Depuis décembre 2019, on attend qu’ils soient jugés. Eh bien, le procès de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, en exil, et 19 de ses proches, a débuté ce mercredi avec 13 accusés qui ont comparu.
L’ouverture ce mercredi du procès des pro-Soro devant le tribunal criminel s’est terminée par un renvoi au 26 mai prochain, à 13 heures précises. Une période qui devrait permettre aux avocats de la défense d’avoir toutes les pièces du dossier. Démarré à 14 h, sous une haute surveillance policière et sous la présidence du juge Charles Bini, ce procès n’a été consacré qu’aux observations.
Pendant environ 3 h, les différentes parties, c’est-à-dire, le ministère public assuré par le procureur de la République, Adou Richard, le collectif des avocats de la défense et le collectif des avocats représentant l’Etat de Côte d’Ivoire, vont croiser le fer sur trois points majeurs soulevés par la défense, notamment Me Abdoulaye Diallo.
Le premier point noté dans les observations des avocats, c’est que la défense n’a eu aucune notification de l’arrêt de renvoi des accusés devant le tribunal correctionnel. Ce qui est contraire, dit-il, aux dispositions du code pénal.
Le second point est relatif aux pièces contenues dans le dossier d’accusation. La défense a signifié au juge qu’elle n’a pas eu en sa possession les pièces essentielles pouvant lui permettre de tenir les débats. Parmi les pièces, selon Me Olivier Gohi Bi, se trouve l’enregistrement audio accusant Guillaume Soro, entre autres, de tentative de complot, mais aussi l’enregistrement vidéo montrant la présence d’armes au siège de Générations et peuples solidaires (GPS) et au domicile de l’ancien président de l’Assemblée nationale.
La défense a donc demandé pour cela un renvoi pur et simple du procès. Enfin, le collectif des avocats des accusés a demandé que le juge accorde une liberté provisoire aux accusés, ce, conformément à l’arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (Cadhp) fin 2020.
Instruction
Sur la première demande, Adou Richard répondra que la Côte d’Ivoire ne reconnaît pas la compétence de la Cadhp, puisqu’elle a retiré sa déclaration de reconnaissance de compétence à cette juridiction. Par conséquent, le procureur a requis qu’aucune liberté provisoire ne soit accordée aux accusés.
Ensuite, Adou Richad a souligné que l’instruction du procès a été suffisamment bien menée pendant un an. Il a donc requis que le procès ne soit pas reporté. Le collectif des avocats représentant l’Etat est allé dans le même sens. Me Abdoulaye Méité a notamment relevé que la Cadhp n’a jamais demandé de manière précise que les prisonniers soient libérés.
Des échanges de mots houleux, des interprétations de la déclaration de la Cadhp, ont animé les échanges jusqu’à ce que le juge demande expressément à Me Abdoulaye Diallo de la défense, de tempérer ses propos.
À 15h45, le juge se retire pour délibérer sur la demande de liberté provisoire et celle relative au renvoi du procès, formulée par la défense. Après plus d’une heure, l’honorable Charles Bini revient dans la salle pour annoncer que la défense a été déboutée sur sa demande relative à la libération provisoire des accusés, parce que jugée mal fondée. Toutefois, le tribunal décidera de renvoyer le procès au 26 mai, afin que toutes les pièces du dossiers soient communiquées à la défense.
«Nous exigeons une communication des pièces (…) Nous avons été convoqués depuis 15 jours. Et aujourd’hui on nous dit que le procès est renvoyé pour qu’on cherche les pièces. Le renvoi est pour qu’on cherche des pièces, pas pour qu’on nous les donne !», s’est offusqué Me Olivier Gohi Bi, à la sortie du procès. «C’est une sage décision que le procès est ait renvoyé. Pour nous, Etat de Côte d’Ivoire, il faut qu’il ait un procès équitable. C’est pour cela que nous n’avons pas fait d’objection lorsque la défense a demandé une communication des pièces», a souligné pour sa part Me Abdoulaye Méité.
Décontractés
À noter que ce procès a drainé du monde. Au nombre de 13, les accusés étaient très décontractés. Alain Lobognon est venu, vêtu d’un costume noir, la cravate bien assortie, un peu amaigri mais tout souriant. Dans la salle d’audience du tribunal criminel, Kamaraté Souleymane, alias Soul To Soul, portait un tricot bleu, les cheveux grisés. Pendant les heures de pause, Simon Soro, en tee-shirt blanc, Soro Polno Rigobert, Sekongo Kouleyeri Simon n’ont pas arrêté de deviser de manière décontractée. Ils ont eu le temps par ailleurs d’embrasser leurs familles venues assister au procès.
Le procès qui porte entre autres sur les accusations de complot contre la sûreté de l’État concerne Guillaume Soro, Soro Polno Rigobert, Affoussiata Bamba Lamine, Alain Lobognon, Koné Kamaraté Souleymane alias Soul to Soul, Kassi Kouamé Jean-Baptiste, Débré Souleymane, Kamagaté Adama alias killer, Silué Neguerdjomon Emmanuel. Sans oublier Bamba Souleymane, Dosso Seydou, Koné Ardiouma, Traoré Lamine, Fofana Kouakou, Soro Yedjossigue Simon, Sekongo Kouleyeri Simon, Traoré Babou, Sess Soukou Mohamed, Touré Moussa, Issiaka Fofana, Fofana Bouaké, alias Benito.
Certains des accusés sont hors du pays, d’autres ont été arrêtés depuis le 23 décembre 2019. Il leur est reproché également les faits de participation à une bande armée sans y exercer aucun commandement, détention sans autorisation d’armes à feu de la première catégorie et d’actes de manoeuvre de nature à compromettre la sécurité publique.
Raphaël Tanoh
