Primaire, secondaire: Faut-il brûler les Coges ?

par NORDSUD
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Coges par-ci, Coges par-là ! Le fonctionnement des comités de gestion dans les établissements scolaires (Coges) est diversement apprécié aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Alors que certains demandent leur suppression, les collectivités commencent à prendre des mesures drastiques. Débat sur un sujet qui menace de plomber l’école en Côte d’Ivoire.

Le 19 octobre dernier, plusieurs établissements ont été paralysés à Abidjan par des élèves se réclamant de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci). Parmi les raisons évoquées pour justifier ce blocage, les frais annexes faramineux dans les écoles, mais aussi, la mauvaise gestion des comités de gestion des établissements scolaires (Coges). Cela fait des années que la Fesci ne veut pas voir de Coges dans les lycées et collèges.

En embuscade, les parents d’élèves et d’étudiants procèdent par piques successives. «Nous avons toujours été contre la création des Coges. Nous le sommes encore aujourd’hui, parce que la gestion est mauvaise», assène Kadio Claude, président de l’Organisation des parents d’élèves et d’étudiants de Côte d’Ivoire (Opeeci).

Croulant sous les plaintes des parents, le 16 septembre dernier, Assalé Tiémoko, maire de Tiassalé a décidé, non pas de la suppression des Coges, mais de la suspension des frais annexes établis par ces structures dans sa commune. Il sera suivi dans cette démarche par le maire de Divo. Suffit les frais annexes ! a tapé du poing sur la table, le ministre Koffi Kouakou Amedé. Là aussi on accuse les Coges.

Créés en 1995 pour combler le vide laissé par l’Etat dans la gestion interne des écoles, les Coges ont aujourd’hui maille à partir avec l’opinion nationale. Élèves, parents d’élèves, collectivités, tous, veulent leur peau.

Faut-il pour autant brûler les Coges ou au contraire, sont-ils indispensables, malgré tout, pour la bonne tenue des établissements scolaires ?

Les premiers à qui s’adressent ces interrogations, ce sont les mairies et conseils régionaux qui dirigent les Coges au primaire et au secondaire.

Serrer les boulons

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les collectivités sont divisées sur la question.

À Attécoubé, par exemple, on est dans le même état d’esprit que les maires de Divo et de Tiassalé : serrer les boulons autour des Coges.  «D’ailleurs, à Divo et à Tiassalé, on n’a pas demandé leur disparition. Ce sont les frais annexes qu’on a suspendus. Et comme ils sont souvent à l’origine de ces frais, on les pointe du doigt», explique l’adjoint au maire Salif Coulibaly. La mairie a eu, d’après lui, une réunion avec les Coges d’Attécoubé, il y a quelques semaines pour mettre les points sur les ‘‘i’’.

 «Les mairies sont les présidents des Coges au primaire. Cette année, la mairie d’Attécoubé a souhaité être bien représentée dans tous les Coges de la commune afin d’avoir un regard sur la gestion. Nous sommes informés de tout ce qui se dit sur ces structures», ajoute-t-il. Avant de mettre en garde : «Si après cela nous constatons toujours des problèmes, nous prendrons d’autres décisions». Lesquelles ? Il n’en dit pas plus.

À Daloa, on n’a pas encore pris de décision. «Les plaintes pleuvent sur la gestion des Coges à Daloa. Chaque année, les parents d’élèves relèvent les sommes colossales qu’ils payent. Ce sont les Coges qui les instaurent. Mais au niveau de la mairie, on n’a pas encore pris de décision. Ce qui ne veut pas dire que la mairie n’a pas conscience du problème», expliquent les services techniques du maire Gbéli Stéphane Auguste.

Au secondaire, les présidents des Coges, ce sont les conseils régionaux. Là aussi on n’est pas sur la même longueur d’onde. Pendant que d’autres fustigent le mauvais fonctionnement de ces structures, Siaman Bamba, président du conseil régional de la Bagoué, a lui, un avis favorable sur les Coges.

Cotisations

«Nous entendons parler de la gestion des Coges. Ici, chez nous, je peux avouer qu’on n’a pas de problème. Aujourd’hui, par exemple, nous avons un déficit d’enseignants dans nos collèges. Pour combler cela, on a besoin des Coges. Nous avons aussi des problèmes d’électricité, de plomberie, qu’ils arrivent à régler. Jusque-là dans la Bagué, nous n’avons pas encore eu de plainte sur leur gestion. Quand on cotise, l’argent est bien utilisé», explique Siaman Bamba. Ce n’est donc pas demain la veille que les Coges seront menacés dans la Bagoué.

Mais que reproche-t-on exactement aux Coges ? «Les cotisations, charge Kadio Claude, président de l’Opeeci». Les parents d’élèves, les plus virulents dans les attaques contre ces structures évoquent les sommes payées après les 6 000 FCfa de l’inscription en ligne. Outre l’inscription physique, on exige les frais Coges aux élèves. Dans les établissements comme le Lycée moderne de Cocody ou le Lycée classique d’Abidjan, ce sont des frais fixes. Ils varient de 6 000 FCfa à 12 000 FCfa par élèves. «Ce sont des milliards qui sont gérés par les Coges», charge Kadio Claude, président de l’Opeeci. À quoi sert cet argent ? «Rien», répond-il.

Accusés, les présidents des Coges se défendent. André Koffi Tano, président Coges du Lycée moderne d’Ebilassokro précise une erreur que font de nombreux Ivoiriens. «Les frais annexes n’ont rien à voir avec les Coges», explique-t-il.  Ce sont des frais internes. Il arrive que les établissements décident de payer par exemple des tee-shirts aux élèves, ou des badges, ou encore des droits de sorties qui sont greffés à l’inscription. «On accuse les Coges, mais ils n’ont rien à voir avec cela», insiste-t-il. Les frais des Coges sont liés, à l’entendre, au bon fonctionnement des écoles. Les réparations, les réhabilitations, les charges de gardiennage, etc. Ces frais, même s’ils sont aussi annexes, sont justifiés.

Manque d’enseignants

«Ici, par exemple, nous manquons d’enseignants. Et le manque doit être comblé. C’est le Coges qui se charge de recruter des vacataires pour enseigner. Mais il faut les payer. Au Lycée moderne d’Ebilassokro, au début, il n’y avait que 3 bâtiments de 12 classes. Aujourd’hui, il y en a 6 et nous sommes en train de construire un R+2. Ce n’est pas l’œuvre de l’Etat. C’est le Coges qui a mobilisé des fonds», ajoute-t-il.

D’après lui, le jour où le Coges disparaîtra dans la ville, c’est l’enseignement tout entier qui en prendra un coup. «Parce qu’il n’y aura personne pour prendre la relève, car le gouvernement ne peut pas tout faire», prévient-il.

Un diagnostic confirmé par Serges Richard Coumoé, membre de la plateforme des présidents des Coges de l’Indénié-Djuablin.

«Ceux qui parlent de la suppression des Coges ne vont pas aux informations. Chaque fois qu’un parent d’élève se plaint et qu’il vient vers nous, son avis sur la question change, parce qu’il comprend mieux», signale M. Coumoé.

À Bétié, dit-il, il y a 4 ans, le collège avait un déficit de 15 professeurs. C’est le Coges qui a recruté des vacataires avant que le problème ne soit réglé. «L’Etat nous donne des infrastructures. Mais c’est à nous de les faire fonctionner», mentionne-t-il.

Ce qu’il faut faire

Il reconnaît toutefois qu’il y a des défaillances à relever. Si la pierre est jetée aux Coges, selon lui, c’est parce que certains ne savent pas communiquer. «Chaque année, le Coges demande des cotisations aux élèves pour faire un certain nombre de travaux. Mais à la fin de l’année, il faut communiquer sur ce qui a été fait, sur ce qui n’a pas été fait. Et expliquer pourquoi ça n’a pas été fait», indique Serges Richard Coumoé.

C’est ce défi de communication, poursuit-il, ajouté à la désinformation qui fait dire que les Coges ne travaillent pas. «Chaque année, nous faisons des réunions pour lever des cotisations. Et nous expliquons ce à quoi cela va servir. Il arrive que l’argent ne suffise pas et qu’on soit obligés de solliciter des aides extérieures. Lorsqu’on demande aux parents de cotiser, tout le monde ne le fait pas. Mais les autres l’ignorent. Si l’argent que vous avez reçu ne suffit pas, les travaux ne peuvent pas être réalisés et on pensera qu’il y a eu une mauvaise gestion», s’étend M. Coumoé.

À côté de la communication, souligne le président du conseil régional de la Bagoué, Siaman Bamba, il faut de l’implication. «Il faut avoir un droit de regard sur la gestion. C’est ce que nous avons fait. En s’impliquant, on arrive à éviter tout ce qui est mauvaise gestion», informe-t-il.

L’Etat aussi doit jouer son rôle, selon, Edouard Aka, président de l’Union nationale des parents d’élèves et d’étudiants de Côte d’Ivoire (Unapeeci). Il soulève, lui, un problème très souvent occulté. La clé de répartition des frais d’inscription en ligne qui sont de 6 000 FCFA dans le public.

«Dans les frais d’inscription en ligne, il y a un quota qui revient aux Coges. Mais ils ne le reçoivent pas toujours», note-t-il.  Cette somme qui était de 1 700 FCFA tourne autour de 750 FCFA, précise Kadio Claude. «C’est très insuffisant pour permettre aux Coges de fonctionner. Et lorsque l’Etat nous verse cela, c’est par tranches», rétorque Serges Coumoé. C’est pourquoi ils sont obligés de lever des cotisations à l’école.

Au ministère de l’Education nationale, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, on a toujours tenu le même langage : le fonctionnement des Coges est une affaire interne aux établissements. Devant les plaintes incessantes, Kandia Camara avait plafonné un temps les cotisations des Coges à 3000 FCfa. Mais le suivi de la mesure laisse à désirer. Et c’est rebelote chaque année.

Raphaël Tanoh

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