Cherté des produits vivriers: Les agropoles, la panacée !

par NORDSUD
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Plus cher, moins garni. Le panier de la ménagère coûte actuellement bonbon en Côte d’Ivoire. Touchés par la conjoncture mondiale qui entraîne la hausse des coûts des produits agro-alimentaires et du carburant, les Ivoiriens font également face à un autre problème : le renchérissement des prix des produits vivriers, productibles localement (tomates, oignons, piments, etc.). En guise de solution, le gouvernement a sorti un tour de son sac : le projet de construction des agropoles.

Hausses cycliques. C’est une spirale infernale qui s’enclenche annuellement en Côte d’Ivoire. A la suite des saisons chaudes, le prix du vivrier connaît une hausse drastique. En 2022, la flambée a débuté au second trimestre. En raison des aléas climatiques, la saison sèche, défavorable à la culture des produits vivriers, a connu un rallongement, cette année. Conséquence ? L’offre en termes d’aliments vivriers a connu une baisse substantielle sur un plus long laps de temps comparativement à la demande sur le marché.

Un gap abyssal. Initialement, la sous-production et la non-modernisation de la culture du vivrier en Côte d’Ivoire engendraient d’ores et déjà une production en deçà des besoins locaux. Avec les effets du changement climatique, le fossé semble donc s’épaissir. L’autre talon d’Achille, c’est que la Côte d’Ivoire dépend de certains pays de la sous-région pour plusieurs produits vivriers. La conjugaison de ces facteurs entraîne une valse des étiquettes périodiques sur le prix des produits vivriers. Un diagnostic face auquel Koffi Jean Baptiste, président des organisations de consommateurs, souhaitait une solution pérenne. «La hausse de certains produits est saisonnière. C’est le cas dans le vivrier. Nous demandons au gouvernement d’y remédier avec des actions à moyen et long termes», préconisait-il.

Une requête bien accueillie. Pour pallier la situation, le gouvernement a défini une vision. La modernisation de l’agriculture, la pratique des cultures de contre-saison et l’usage des techniques d’irrigation en vue de parer à toutes éventualités climatiques. Ce pack 3 en 1 se matérialise dans le projet d’agropoles. Après le lancement en 2018, des travaux de l’agropole de la région du Bélier, le Premier ministre, Patrick Achi, a posé, le 28 juillet 2022, à Sinematiali, la première pierre du pôle agro-industriel du Nord de la Côte d’Ivoire. Interviewé, le 12 juillet dernier, sur la télé nationale, le chef du gouvernement a indiqué la ligne de mire de ce projet de 9 agropoles. «L’objectif, c’est de faire en sorte qu’on ait accès à ces produits (ndlr, produits vivriers) tout au long de l’année à des prix abordables pour les populations (…) Le problème n’est pas juste de produire, mais de produire à un coût abordable et régulièrement», a attesté le Premier ministre.

Les projets de pôle agro-industriels sont ceux des zones du Nord (Bagoué, Poro, Tchologo et Hambol), du Nord-Est (Bounkani et Gontougo), du Centre (Bélier, Gbêkê, N’zi et Iffou), du Sud ( Agnéby-Tiassa et la Mé) et à l’Ouest (Tonkpi et les régions environnantes).

Une ébauche de solution. Sur le terrain du vivrier, c’est l’une des interlocutrices incontournables. Mme Baya épouse Vanié, présidente de la Confédération nationale des acteurs du vivrier de Côte d’Ivoire. Interrogée par Nord Sud sur les pistes de solutions pour juguler la cherté des produits vivriers, elle pointe du doigt un premier impératif. «Nous avions dit au Premier ministre lors de notre dernière rencontre qu’il fallait que nous fassions des cultures de contre-saisons», confie-t-elle. En effet, de telles cultures sous-entendent que les agriculteurs utilisent des techniques d’irrigation modernes afin de produire du vivrier peu importe que la saison s’y prête ou y soit défavorable. A l’analyse, cette proposition va de pair avec le projet de construction d’agropoles hydroagricoles porté par le Premier ministre sous le leadership du chef de l’Etat. «Nous continuerons de prendre toutes les dispositions au niveau de l’offre pour que la production soit encore plus abondante. Et s’il y a des besoins d’irrigation également, nous mettons les moyens qu’il faut», avait indiqué Alassane Ouattara en 2021 dans cette perspective.

Modernisation. Au tableau des solutions,la porte-parole des acteurs du vivrier demande également le soutien du gouvernement en faveur des producteurs de denrées alimentaires vivrières. Un coup de pouce afin de booster la mécanisation de l’agriculture et par ricochet les capacités de production. «Les agriculteurs qui opèrent dans le vivrier doivent bénéficier de subventions de l’Etat comme c’est le cas, dans d’autres pays de la sous-région. Notamment le Burkina Faso, d’où, nous exportons à certains moments, l’oignon, la tomate et le piment. Ici, nous travaillons à la daba, sans accompagnement. La production est donc minime», regrette Mme Baya épouse Vanié. Un sujet sur lequel, la représentante des acteurs du vivrier et le gouvernement ivoirien parlent le même langage. Un pan de la politique agricole définie par le Premier ministre est, en effet, dévolu à une aide du gouvernement aux acteurs du secteur du vivrier. «Les agropoles intègrent les enjeux de production agricole, (…) les sujets de la mécanisation agricole», avait énuméré le chef du gouvernement, à propos des objectifs du projet, au cours de son allocution à Sinématiali.

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Véto sur l’exportation. Le gouvernement et le porte-voix de l’écosystème du vivrier sont également sur la même longueur d’onde au sujet des dispositions à prendre en vue d’éviter l’exportation de la marginale production locale. «Il faut que l’Etat empêche que la production locale de vivrier soit exportée alors qu’elle est insuffisante pour les consommateurs ivoiriens», a-t-elle souligné. Une initiative mise en place par le gouvernement avec un embargo. De fait, dans son élan pour garantir la souveraineté alimentaire, l’Etat a décidé de soumettre l’exportation des produits vivriers ivoiriens à une autorisation préalable.

Les indicateurs au vert. Le gouvernement et les acteurs du vivrier font chorus. Le projet de construction d’agropoles apparaît de toute évidence, comme le grand remède. La recette magique qui jugulera la cherté des produits vivriers, une boîte de Pandore pour les consommateurs ivoiriens.

Le gouvernement va plus loin. En soutien à cette politique agricole, le gouvernement a pris la mesure de certains facteurs conjoncturels qui catalysent la flambée des prix du vivrier. L’avidité de certains commerçants qui font de la spéculation sur les tarifs. Les barrages routiers, la fiscalité et le coût du carburant dont les effets pourraient se répercuter sur les coûts. Au créneau lors du Gouv-Talk initié par le Centre d’information et de communication gouvernementale (Cicg), le ministre du Commerce, de l’industrie et de la promotion des PME, Souleymane Diarrassouba, a fait un tour d’horizon de la riposte du gouvernement. Il a énuméré le démantèlement des barrages routiers illégaux et des cartels ; l’intensification des contrôles des prix sur le terrain, le projet d’ordonnance sur les exonérations douanières et fiscales des équipements agricoles pour la production et le développement des céréales et des légumineuses. Les colossales subventions de l’Etat en vue de garantir des prix raisonnables pour le carburant s’inscrivent également dans cette droite ligne. L’approche du gouvernement allie donc une réponse immédiate afin de protéger le pouvoir d’achat du consommateur et de l’anticipation en vue d’éviter que la situation ne soit un éternel recommencement.

Charles Assagba

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