PDCI : Pourquoi la réélection de Tidjane Thiam ne règle rien

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 111 vues
Le PDCI court le risque de ne pas avoir de candidat à la présidentielle d’octobre 2025.

Moins de 72 heures après avoir annoncé sa démission de la présidence du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Tidjane Thiam a été réélu à la tête de l’ex-parti unique. Une manœuvre stratégique censée éteindre les contestations, mais qui ne fait qu’alimenter les critiques persistantes à son encontre.

Le PDCI, et en particulier Tidjane Thiam, attendaient ce jeudi 15 mai la décision de la justice concernant la plainte de Valérie Yapo. Celle-ci a finalement été reportée à jeudi prochain. En anticipation de ce verdict, l’ancien patron du Crédit Suisse a opté pour une stratégie qu’il estime imparable : une démission suivie d’un retour express à la tête du parti. Dimanche, il rend son tablier de président du PDCI. Trois jours plus tard, le voilà réélu. En toile de fond : la procédure lancée par Valérie Yapo, membre du Bureau politique du parti, qui conteste la légalité de son élection du 23 décembre 2023.

Selon elle, Tidjane Thiam ne remplissait pas une condition fondamentale exigée par les textes du parti : être de nationalité ivoirienne. Or, sa demande de renonciation à la nationalité française, engagée en février 2024, prouve, selon la plaignante, qu’il ne détenait pas la nationalité ivoirienne au moment de son élection. Elle pointe également son absence prolongée du Bureau politique, condition tout aussi essentielle pour briguer la présidence du PDCI. Forte de ces arguments, elle a saisi la justice pour demander l’invalidation de son élection.

La situation s’est encore complexifiée lorsque le tribunal de première instance a acté, le 22 avril 2025, la radiation de Tidjane Thiam de la liste électorale provisoire. Face à cette décision, l’ancien directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD) a modifié sa stratégie, en démissionnant, puis en organisant un nouveau congrès électif, il espère rendre la procédure caduque.

Son avocat, Me Emile Suy Bi Gohoré, interrogé lundi dernier par nordsud.info estimLe PDCI court le risque de ne pas avoir de candidat à la présidentielle d’octobre 2025.ait que « ce que demandait la plaignante, c’était que l’élection du président soit déclarée nulle au motif qu’à cette date, il n’était pas Ivoirien. Or, il n’est plus président puisqu’il a démissionné. Elle exigeait également que le doyen d’âge des cadres du parti soit désigné président par intérim, ce qui a été fait. En cela, la procédure devient sans objet ».

Redevenu Ivoirien de plein droit, suite à la décision des autorités françaises d’accepter sa renonciation à la nationalité française, Tidjane Thiam a donc été reconduit à la présidence du PDCI à l’issue du congrès de mercredi. Une élection sans adversaire, qui suscite toutefois plus de réserves que d’enthousiasme.

UN DÉFICIT PERSISTANT DE LEGITIMITE

Malgré la décision judiciaire favorable sur une autre plainte déposée par un militant du parti, Marien Judith Kouamé — qui réclamait l’annulation du congrès électif —, des voix critiques continuent de s’élever. Pour beaucoup, la réélection de Thiam dans ces conditions reste entachée d’un manque de transparence. Le fait qu’il ait été le seul candidat en lice renforce le sentiment de favoritisme et de verrouillage du processus.

Déjà, à la fin de l’année 2023, deux anciens ministres du parti, Jean-Louis Billon et Thierry Tanoh, avaient exprimé leur indignation dans une déclaration conjointe :

« Aujourd’hui, grande est notre déception de constater l’opacité dans laquelle est conduit le processus électoral devant aboutir à l’élection du nouveau Président du PDCI-RDA. Quelle crédibilité et légitimité aura un Président élu dans de telles conditions ? […] Les communiqués et déclarations contradictoires que nous observons en ce moment en sont une preuve consternante ».

Au cœur du malaise, la perception d’un parachutage orchestré en faveur d’un homme revenu de longues années d’exil professionnel, après avoir quitté le pays au lendemain du coup d’État de décembre 1999. Ce retour en politique, motivé selon certains par une ambition présidentielle, a été facilité par une frange de cadres influents du parti, qui n’ont pas hésité à interpréter les textes à leur convenance pour le hisser à la tête du PDCI.

UN OBSTACLE JURIDIQUE MAJEUR SUBSISTE

Mais au-delà des critiques internes, un problème juridique de taille subsiste : Tidjane Thiam demeure radié de la liste électorale. Selon le code électoral ivoirien, il ne peut briguer aucun mandat électif tant qu’il ne sera pas réinscrit sur cette liste. Or, la prochaine révision du fichier électoral n’est pas encore programmée. Sa réélection à la tête du parti, aussi habile soit-elle, ne résout donc rien quant à sa candidature à la présidentielle d’octobre 2025.

Valérie Yapo, qui a contraint l’ex-DG du BNETD à revoir sa stratégie initiale, reste confiante.

« On juge sur des faits antérieurs. C’est sur cette base qu’il a été radié de la liste électorale. Je ne pense donc pas que la décision que nous attendons pourrait aller dans un autre sens », soutient-elle à nordsud.info.

Autrement dit, si la radiation a été fondée sur le non-respect des conditions de nationalité, ces mêmes raisons pourraient suffire à faire annuler son élection à la présidence du parti.

Marc Dossa

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