A trois semaines des législatives du 27 décembre 2025, le RHDP aborde la bataille avec un appareil rodé, tandis que l’opposition, éclatée entre candidats déclarés et une vague d’indépendants, tente de rester dans la course.
Après avoir refermé le chapitre de la présidentielle du 25 octobre, la Commission électorale indépendante (CEI) a ouvert désormais la voie au second rendez-vous politique majeur de l’année, les législatives du 27 décembre 2025, destinées à renouveler les 255 sièges de l’Assemblée nationale.
En attendant la validation complète des dossiers de candidatures, un phénomène retient toutefois l’attention : la poussée spectaculaire des candidatures indépendantes, qui représentent plus de 60 % des 1 143 dossiers provisoirement validés par la CEI.
Un raz-de-marée d’indépendants qui bouscule les calculs
Malgré cette effervescence, le véritable rapport de force continue de se jouer entre les partis politiques dans les circonscriptions stratégiques, en particulier à Abidjan. Le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), solide de son maillage national et de sa discipline interne, avance en ordre serré.
Plusieurs poids lourds du gouvernement sont positionnés dans des zones clés : Téné Birahima Ouattara, ministre de la Défense, à Abobo ; Adama Bictogo, président de l’Assemblée nationale, face à Dia Yohou Houphouët (PDCI) à Yopougon ; Dimba Pierre, ministre de la Santé, face à Ohouano N’Takpe Nicaise (PDCI) à Agboville.
À l’intérieur du pays, Mariatou Koné retente Boundiali, quand Bruno Nabagné Koné vise Blessegue et Kouto, Nialé Kaba se positionne à Bouko et Bouna, tandis que le Premier ministre Robert Beugré Mambé défend les couleurs du parti présidentiel à Songon.
Face à cet appareil structuré, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPACI) a choisi de ne pas participer à ces élections. Le PDCI se présente en revanche comme le principal challenger, avec 205 candidats, en grande majorité issus d’une nouvelle génération, tout en maintenant ses cadres dans certains bastions.
À Yopougon, Dia Houphouët entend notamment faire mordre la poussière Adama Bictogo, comme il l’a fait il y a cinq ans à Gilbert Kafana Koné. À Cocody, le maire Jean-Marc Yacé affrontera Célestin Koala et Colette Koné du RHDP.
Des indépendants… parfois très proches des partis
La montée massive des indépendants intrigue autant qu’elle interroge. Si beaucoup se déclarent autonomes, plusieurs seraient, de l’avis de nombreux observateurs, des prolongements discrets des grandes formations politiques. Une stratégie qui permettrait aux partis, opposition comme pouvoir, de contourner certaines frustrations internes ou d’élargir leur base locale.
Rien n’empêcherait d’ailleurs ces élus indépendants de réintégrer leur parti d’origine après leur victoire.
Toutefois, malgré ses 938 candidatures cumulées, l’opposition peut-elle réellement inquiéter le RHDP, qui dispose non seulement de 205 candidats officiels mais aussi de la force de ses 168 députés sortants ?
L’analyse de Landry Kuyo
Pour l’analyste politique et juriste Landry Kuyo, les indépendants constituent un ensemble hétérogène. « Certains proviennent directement des partis, d’autres réagissent à des frustrations internes, notamment au PPACI, au RHDP ou encore au PDCI », explique-t-il.
Selon lui, leur véritable ancrage politique n’apparaîtra qu’après le scrutin. « Beaucoup retourneront vers leur parti s’ils remportent leur siège. Cela traduit un dynamisme démocratique, y compris au sein des formations politiques », ajoute le juriste.
Il souligne également la volonté croissante de citoyens de s’engager sur la base d’un projet personnel. « Le mandat de député attire parce qu’il offre un espace d’action. Une nouvelle génération se prépare à prendre la relève », relève Landry Kouyo.
Un RHDP avantagé par son statut et un contexte favorable
Malgré la poussée des indépendants, l’analyste politique estime que le RHDP conserve plusieurs avantages : son statut de parti au pouvoir depuis plus de quinze ans ; l’influence du président Alassane Ouattara ; l’absence officielle du PPACI dans la bataille… « Dans de nombreuses zones où le RHDP était fragile, l’absence du PPACI va le renforcer », analyse-t-il.
Il note également que les indépendants issus du parti présidentiel pourraient, en cas de victoire, élargir la majorité RHDP à l’hémicycle.
Un test déterminant pour le PDCI-RDA
Pour le PDCI, dirigé par Tidjane Thiam, l’enjeu est double : conserver ses bastions et, si possible, progresser. « S’il recule, cela signifiera que certaines stratégies n’auront pas porté leurs fruits », estime l’analyste.
Concernant l’éventuelle reconversion d’indépendants en députés RHDP, Landry Kuyo rappelle que « la loi ne l’interdit pas ».
Une bataille ouverte où les électeurs auront le dernier mot
Quelles que soient les stratégies – fidélité aux partis, pari sur les indépendants ou quête de nouveaux visages – la décision finale reviendra aux électeurs.
Le 27 décembre 2025, ils arbitreront un scrutin où rien n’est laissé au hasard.
Reste à savoir qui, du pouvoir ou de l’opposition, tirera le meilleur parti de cette recomposition politique inédite.
BN
