Faible niveau à l’école : Le problème vient des enseignants

par nordsud.info
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Déjà connus mais toujours ignorés, les problèmes du faible niveau à l’école reviennent sur la table à chaque rentrée scolaire. Une fois de plus, la formation vient d’être pointée du doigt.

Le Lycée moderne de Tanda a un besoin d’enseignants, évalué à environ une dizaine. Le lycée moderne de Bocanda a annoncé un déficit de plus de 60 enseignants au titre de l’année scolaire 2020-2021. Au Lycée moderne d’Ebilassokro, pour cette année, il y a un besoin de 21 enseignants.

Le déficit de ‘‘profs’’ et de ‘‘maîtres’’ dans le pays était évalué à 10 000, l’année dernière. 5000 pour le primaire et 5000 pour le secondaire. Et c’est un chiffre qui semble constant, malgré les recrutements exceptionnels qui ont eu lieu ces dernières années : 2 000 enseignants recrutés en 2007 par décret présidentiel, qui seront suivis du recrutement de 5093 enseignants volontaires des ex-zones centre-nord-ouest (CNO). En 2012-2013, suivra un autre recrutement de 5000 enseignants contractuels, puis récemment, une seconde vague de 10 000, qui viennent par ailleurs d’être intégrés à la Fonction publique, depuis le 1er septembre 2021, avec notamment les grades B3, A3 et A4.

10.000 enseignants

Cette année, rien qu’au secondaire, le besoin d’enseignants est évalué à 6000. Sans tenir compte du recrutement à venir, ce chiffre prouve combien ce gap de 10 000 enseignants est difficile à combler, au fil des ans.

Cependant, selon les statistiques scolaires 2020-2021 sur l’éducation nationale, la Côte d’Ivoire compte 181 656 enseignants. Soit 65 985 du privé, 113 317 du public et 1 904 enseignants communautaires. Cela, pour environ 7 millions d’élèves et 25 080 établissements. Comme ratio, d’après les mêmes statistiques scolaires, on a 17 925 établissements du public (préscolaire, primaire et secondaire) comptant 93 313 salles de cours, pour 113 317 enseignants. Soit, 1,2 enseignant par salle de cours, au public. D’où vient cet important gap ? D’abord, de la mauvaise répartition des ressources humaines. 

Pédagogique

Ce qui est apparu aux yeux des Ivoiriens dans le déficit de profs, c’est que les établissements qui ont le plus besoin d’enseignants sont à l’intérieur du pays. Pendant ce temps à Abidjan, dans les lycées et collèges, les postes sont presque doublés. Au lieu de 16 heures par semaine pour les professeurs des lycées et 21 h pour les professeurs de collèges, beaucoup se retrouvent à faire la moitié du temps qui leur est imparti. Simplement parce qu’il y a trop d’enseignants pour un établissement. «Nous avons à Abidjan des écoles où vous trouverez 18 enseignants pour six salles de classes», explique par exemple Kokounseu Madé Benson, pédagogue. Presque tous les collèges et lycées de la capitale économique sont touchés par ce surplus d’enseignants.

À cela, vient se greffer un autre phénomène qui a plombé l’enseignement : les dérogations dont abusent certains enseignants pour se faire muter dans des administrations où leur présence n’est pas forcément nécessaire. Exaspérée par ces mises à disposition fréquentes, la ministre de l’Education nationale et de l’alphabétisation a tapé du poing sur la table, lors de la réunion de rentrée scolaire, le 9 septembre 2021 à Bouaké. Pour Mariatou Koné, les enseignants qui n’ont rien à faire dans les administrations doivent retourner dare-dare à la craie. Si on manque pour le moment de données sur le nombre d’enseignants concernés, le quota de profs qui passent par des moyens détournés pour se faire affecter dans les grandes agglomérations comme Abidjan est, quant à lui, facile à quantifier. Il suffira de faire un ratio du nombre d’enseignants par salles de classes dans nos lycées et collèges et de rétablir l’équilibre.

Recrutement

Car, pendant que beaucoup tirent au flanc en ‘‘ville’’, au ‘‘village’’ des enseignants de lycées qui sont censés faire 16 h de cours par semaine se retrouvent à en faire 21. Un problème en appelant un autre, pour payer ces heures supplémentaires, les parents doivent se cotiser. Et quand ce surplus de travail ne suffit pas à combler le gap d’enseignants, on loue des vacataires.

Une bonne répartition des ressources au niveau du corps enseignant ramènerait le gap en termes de déficit dans les écoles à une proportion minime. Ce qu’il faudra ensuite, c’est de régler les recrutements ordinaires au prorata du nombre (maîtrisable) d’établissements qui se créent et des départs à la retraite.

Rapport

La Côte d’Ivoire compte 16 Centres d’animation et de formation professionnelle (Cafop) et une seule Ecole nationale d’enseignement supérieur (ENS).

Un dernier travail reste à faire à ce niveau pour, non seulement augmenter la capacité de formation de ces structures, mais aussi pour booster la qualité.

Le problème de l’enseignement n’est pas que quantitatif.

Dans son dernier rapport sur la qualité de l’école, le Mouvement ivoirien des droits humains (Midh) est revenu sur la qualité de la formation dans nos établissements. Selon la structure, au privé, par exemple, c’est la précarité de la situation des enseignants qui explique tout. Avec plus de la moitié des élèves du système éducatif affectés dans les établissements privés, ne faut-il pas prendre ce problème à bras-le-corps ? Un financement de l’Etat s’impose de plus en plus dans ce secteur, d’après le Midh.

Tant que la situation de l’enseignant ne sera pas réglée à ce niveau, c’est tout le circuit qui sera infecté. Le secondaire, voire le supérieur. Pour y arriver, d’après Drissa Bamba, le président du Midh, il faut s’en remettre aux textes. Mettre en place un cadre législatif obligeant les fondateurs à embaucher des enseignants stables et bien formés.

Si ce problème est réglé, tout ce que l’Etat aura à faire, c’est de mettre en œuvre ses mesures. Assainir le recrutement au primaire et au secondaire, à travers les deux concours les plus connus : l’entrée au Cafop et à l’ENS.

Enfin, respecter le temps de formation dans ces établissements. Des solutions déjà connues. Mais la répétition reste pédagogique.

Raphaël Tanoh

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