A deux mois de la présidentielle, le climat politique s’alourdit, nourri par des tensions autour des partis de l’opposition, principalement le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPACI). Plusieurs cadres et militants de la formation politique de Laurent Gbagbo font face à la justice après les violences survenues début août à Yopougon. Mais au-delà des procédures judiciaires, c’est le discours même de l’ancien chef de l’État qui apparaît comme un piège implicite pour ses partisans.
Dans la nuit du 1er au 2 août, un bus de la SOTRA et un véhicule de police ont été incendiés. L’enquête ouverte a conduit à la mise en cause de plusieurs figures du PPACI, dont Moïse Lida Kouassi, ex-ministre de la Défense et Boubacar Koné, ancien diplomate. Le procureur Oumar Braman Koné a précisé que ces actes visaient à « provoquer un climat de terreur » après l’annonce de la candidature du président Alassane Ouattara pour un quatrième mandat.
Ces poursuites judiciaires trouvent un écho particulier dans les propos tenus par Laurent Gbagbo le 7 juin dernier, lors d’un meeting dans la commune de Port-Bouët. Contestant sa radiation de la liste électorale, l’ex-président avait averti qu’il ne se laisserait pas faire. « Des gens que j’ai ramenés à la vie veulent me jeter au royaume de la mort. On a publié une liste sur laquelle il n’y a pas le nom de Laurent Gbagbo. On a publié une liste sur laquelle il n’y a pas Tidjane Thiam, sur laquelle il n’y a pas Guillaume Soro, etc. Est-ce que vous avez compris ça ? Que moi, Laurent Gbagbo, je ne serais pas digne d’être candidat à la Présidence de la République parce que j’ai volé », avait-il annoncé la couleur, fustigeant la perspective d’un quatrième mandat du chef de l’Etat sortant. « Ceux qui ont fait la liste savent que je ne suis pas un voleur. Comme ils veulent qu’on se batte, on va se battre », avait prévenu l’ex-chef de l’Etat. Une déclaration qui, pour nombre d’observateurs, aurait poussé ses partisans à ‘’prendre leurs responsabilités’’.
Appel à la fermeté politique ou incitation voilée à la confrontation ?
Pris au pied de la lettre, ces mots semblent avoir inspiré certains militants, aujourd’hui placés sous mandat de dépôt pour « acte terroriste » et « complot contre l’autorité de l’État ». En cherchant à galvaniser ses soutiens, Laurent Gbagbo les a sans doute, de fait, exposés au risque de franchir la ligne rouge entre contestation politique et infraction pénale.
Le paradoxe s’est encore illustré le 16 août 2025 à Yopougon. Alors que ses partisans scandaient des slogans xénophobes, l’ancien président les a rappelés à l’ordre, tout en réaffirmant son opposition radicale à un nouveau mandat de M. Ouattara. « Je voudrais que vous alliez lui dire qu’il ne fera pas de quatrième mandat. Je refuse. Notre détermination est claire et sans faille. Il n’y aura pas de quatrième mandat », a-t-il martelé. Une posture qui entretient la ferveur militante, mais qui pourrait aussi continuer à alimenter les dérapages.
Dans un contexte électoral déjà tendu, le discours de Laurent Gbagbo – entre appels à la vigilance démocratique et rhétorique de combat – agit comme un piège pour ses propres soutiens, tiraillés entre loyauté et risque judiciaire. Une réalité que le PPACI refuse de reconnaître.
Marc Dossa
