Himra : Le nouveau bad boy de la musique ivoirienne ?

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 178 vues
Himra marche allègrement dans les pas du ''Daïshi''.

Orphelins de leur leader arraché prématurément à leur affection, les ‘’Chinois’’ – fidèles admirateurs de DJ Arafat – ont trouvé en Himra une figure qui incarne bien plus qu’un simple successeur. Personnage atypique, mâle alpha à la présence magnétique, Himra partage avec le ‘’Daïshi’’ une énergie brute, une fougue provocatrice et une capacité à diviser autant qu’à fédérer, faisant de lui le reflet contemporain de l’icône disparue.

UNE ASCENSION TARDIVE MAIS FULGURANTE

Né Bakayoko Abdul Rahim le 28 mai 1998 à Cocody, Himra a longtemps évolué dans l’ombre avant de connaître un succès fulgurant en 2024 avec son album Jeune & Riche. Ce projet, certifié double disque de platine en Côte d’Ivoire, a propulsé l’artiste au sommet des classements sur les plateformes de streaming, où il cumule plusieurs millions de streams mensuels. Parmi ses titres phares figurent Banger, Yorobo Drill Acte 3, Solo et Ganjaman en featuring avec Liim’s. Sa discographie comprend aussi Ivoire Drill King (2021) et IDK2 (2023), témoignant de sa montée en puissance progressive en mêlant la drill, style musical anglophone, rap hardcore et influences locales.

Débordant d’énergie et en parfaite alchimie avec un public acquis à sa cause, Himra compense ses limites vocales – la mauvaise qualité des interprétations de ses propres chansons a cappella – par l’enthousiasme contagieux de ses fans, qui récitent ses paroles comme un mantra. Critiqué pour chanter en concert principalement sur du play-back et des morceaux autotunés, il a souvent fait l’objet de moqueries. Ce phénomène rappelle les critiques acerbes qu’avait essuyées DJ Arafat, dont les puristes reprochaient l’inaudibilité des textes. À ces détracteurs, Arafat répondait alors : « ne cherchez pas à comprendre, dansez seulement ». À l’instar de son illustre prédécesseur, Himra pourrait rétorquer : « ne cherche pas à m’entendre chanter a cappella, mon public le fait à ma place ».

Cette énergie communicative entre le public et Himra s’est traduite par une série de concerts marquants qui ont confirmé son emprise sur le public ivoirien. De son premier concert historique au stade d’Angré, qui a ouvert la voie, au Parc des Expositions d’Abidjan, en passant par son passage remarqué au FEMUA, puis aux stades de Yamoussoukro et Korhogo, Himra a su imposer sa présence scénique et l’engagement de son public. Le 3 mai 2025, il a même donné un concert au Canal Olympia de Cotonou, au Bénin, dans le cadre du festival Fluo Party 229. Initialement, l’artiste ambitionnait d’organiser un concert au Palais de la Culture, dans une volonté affichée de voler la vedette au concert historique de son rival du moment, Didi B au stade d’Abidjan. Sur Twitter, il a d’ailleurs commenté avec une pointe de provocation : « Ils ont eu la chance que je serai au Bénin le 3 mai », soulignant la compétition qui anime leur relation artistique.

UNE RIVALITÉ EXPLOSIVE AVEC DIDI B, REFLET DES CLASHS D’ARAFAT

La relation entre Himra et Didi B, autrefois mentor et protégé, s’est transformée en une rivalité féroce. Himra reproche à Didi B de l’avoir négligé alors que ce dernier aurait pu l’aider à mieux lancer sa carrière. Cette accusation, exprimée dans plusieurs concerts et morceaux, nourri un clash alimenté par Himra. Didi B a par ailleurs riposté dans son hit Batman par la punchline : « pas reconnaissant du peu que je t’ai donné durant ma carrière, tu voulais que je te mette au dos ». Dans son titre Ouverture du Tome 2, Himra répond avec virulence, affirmant son ambition et sa volonté de devenir le nouveau leader du rap ivoirien.

Cette rivalité s’est aussi cristallisée autour de Sindika, rappeur proche de Didi B et ex-compagnon de Laura Ziéhi. Laura Ziéhi, fille d’Emilio Ziéhi, alias Don Emilio, ex-producteur du groupe Kiff No Beat via son label Da Carmen, a été en couple successivement avec Sindika puis avec Himra. Lors des diss tracks échangés entre Himra et Sindika, Laura a été violemment insultée jusque dans son intimité, un procédé qui rappelle les méthodes agressives qu’Arafat employait dans ses clashs et ses relations tumultueuses. Une bagarre a même failli éclater entre Himra, Sindika et Didi B dans un restaurant d’Abidjan en avril 2025, mais a été heureusement évitée. Un épisode qui fait un flashback des moults rixes d’Arafat DJ.

UNE COMMUNICATION ADAPTÉE À SA GÉNÉRATION

Himra déploie une communication finement calibrée, où chaque réseau social joue un rôle précis. Son espace d’échange le plus vivant reste X (ex-Twitter), qu’il utilise lui-même pour réagir à chaud et lancer des piques incisives. Sur Snapchat, il adopte une posture plus intime, partageant des stories vidéo qui dévoilent son quotidien. TikTok, avec ses extraits de clips et vidéos de prestations, semble géré par un community manager, tout comme sa page Facebook, qui relaie ses actualités officielles. Parallèlement, ses proches et alliés adoptent des postures plus tranchées, engageant parfois des joutes virulentes avec des influenceurs et concurrents.

L’une des rares fois où Himra s’exprime personnellement sur Facebook, c’est pour répondre à Life TV, suite au communiqué de la chaîne expliquant la suspension de ses invitations. Himra y dénonce les exigences financières d’un directeur de la chaîne, qui aurait réclamé plusieurs millions sur le cachet d’un de ses concerts à Yopougon. Ce qu’il considère comme un boycott médiatique a suscité une mobilisation massive de sa fanbase, ‘’l’Armée de la Machette’’, qui a lancé une campagne de désabonnement et de signalement contre Life TV, notamment sur TikTok, dénonçant un traitement partial et une volonté d’« éteindre » l’artiste. Dans son dernier album Jeune & Riche, Himra répond avec force à ces critiques et au boycott dont il fait l’objet, notamment à travers le titre Bâton Non Non, où il déclare : « vous boycottez un artiste qui n’a même pas besoin de la télé ».

Plutôt que de se réduire à une simple stratégie de communication générant de l’interaction, la méthode Himra repose sur une compréhension fine de son audience. Il séduit sa génération en lui offrant une musique authentique, des récits de débrouille et d’ambition, ainsi qu’une présence qui incarne leurs aspirations et contradictions. Cette approche sincère et directe, crée un lien profond avec ses fans. Cette situation rappelle les difficultés similaires rencontrées par DJ Arafat, qui avait lui aussi subi des boycotts médiatiques durant sa carrière, renforçant ainsi le parallèle entre les deux artistes.

‘’JE SUIS CE QUE DJ ARAFAT AURAIT ÉTÉ S’IL AVAIT FAIT DU RAP’’

La comparaison avec DJ Arafat n’est pas fortuite. De son vivant, Arafat avait perçu chez Himra une énergie et une créativité qui lui rappelaient ses propres débuts, allant jusqu’à lui proposer son soutien pour accélérer son ascension, convaincu de son potentiel exceptionnel, raconte le rappeur dans une interview. Il affirme cependant avoir choisi de tracer sa propre voie. « J’ai choisi de suivre mon propre chemin, une décision qui n’a pas toujours été bien comprise. Arafat et moi partagions certaines valeurs et un esprit similaire. Il voyait en moi une énergie qui résonnait avec la sienne. D’ailleurs, il m’a confié de son vivant qu’il se retrouvait en moi. C’est une connexion spirituelle que je respecte profondément », explique le rappeur. Le jour du décès d’Arafat, Himra raconte avoir rêvé que la star lui disait : « lève-toi et va travailler ! », un véritable passage de flambeau spirituel.

Dans sa démarche artistique, Himra adopte une approche proche de celle de celui qu’il voit comme son mentor. « Quand j’ai écouté la drill, ça a cliqué, résume-t-il. Et j’ai décidé de la façonner à ma manière, pour la faire aimer aux Ivoiriens. Comme quand Arafat a écouté des sons congolais et en a fait une musique qui plaisait aux Ivoiriens. On a en commun la puissance, l’énergie, une musique comme un coup de poing. Je suis ce que DJ Arafat aurait été s’il avait fait du rap », précisait-il au tabloid français, le Monde.

Cette influence se manifeste clairement dans sa série de titres : Yorobo Drill (Actes 1 à 4), qui rend hommage au style du Daïshi en mêlant drill et rythmes coupé-décalé, offrant ainsi une version contemporaine de l’héritage musical ivoirien, saluée tant par la critique que par le public.

VERS UNE NOUVELLE ÈRE DU RAP IVOIRIEN

Alors que Didi B avait annoncé la sortie de son double album Diyilem et Bazharof, Himra lui avait coupé l’herbe sous le pied avec son projet Jeune & Riche. Une bataille qui continuera avec les annonces respectives des deux artistes de sortir des nouveaux albums dans les semaines à venir. Cette joute artistique promet d’enflammer une scène rap ivoirienne désormais divisée entre les communautés « La Conspiration » (Didi B) et « Les Chetté » (Himra). Leur affrontement, s’il est parfois violent, dynamise un rap ivoirien en pleine effervescence, prêt à conquérir de nouveaux sommets.

Himra est-il un nouvel Arafat ? L’esprit de phénomène musical, d’animal de scène et de stratège numérique du Daishi a bel et bien trouvé une seconde âme en ce jeune rappeur. Comme Arafat, Himra l’a : l’aura d’une figure totémique pour une jeunesse ivoirienne en quête d’icônes rebelles, de réussite hors des codes, et d’histoires faites d’audace, de douleurs et de triomphes. A t-il le coffre pour être le nouvel Arafat, le leader de son genre musical et de la musique ivoirienne ? Ses prochains hits, ses prochains spectacles, son prochain positionnement nous le dira. En définitive, la question n’est peut-être pas de savoir si Himra est le nouveau DJ Arafat, mais s’il incarne le besoin cyclique d’un mythe populaire capable de parler sans filtre à une jeunesse ivoirienne en quête de reconnaissance, de puissance et de débrouillardise.

Charles Assagba

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