Lahou-Kpanda : Enfin, la résurrection

par NORDSUD
47 vues

2 km en 30 ans et 170 mètres par an sur les 4 dernières années. Telle est la vitesse de croisière à laquelle s’accélère l’érosion côtière dans la commune de Grand-Lahou menaçant ainsi de disparition totale, le village de Lahou-Kpanda, situé sur une presqu’ile entre la lagune Tagba et la Mer aux abords de l’embouchure du fleuve Bandama, dans le sud-est de la Côte d’Ivoire.

Le projet WACA pour sauver un village

 « Cette situation peut faire disparaitre le village de Lahou-Kpanda. A long terme, les berges du parc d’Azagny, du Bandama et des lagunes pourraient disparaitre », a diagnostiqué le premier ministre, ce jeudi sur le pronostic vital de cette localité.  En guise de solution, un pas significatif a été posé, ce 6 juin par le lancement des travaux de construction de l’ouvrage de stabilisation du cordon sableux de Grand-Lahou.Le projet permettra à terme de lutter contre l’érosion côtière et de ralentir l’avancée de la mer à Grand-Lahou. L’enjeu sera de reconstituer le sable en vue de « réduire le risque de submersion et de rupture de sorte à faciliter la navigabilité sur la lagune, la pèche de même que les activités socio-économiques telles que le tourisme ». La construction de l’ouvrage nécessitera la fermeture de l’embouchure actuelle et son remplacement par une nouvelle dans l’optique de ralentir sa migration.Echelonné sur une durée de 11 mois, ce projet financé par la banque mondiale et le royaume d’Espagne en Côte d’Ivoire, à hauteur de 30 milliards de francs CFA à travers le Programme de gestion des zones côtières d’Afrique de l’ouest (WACA) a également en ligne de mire « la création de forêts communautaires ainsi que la restauration et la plantation de mangroves ».

Le changement climatique et un projet de l’Etat sur le banc des accusés

Si la survenue de ce projet arrive à point nommé pour des populations qui ne savaient plus à quel saint se vouer d’autant que l’érosion cotière emportait crescendo avec elle le logis et le gagne-pain des autochtones habitant à proximité de l’embouchure et qui vivent du tourisme et de la pêche. Il n’en demeure pas moins que la situation de cette localité met au gout du jour la nécessité pour les autorités ivoiriennes de la prise en compte de la dimension environnementale dans la mise en œuvre des projets de développement.Ce, étant donné que la construction du barrage Kossou est également pointée en plus du changement climatique comme l’un des facteurs ayant aggravé l’érosion côtière.

Ouf de soulagement

Par ailleurs, ce financement conjoint entre un partenaire bilatéral de la Côte d’Ivoire, le Royaume d’Espagne et une entité multilatérale de Bretton Wood, la Banque Mondiale illustre la réforme progressive de l’architecture financière. L’objectif étantd’apporter un appui financier et technique en vue de juguler les effets néfastes du changement climatique dont les pays africains sont les moins coupables et les plus grandes victimes. Un soutien qui pallie dans le cas d’espèce une indisponibilité de ressources financières et techniques de l’état de Côte d’Ivoire à allouer à cette problématique identifiée depuis des décennies mais qui n’a pu être adressé.  De fait, le cataclysme de la localité s’est accentué autour de 1985 avec une érosion estimée à 2,5 mètres par an avant une détérioration plus poussée marquée par l’engloutissement de la prison coloniale de Lahou-Kpanda en 2018 qui a ainsi marqué l’imminence du danger.

Lahou-Kpanda sera sauvé

De 6km de large à l’époque coloniale à environ moins de 2,5 km actuellement, Lahou-Kpanda renait ainsi de ses cendres avec ce projet porté par la Banque Mondiale en 2015 à la COP21. Site pilote du WACA, la ville le Lahou-Kpanda dont une quote-part importante de la population a été recasée par le gouvernement retrouve l’espoir de demeurer sur les terres de leurs aïeuls. « Lahou-Kpanda sera sauvé. Nous allons préserver la terre de Lahou-Kpanda. (…) Le Président Alassane Ouattara m’envoie ici pour vous rassurer. La Côte d’Ivoire est non seulement déterminée à lutter contre cette érosion, mais la Côte d’Ivoire a des pays amis avec lesquels nous travaillons », a souligné le premier ministre lors de la cérémonie de pose de première pierre des travaux. Embouchant la trompette sur un pan du projet, Jacques Assahoré, Ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Transition écologique a indiqué que cette initiative donnerait « un nouveau souffle à Grand-Lahou et sa région » et permettra « de reconstituer la biodiversité et de reconstruire les mangroves, d’améliorer la gestion des risques naturels en intégrant le changement climatique qui affecte les communautés et les régions côtières ». Au pupitre, Chantal Uwanyiligira, Directrice des opérations de la Banque mondiale a souligné que « la Côte d’Ivoire qui compte un espace de plus de 580 km de côtes a intérêt à les protéger ». Porte-parole du partenaire financier espagnol, Raphael Soriano Ortiz, ambassadeur du Royaume en Côte d’Ivoire a présenté la Côte d’Ivoire comme un pays « modèle clé » pour la coopération espagnole. C’est donc la genèse de la fin de l’apocalypse pour Lahou-kpanda. 

Charles Assagba

Articles similaires

Laissez un commentaire

* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et le traitement de vos données par ce site Web.

Le site Web nordsud utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. J'accepte Lire la suite