Opposition ivoirienne : tensions croissantes à quatre mois de la présidentielle
À un peu plus de quatre mois de la présidentielle du 25 octobre 2025, le paysage politique ivoirien est secoué par une offensive verbale d’une rare violence de l’opposition. Réunissant un ancien chef d’État, des figures contestées, des partis minés par des dissensions internes et désormais privés de leurs candidats ‘’fétiches’’, cette opposition semble faire de la peur et de la provocation son ultime plan de bataille.
Laurent Gbagbo attaque la CEI et le Conseil constitutionnel
La sortie de Laurent Gbagbo, samedi 7 juin à Port-Bouët, en est une illustration inquiétante. L’ancien président, visiblement remonté contre la CEI et le Conseil constitutionnel, a enchaîné menaces, appels à la confrontation, envolées émotionnelles, et propos insultants.
« Ils veulent qu’on se batte, on va se battre. On ne peut pas laisser ça comme ça. Vous venez trouver un fils authentique chez lui et vous voulez le piétiner chez lui ? Non, ça ne peut pas se passer comme ça »,
a-t-il lancé à la foule.
« On peut se tromper, mais il ne faut pas aller trop loin. Et des gens que j’ai ramenés à la vie veulent me jeter au royaume de la mort »,
a poursuivi, sans retenue, l’ex-chef de l’État.
Radiation de Gbagbo, Soro et Thiam : l’opposition dénonce, malgré la légalité
Cette posture, loin d’être isolée, s’inscrit dans une dynamique globale de remise en cause systématique des institutions de la République, dans le sillage de la radiation par la Commission électorale indépendante (CEI) de la liste électorale de plusieurs responsables politiques dont M. Gbagbo lui-même, Guillaume Soro et Tidjane Thiam.
La cause ? Des décisions de justice, incontestables sur le plan légal. Mais pour l’opposition, c’est un prétexte pour activer la rhétorique du complot, de l’exclusion, et désormais de la confrontation ouverte.
Tidjane Thiam et la controverse sur la nationalité
Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), par la voix de son porte-parole, Soumaïla Brédoumy, est allé jusqu’à accuser l’État de rendre son président « apatride » en refusant de lui délivrer un certificat de nationalité. Ce qui est loin de refléter la réalité.
C’est en tant que bénéficiaire de la nationalité française que l’ancien ministre du Plan et du Développement, élu dans des conditions irrégulières à la présidence du PDCI, s’est fait enrôler pour figurer sur la liste électorale, en violation de l’article 48 de la Constitution ivoirienne. Une méprise que les autorités ivoiriennes ont corrigée en excluant M. Thiam du fichier électoral le 22 avril 2025.
Et, au lieu d’organiser une nouvelle convention pour se trouver un autre candidat répondant aux critères d’éligibilité, l’ex-parti unique a plutôt choisi la voie de l’obstination.
« Nous devons maintenir la pression… », affirme le porte-parole du PDCI.

RHDP : une opposition ivoirienne dans une logique de chaos
Toutefois, pour le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), cette démarche relève d’une stratégie du chaos.
Le porte-parole principal du parti présidentiel, le ministre d’État Kobenan Kouassi Adjoumani, a dénoncé, lors d’une conférence de presse le 4 juin,
« une volonté manifeste de saper le processus électoral »,
pointant du doigt une coalition de 29 partis, le CAP-CI, plus soucieuse de rejeter les règles du jeu que de convaincre l’électorat.
Une opposition ivoirienne en perte de vitesse
Derrière les discours incendiaires, le constat est sans appel : l’opposition peine à mobiliser. Le premier meeting du CAP-CI à Yopougon a réuni à peine 5 000 personnes, malgré un mois de préparation et une importante communication. Une participation jugée dérisoire par nombre d’observateurs.
Et pour cause : au-delà de la victimisation, l’opposition peine à présenter un programme crédible, une vision structurée ou une alternative solide. Elle préfère, comme le souligne le RHDP, ressasser des doléances déjà vidées de leur substance par les différents dialogues politiques et les décisions judiciaires.
Présidentielle 2025 : l’appel à la paix d’Alassane Ouattara
Dans le même temps, le président Alassane Ouattara, bien que toujours silencieux sur sa candidature, a appelé, dès janvier 2025, les Forces de défense et de sécurité à garantir la paix et la stabilité pendant cette période électorale.
« La sécurisation de l’échéance électorale d’octobre 2025 est un impératif »,
avait-il martelé devant les hauts gradés militaires.
L’opposition ivoirienne joue-t-elle avec le feu ?
Face à cette volonté manifeste de protéger le processus démocratique, les appels à l’insurrection de certains leaders politiques apparaissent irresponsables. L’histoire récente de notre pays rappelle les dangers d’une telle escalade.
En 2010, la crise postélectorale avait fait plus de 3 000 morts. En 2020, le boycott de l’élection présidentielle par l’opposition avait encore coûté la vie à près de 60 Ivoiriens.
« À 80 ans, l’on devrait faire preuve de sagesse et de responsabilité »,
a réagi un élu RHDP, natif de Gagnoa, en allusion aux propos virulents de M. Gbagbo.
Présidentielle en Côte d’Ivoire : les Ivoiriens veulent voter dans le calme
En somme, la présidentielle du 25 octobre s’annonce cruciale. D’un côté, un pouvoir qui déroule, dans le respect du calendrier, un processus électoral balisé, où la CEI, le Conseil constitutionnel et les institutions nationales jouent leur partition.
De l’autre, une opposition en roue libre, disqualifiée sur le terrain juridique, marginalisée sur le plan diplomatique, et réduite à espérer que la rue rattrape ce que les urnes ne peuvent plus offrir.
Mais une chose est certaine : les Ivoiriens veulent la paix. Et ils iront voter le 25 octobre, dans le calme, pour choisir librement leur Président. Le temps de la violence doit être révolu.
Marc Dossa
