PDCI : Thiam cherche péniblement son angle d’attaque contre Ouattara

par NORDSUD
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« Je ne suis pas économiste. Je suis ingénieur. Je fais des choses concrètes. Ce qui m’intéresse ce sont les dispositions qui ne marchent pas, pas les solutions qu’on ne voit pas ». Ce 09 décembre, alors qu’il était encore dans le costume de candidat à la présidence du principal parti d’opposition, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), Tidjane Thiam avait embouché la trompette avec ces mots qui ont défrayé la chronique. Dans le camp du parti au pouvoir, ces propos ont été reçus comme un sous-entendu visant à présenter le Président Ouattara, économiste assumé, comme un fétichiste des chiffres économiques sans impact réel sur la vie des citoyens. Si le mercure était monté d’un cran avec les réparties au vitriol du ministre de la Communication, Amadou Coulibaly et du Gouverneur d’Abidjan, Ibrahim Cissé Bacongo, de l’eau a coulé sous le pont.

Plébiscité à la tête du Pdci, le 22 décembre, le patron du vieux parti est en passe d’enfiler officiellement le lourd costume de chef de l’opposition. S’il n’a pas dans sa rhétorique le langage terre-à-terre et les diatribes de Laurent Gbagbo, encore moins le calme olympien de son mentor le Sphinx de Daoukro, Tidjane Thiam semble avoir opté pour le style de l’opposant adepte de sous-entendu et de présupposés. Ce 5 mars, à l’occasion de sa conférence de presse, le numéro un du Pdci s’est une fois de plus adonné à cet exercice avec des phrases dont les réseaux sociaux ont fait leurs choux gras.

Emprunts

« On ne peut pas se développer uniquement en empruntant à l’extérieur. Générer des fonds propres en monnaie locale c’est le prix de l’indépendance, si vous ne pouvez pas financer votre économie, vous n’êtes pas indépendant. Quand vous avez une population jeune, vous pouvez avoir des systèmes de retraite à long terme. Parce que vous êtes en phase d’accumulation, ces gens sont jeunes et il ne faut pas gaspiller ces ressources. Ce sont des ressources qui ne créent pas de problèmes d’endettement développement de l’épargne et de ressources à long termes générés dans et par l’économie nationale », a-t-il lancé. Tidjane Thiam fait ainsi implicitement allusion au choix de politique économique de la Côte d’Ivoire, sous le gouvernail du président Alassane Ouattara, orienté vers des levées de fonds sur le marché obligataire international. En prenant le parti de critiquer ce choix, Tidjane Thiam propose sa recette : s’appuyer sur des systèmes de retraites à long terme pour la jeunesse pour co-financer l’économie. Une ébauche de solution avantageuse sur le papier, théoriquement digne d’intérêt, certes, mais qui semble irréaliste voire idéaliste au vu de la forme de l’économie ivoirienne. En effet, 51% du PIB de la Côte d’Ivoire relève du secteur informel, un secteur non-bancarisé et qui a un rapport quasi-inexistant avec le système de retraites. Autre statistique marquante : 90% des travailleurs ivoiriens en activité exercent dans le secteur informel et sont par ricochet exemptés des systèmes de sécurité sociale.

La manne financière à laquelle fait allusion le président du Pdci-RDA proviendrait donc d’un système de retraite auquel seulement une partie des 10% des travailleurs ivoiriens souscrivent. Un pourcentage duquel il faudra déduire les travailleurs en situation d’emploi précaire. Ce qui démontre combien la solution Thiam est en inadéquation avec les réalités actuelles du marché de l’emploi ivoirien, d’autant que les montants potentiellement mobilisables par le biais d’un système de retraite des jeunes semblent résiduels. En guise d’alternative, dans la droite ligne des initiatives pour faciliter la mobilisation future d’une part importante des ressources des ivoiriens dans les dettes contractées par la Côte d’Ivoire, le gouvernement fait un travail de fond. Par le biais des mesures comme le régime social du travailleur indépendant et la facilitation du mode opératoire de formalisation des entreprises du secteur informel, l’Etat réduit crescendo la part informelle dans l’économie et augmente le nombre de souscripteurs à la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps). Des mécanismes qui permettront crescendo d’augmenter les ressources liées au système de retraite à long terme et son usage dans le financement public. Par ailleurs, outre le marché obligataire international, la Côte d’Ivoire actionne d’autres leviers de financement, à l’instar du marché financier de l’Union monétaire ouest africaine (Umoa), sur lequel le pays a levé, le 27 février 2024, un montant 52,616 milliards FCFA. Sur le tatami de l’économie, en taclant subrepticement le régime Ouattara, Tidjane Thiam se construit un ethos. L’ethos d’un opposant qui ne jouera pas la carte de l’opposition frontale face au bilan de Ouattara, mais plutôt celui d’un critique de la méthode Ouattara, des limites de ses choix. Cette posture sera-t-elle suffisante pour peser dans la balance en 2025 ?

Charles Assagba

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