Le Cnra, grand oublié de la politique agricole ivoirienne ?

par NORDSUD
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Le gouvernement ivoirien travaille d’arrache-pied. Il est en train de lutter contre la cherté de la vie en général et particulièrement contre la hausse des prix des produits vivriers productibles localement. Au nombre des leviers à portée de main dans cette perspective, figure la modernisation de l’agriculture à l’aune des nouvelles techniques de production et des réalités du changement climatique. S’inscrivant résolument dans cette démarche, le Premier ministre, Patrick Achi, a annoncé le projet de création de 9 agropoles sur des zones stratégiques du territoire national.

«C’est un projet qui pourrait apporter une bouffée d’oxygène à la Côte d’Ivoire sur le plan de la souveraineté alimentaire. Mais, il faudrait que les deux instruments de l’Etat au service de l’agriculture : le Centre national de recherche agronomique (Cnra) et l’Agence nationale d’appui au développement rural (Anader) soient impliqués dans sa mise en œuvre », estime Dr Diby Konan, expert du Cnra.

e Cnra est une institution scientifique ivoirienne.

Créé en 1998, l’institut coordonne les recherches agronomiques en vue de soutenir le développement de l’agriculture ivoirienne. Stricto sensu, en ce qui concerne les produits vivriers, notre interlocuteur est l’un des spécialistes du Cnra, à la direction régionale de Bouaké. Il soutient mordicus que le Cnra a mis au point des techniques de production innovantes. Dr Diby Konan explique que l’institut de recherche a conçu des variétés d’intrants taillées sur mesure pour résister aux effets du changement climatique. Celles-ci peuvent également se développer dans le cadre des cultures de contre-saisons et résister aux nouveaux ravageurs des productions vivrières. Une expertise quelque peu jetée aux oubliettes. «Le Cnra est un puissant outil au service de la politique agricole de la Côte d’Ivoire. Mais, nos recherches sont sous-exploitées et sous-utilisées. Dans le cadre du projet des agropoles, nos travaux pourraient permettre d’accompagner l’Etat afin de produire qualitativement et quantitativement dans les différentes zones. Afin de sortir de la dépendance des saisons et même d’exporter vers d’autres pays», indique-t-il.

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Dr Diby souligne que tout comme il existe une cartographie qui précise les zones dans lesquelles la production de cacao pourrait porter du fruit, le Cnra est à même de mettre à disposition des informations sur les localités dont le type de sol et les habitudes alimentaires se prêtent à la culture de telles ou telles autres denrées vivrières. Ces précieuses recherches s’empoussièrent dans les tiroirs du Cnra, quasiment passées à la trappe dans les grands projets agricoles du gouvernement. Une situation que Dr Diby espère conjuguer au passé dans le cadre du projet de construction d’agropoles.

Au niveau du gouvernement et du ministère de l’Agriculture, si l’implication du Cnra dans le projet des agropoles, n’est pas trop claire, il n’en demeure pas moins que la redynamisation de la structure est au cœur des projets du gouvernement. De fait, le conseil des ministres du 4 août 2022 a décidé du réaménagement de son équipe dirigeante et la mise en place d’une stratégie de finance viable et sereine. Signe avant-coureur d’une volonté gouvernementale de redorer le blason de l’institution, cette mesure dénote implicitement d’une autre volonté de l’Etat : mieux structurer l’institution afin de prendre appui sur ses travaux pour développer l’agriculture. L’horizon s’annonce donc exaltant pour le Cnra. Il a sa place dans les politiques agricoles du gouvernement et éventuellement dans celui des agropoles.

Charles Assagba

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