La fin de l’Alliance pour une alternance pacifique
L’Alliance pour une alternance pacifique, n’aura vécu que seulement quatre petits mois. Sa messe de requiem a été célébrée ce jeudi 19 juin 2025 au QG du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo.
Les amis des mes amis, ne sont pas toujours mes bons amis. Cette réalité va rythmer dans les prochains jours, les tentatives de rassemblement de l’opposition ivoirienne, profondément divisée, dans la perspective de la prochaine élection présidentielle. Ce jeudi 19 juin 2025, comme cela se murmurait depuis 48 heures au moins, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), ont décidé de se mettre en alliance, pour faire front commun contre le parti présidentiel, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).
Gbagbo et Thiam fument… le calumet
« Le PPA-CI et le PDCI ont décidé d’unir leurs forces pour que le gouvernement entende le message des Ivoiriens, à une heure où se joue véritablement l’avenir de notre pays », a déclaré par visioconférence Tidjane Thiam, depuis l’extérieur, probablement en France, où il séjourne depuis plus de deux mois.
A sa suite, l’ex-chef de l’Etat, a expliqué ce qui le motive à se mettre avec le successeur d’Henri Konan Bédié, pour se ‘’battre’’ avec le champion du Rhdp, Alassane Ouattara. « Si on ne laisse pas la capacité aux autres de se battre pour être aussi au pouvoir, ce n’est plus la démocratie. Pour le 3e mandat, je n’étais pas là, mais je n’abandonnerai pas le combat contre le 4e mandat », a soutenu l’ancien locataire du Palais présidentiel, qui avait pourtant fustigé dans une interview à TV5, en octobre 2020 la désobéissance civile et le Conseil national de transition, initiés par l’opposition à l’occasion de la présidentielle de cette année.
Contradictions
La conséquence de ce nouveau ‘’mariage’’, c’est qu’elle provoque un nouveau bouleversement dans les rangs même de l’opposition. C’est que, quand l’idée d’une coalition de l’opposition a commencé à germer, en 2024, la question du leadership de cette union s’est vite posée. Ancien chef de l’Etat, Laurent Gbagbo a sans doute pensé qu’il devait être le chef de file de cette opposition. Sauf que le président du PPA-CI était dans une position de louvoiement. En août 2023, il avait indiqué, lors d’une conférence de presse, ne pas avoir pour « vocation de rassembler » l’opposition, comme le faisait Henri Konan Bédié, avec lequel il envisageait la mise sur pied d’une alliance politique avant la disparition de celui-ci le 1er août 2025.
Clivages
Mais, coup de théâtre un an plus tard. Depuis Bonoua, le fief de son ex-épouse, Simone Ehivet, avec laquelle les dissensions sont vives, l’ancien président et fondateur du Front populaire ivoirien (FPI), annonce qu’il tend la main aux partis de l’opposition et aux acteurs de la société civile, en vue de la constitution d’un front contre Alassane Ouattara.
Cependant le projet patine, dans la mesure où Simone Ehivet l’avait déjà devancé et négociait secrètement la constitution d’un autre front de l’opposition auquel le PPA-CI a été convié mais, pour lequel il n’a jamais manifesté d’enthousiasme. Après moult péripéties, la Coalition pour une alternance pacifique en Côte d’Ivoire (CAP-CI) voit finalement le jour le 10 mars et comprend, outre le Mouvement des générations capables de l’ex-Première dame et le PDCI de Tidjane Thiam, de petits poucets de la politique ivoirienne dirigés par des ‘’frustrés’’ de l’ancienne majorité présidentielle de Laurent Gbagbo.
Inimitiées
On y retrouve ainsi Charles Blé Goudé, à la tête du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (CIJEP) ou encore le FPI de Pascal Affi N’Guessan. Si l’inimitié entre Laurent Gbagbo et ses anciens soutiens ou proches peut justifier l’absence du PPA-CI de cette coalition, il y a aussi les propos de Tidjane Thiam, tenus en septembre 2024, qui a contribué à éloigner le successeur de Bédié de l’ancien opposant de Félix Houphouët-Boigny. « Il faut que nous continuions à nous mobiliser. On reste en ordre de bataille. Moi, je suis certain que la victoire est au bout de nos efforts Nous avons la meilleure équipe de Côte d’Ivoire et cette équipe va gagner tous ensemble, nous aurons la victoire », avait affirmé l’ex-patron du Crédit suisse. Puis de dégoupiller la bombe, qui va provoquer l’ire des anciens alliés de son prédécesseurs.
Méfiances
« Vous creusez un trou, vous tombez dans le trou, après vous êtes en train de faire des progrès pour en sortir et vous voulez qu’on vous félicite. Il vaut mieux ne pas creuser de trou ! Je refuse de coopérer avec des tenants de la violence. La fin ne justifie pas les moyens. Tous les moyens ne sont pas bons pour arriver au pouvoir. Et moi je refuse de pactiser avec ceux qui ont recours à la violence. On dit non, il faut faire un deal avec eux et puis après… mais c’est la théorie du serpent dans le pantalon. Une fois que tu as mis le serpent de ton pantalon, ce n’est pas facile de l’en sortir. Donc, je pense qu’on s’est compris », avait-il lâché, au retour d’une voyage à l’extérieur, face à une foule de militants venu l’accueillir.
Rupture et nouvel accord
Toutefois, constatant que son sort est loin d’évoluer dans le sens souhaité, Tidjane Thiam opère un virage à 180°. Une semaine après la marche organisée par le PDCI et ses alliés à Cocody, pour exiger la réinscription sur la liste électorale des opposants, sanctionnés par la justice, à commencer l’ex-ministre du Plan et du développement et trois semaines après un meeting commun tenu à Yopougon, Tidjane Thiam décide d’abandonner en plein vol ses alliés au sein de CAP-CI.
En signant un accord avec Laurent Gbagbo, en vue de la constitution d’un front commun contre Alassane Ouattara, le président du PDCI casse la coalition mise en place il y a 4 mois. Car, il n’est pas question pour les autres partis membres de la CAP, de rejoindre le fameux front commun, ni continuer de collaborer avec le ‘’traitre’’ du moment. Ni Simone Ehivet, ni Affi N’Guessan, ni Charles Blé Goudé ne voudront désormais entendre parler de Tidjane Thiam, qui a choisi de s’allier à leur ennemi-juré de l’heure. L’opposition continue donc de se déchirer et l’ancien CEO du Crédit Suisse poursuit ses stratégies approximatives qui pousse jour après jour le PDCI dans l’abîme.
Marc Dossa
