Les législatives du 27 décembre 2025 sont marquée par une forte présence de candidats indépendants qui briguent un poste de député à l’Assemblée nationale. Issus des rangs des principaux partis, ces « sans étiquette » illustrent les dissensions internes et les recompositions en cours dans le paysage politique ivoirien.
La campagne électorale pour les élections législatives du 27 décembre 2025 a été lancée ce vendredi dans un contexte politique particulièrement tendu. Marquée par le boycott annoncé du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPACI), cette échéance électorale est néanmoins caractérisée par une montée en puissance des candidatures indépendantes, un phénomène désormais récurrent dans le paysage politique ivoirien. Issues de tous les blocs politiques, ces candidatures ‘’sans étiquette’’, qui s’ajoutent aux non-alignés politiquement comme l’essayiste Geoffroy-Julien Kouao, traduisent, pour la plupart, une contestation des choix opérés par les partis ou une défiance ouverte à l’égard des consignes officielles.
Au sein du PPACI, malgré la décision formelle de boycotter le scrutin prise lors du comité central du 6 novembre 2025, plusieurs cadres ont choisi de s’affranchir de la ligne du parti. Une vingtaine d’entre eux, parmi lesquels Stéphane Kipé, alors premier vice-président de la formation, ont décidé de se porter candidats à l’élection des députés. La réaction de Laurent Gbagbo n’a pas tardé. Quelques heures seulement après la publication de la liste des candidats par la Commission électorale indépendante (CEI), l’ancien chef de l’État a annoncé des sanctions contre ceux qu’il accuse d’« insubordination » et de « désobéissance ».
« Je suis contre l’élection à court terme. Dans ces moments graves, où notre peuple pleure ses morts, panse ses blessures et lutte pour sa liberté, chaque acte compte », a-t-il justifié le limogeage de 22 cadres du parti.
Dans une longue réaction publiée sur sa page Facebook le 19 novembre 2025, Stéphane Kipé a déclaré prendre acte de sa révocation, non sans maintenir sa candidature. Tout en exprimant sa reconnaissance à Laurent Gbagbo pour la confiance accordée et les responsabilités exercées au sein du parti, il a insisté sur son attachement au PPACI et affirmé assumer pleinement son choix. Se présentant toujours comme un militant du parti, il a expliqué sa décision par la pression constante des populations des sous-préfectures de Gboguhé et de Zaïbo, qui, selon lui, l’ont appelé à les représenter.
Au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), qui a finalement décidé de prendre part aux législatives après l’échec de son candidat à compétir à l’élection présidentielle du 25 octobre 2025, la question des candidatures indépendantes s’est également imposée sur fond de vives tensions internes. Quelques cadres de l’ancien parti unique ont choisi de concourir en dehors de l’investiture officielle du PDCI.
C’est notamment le cas de Maurice Kakou Guikahué, ancien secrétaire exécutif en chef du PDCI, député sortant de plusieurs communes et sous-préfectures de la région de Gagnoa. Fidèle d’Henri Konan Bédié durant plus de quinze ans, le professeur de médecine à la retraite se présente comme candidat indépendant, faute d’avoir été investi par son parti. Même démarche pour Olivier Akoto, député sortant de Daoukro, également écarté de la liste officielle du PDCI.
Autre figure marquante de ces derniers mois, Valérie Yapo, connue pour avoir saisi la justice afin d’invalider l’élection de Tidjane Thiam à la tête du parti en décembre 2023. En annonçant sa candidature indépendante, elle a déclaré rester fidèle aux idéaux du PDCI, tout en dénonçant le climat interne du parti. « Face à l’atmosphère malsaine qui y règne, j’ai décidé d’y aller seule, avec les valeurs que nous ont transmises nos devanciers, notamment le président Henri Konan Bédié », a-t-elle affirmé lors du dépôt de son dossier de candidature en novembre dernier. « Si je suis élue le 27 décembre, je ne suis pas sûre d’aller au PDCI », a insisté celle qui est proche de Jean-Louis Billon et qui brigue le poste député d’Akoupé.
Du côté du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), pourtant porté par la large victoire du président Alassane Ouattara à la présidentielle d’octobre 2025, le phénomène des candidatures indépendantes est tout aussi prononcé. Héritée des pratiques de l’ancien Rassemblement des républicains (RDR), cette tendance voit des cadres, estimant avoir été injustement écartés lors des choix d’investiture, se lancer dans la course électorale en solo.
Ces candidatures indépendantes ont souvent été accueillies avec une certaine indulgence par le parti présidentiel, certains élus finissant par rejoindre les rangs du RHDP après les élections. Toutefois, à l’approche du scrutin du 27 décembre 2025, la multiplication de ces initiatives semble avoir atteint un seuil critique.
Lors du Conseil des ministres du 3 décembre dernier, Alassane Ouattara a exprimé son agacement face à l’ampleur du phénomène. En effet, près de 60 % des dossiers de candidature validés par la CEI seraient le fait d’indépendants. Le chef de l’État aurait exigé un état des lieux détaillé, circonscription par circonscription, afin de déterminer d’éventuels manquements à la loyauté de certains responsables gouvernementaux ou cadres du parti ayant encouragé ces candidatures. Une question qu’il avait déjà soulevée lors d’une précédente rencontre avec le directoire du RHDP, signe que le phénomène des ‘’sans étiquette’’ constitue désormais un enjeu politique majeur à la veille des législatives.
Marc Dossa
