niveau des élèves.

Tandis que le Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE) a affiché l’un des taux les plus élevés (86,58 %) cette année, malgré les grèves à l’école, pour les enseignants, on part en vacances avec un arrière-goût amer sur la ‘‘méthode ivoirienne’’.

« Je l’ai toujours dit : les résultats ne reflètent pas le vrai niveau des élèves. Nous savons la pression que subissent les directions régionales », se réserve le président du Mouvement pour l’union des enseignants de Côte d’Ivoire (MUNECI), Abba Eban.


Une complaisance qui perdure dans le système

Il y a, dit-il, une forme de complaisance depuis des années à afficher des résultats flatteurs pour les écoliers.

« C’est le même système qui nous empêche de faire redoubler un élève au primaire, de sorte que les enfants durent le plus longtemps possible dans le système éducatif », rappelle M. Eban.


Des élèves peu concentrés, des parents désemparés

Le CEPE étant devenu un diplôme quasiment sans valeur, à entendre l’enseignant, le taux de réussite est généralement énorme. Ensuite, d’après lui, le pied est légèrement levé sur les épreuves écrites du Brevet d’étude de premier cycle (BEPC). Puis, sur le baccalauréat.

Là où Kadio Claude, président de l’Organisation des parents d’élèves et d’étudiants de Côte d’Ivoire (OPEECI), estime que malgré tout, la Côte d’Ivoire a de la peine à maintenir un taux réjouissant au BAC.

« Nous savons que nos autorités font énormément d’efforts pour assainir l’école. Mais, le problème est trop grand. Ce n’est pas une question qui se règle en 10 ans, ni en 20 ans. Les élèves d’aujourd’hui n’ont simplement pas la tête aux études », se désole-t-il.


Faire bonne impression… malgré tout

Alors, pour coller aux indicateurs internationaux, à l’entendre, il est compréhensible que les directions régionales de l’éducation nationale et de l’alphabétisation (DRENA), que ce soit dans les classes intermédiaires ou aux examens, essayent de faire bonne impression.

« Nous savons ce que représente le vrai niveau de nos enfants. À l’université, les étudiants qui sont passés à travers le système ne savent pas faire une phrase correcte. Et ça les suit jusque dans le monde professionnel », fait-il savoir.


Une instabilité méthodologique dénoncée

L’une des causes de cette situation, d’après Jérôme Ourizalé, ex-Secrétaire général du Syndicat autonome des enseignants du primaire public de Côte d’Ivoire (Saeppci), est la méthode d’apprentissage qui n’a jamais été bien assimilée ni par les enseignants, ni par les élèves. Il faut arrêter, pour lui, de faire de l’école une sphère pour les expériences.

« Au début, on nous a parlé de la pédagogie par objectifs (PPO), ensuite ça a été la formation par compétences (FPC), puis l’approche par compétences (APC). Et ça a été la cacophonie. Les enseignants ne se retrouvent plus dans toutes ces approches. Résultat : les cours sont mal dispensés. Le niveau des élèves est faible », note Ekoun Kouassi, secrétaire général du Syndicat national des enseignants du second degré de Côte d’Ivoire (SYNESCI).


Des pratiques pédagogiques en quête de cohérence

La PPO était basée sur les échanges entre l’enseignant et l’élève. Avant de commencer un cours, par exemple, l’enseignant fixait des objectifs à atteindre pour l’élève. Ce dernier devait être capable d’écrire, de lire ou de faire une multiplication à deux chiffres.

Avec la FPC, il s’agissait d’être pragmatique. Le but était que l’élève utilise dans son quotidien ce qu’il apprend à l’école.
Au niveau de l’APC, l’objectif changeait. L’enseignant devait impliquer beaucoup plus l’élève, avec des exercices qui prennent en compte le vécu de l’enfant.

Après toutes ces méthodes, est venu le contrat d’objectif et de performance (COP). Cette autre approche amène les établissements scolaires à fonctionner comme une entreprise. Le chef d’établissement va utiliser son leadership et celui de ses enseignants pour atteindre un résultat scolaire satisfaisant.

Et depuis l’an dernier, est arrivé le Programme national d’amélioration des premiers apprentissages scolaires (PNAPAS). Là, il s’agit d’un programme visant à améliorer la qualité des apprentissages scolaires, notamment chez les jeunes enfants, basé sur une convergence de bonnes pratiques pédagogiques, notamment en lecture et en mathématiques.


Trop de réformes, pas assez d’impact

Trop de programmes qui sèment la confusion. Il est temps, note Ekoun Kouassi, de choisir une seule approche et de s’y conformer une bonne fois pour toutes.


Défendre la méthodologie ivoirienne

Mais pour Dolourou Soro, conseiller pédagogique du préscolaire et du primaire (CPPP) au ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation, ce n’est pas la méthodologie qui est en cause.

« Il faut surtout se rappeler des résultats des Ivoiriens aux différents concours à l’international. Pour faire un bon plat, on se fournit en ingrédients de qualité. Car demain, en plus du critère de réussite, il y aura celui de la performance. Il s’agit de bien former l’Ivoirien de demain. En somme, l’éducation est un projet à long terme », explique-t-il.

Par ailleurs, informe le conseiller, les méthodes passées ont fait leurs preuves.

« En enseignement-apprentissage, tous les choix précédents ont été payants. Toute méthode ou méthodologie a ses forces et ses faiblesses. Ce sont principalement les dispositions pédagogiques (structures, nombres d’apprenants, matériels et niveau technologique) qui déterminent l’impact attendu. C’est de cela que découle la longévité des méthodes choisies. Le PNAPAS est pour nous les Ivoiriens le remède miracle », défend-il.


La fraude : un fléau persistant

À l’entendre, la seule gangrène qui fausse les résultats scolaires, c’est la fraude. Voilà pourquoi, d’après l’expert, le ministère se bat chaque année contre ce fléau.

« La responsabilité doit être partagée. L’Éducation nationale doit mettre des documents avec des contenus bien élaborés et une prise de conscience professionnelle de la part des enseignants est nécessaire.
Cependant, il ne faut pas oublier que même avec de bons enseignants, les enseignements-apprentissages de classes ne suffiront pas pour avoir de bons apprenants. Donc, l’apprenant doit pouvoir se renforcer par ses propres révisions une fois qu’il est à la maison. Il faut une responsabilité accrue des parents »,
conclut Dolourou Soro.

En attendant les résultats des BEPC et du BAC, les acteurs prévoient des taux beaucoup plus élevés que l’année dernière, en dépit des grèves.

Raphaël Tanoh

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