Même si la politique de salubrité n’est pas à son comble dans les rues Abidjanaise, Bafétégué Kamagate plus connu sous le sobriquet de ‘’ Kazio Nature’’, joue sa partition dans la protection de l’environnement, en apportant une fière allure aux pneus usés. Un métier noble, qui ne trouve pas d’accompagnement nécessaire pour son expansion .
Yopougon Figayo. Dans un environnement précaire et bondé de monde, est niché l’atelier de Kazio Nature. Un espace encerclé de pneus, de fers, de bois, etc. Des outils essentiels pour son activité. Et c’est un hangar avec une toiture rouillée qui lui sert d’entrepôt.

confection d’une table simple
Après la confection d’une table simple, commandé par un client, Kazio Nature et ses deux employés se reposent.« A cause de la période de carême, beaucoup d’activités sont en pause, mais après tout va bouger, j’en suis certain » , nous rassure-t-il ce vendredi.
Ils sont au nombre de cinq dans cet atelier. Mais, vu le ralentissement de leurs activités, les deux autres employés ont préféré s’occuper ailleurs.
Après avoir abandonné son métier de laborantin photo, Kazio Nature décide de s’adonner à la fabrication de meubles. Un métier qu’il ne maîtrisait pas auparavant. « Avec l’évolution de la technologie, les gens préfèrent prendre les photos et les garder dans leurs téléphones. Le traitement des photos n’allait plus être d’actualité. Alors, étant une personne qui aime se démarquer et inventer des choses nouvelles, j’ai proposé à un ami menuisier qui était en attente d’un matériel pour la confection d’un pouffe, d’utiliser le pneu et ça donné le résultat que vous constatez aujourd’hui », nous révèle t-il.
Il a ainsi décidé de s’auto-former afin de satisfaire les nombreuses demandes. « J’ai confectionné des pouffes et quand j’ai vu plusieurs réactions suite à ma publication sur les réseaux sociaux, je me suis dit que je pouvais en faire mon métier en m’améliorant », ajoute t-il. Depuis 8 ans maintenant, cet autodidacte a trouvé sa voie dans la confection des meubles fait a base de pneus. Le coût d’un salon ( fauteuils , tables ) est estimé à 150 000 FCFA. Et il réalise un bénéfice moyen de 200 000 FCFA par mois, en fonction de la demande.
«Les gens trouvent que mes tarifs sont coûteux, mais ils ne prennent pas en compte le travail effectué derrière. Parce que je me promène dans les rues et je fais le tri des pneus qui feront valoir mon travail », souligne-t-il. C’est tous les efforts consentis derrière cette activité pleins de risques que nous expose Kazio Nature. Après la récupération des pneus, il prend le soin de les laver, de les assainir avant de procéder au recyclage, pour ensuite redorer leur aspect. Et il s’expose lui même à des maladies. « Quand je vois mes créations, je suis fière car j’ai la sensation d’avoir sauvé des vies », nous confie-t-il.
Cet inventeur a déjà reçu la visite de plusieurs médias internationaux et même celle d’Anne Desiré Ouloto alors ministre de la Salubrité urbaine, qui est passé à son atelier lors de la journée internationale du recyclage et lui a remis la somme de 500.000 FCFA, afin de l’encourager . « Cet argent m’a permis d’acheter du matériels », nous dit il .
Cet autodidacte ne bénéficie pas d’un accompagnement conséquent pour améliorer sa chaîne de production et exposer ses objets. « Je débourse parfois de l’argent pour faire transporter des pneus de motos, depuis Yamoussoukro parce qu’il n’y a pas une chaîne de recyclage », explique t’il .
Le recyclage est à mesure de générer de nombreux emplois et selon Kazio Nature, les jeunes entrepreneurs ne sont pas soutenus à plein temps. « Alors qu’en Chine, lorsqu’une personne pond une idée, on l’aide dans ce projet afin de multiplier la production. Pour se prendre un magasin on nous parle de pas-de-porte , un droit d’accès qui vaut 2000.000 voire 10.000.000 de F ».
Le pas-de-porte ou droit d’entrée correspond à une somme que doit verser le locataire pour pouvoir disposer d’un local. C’est en partie à cause de cette caution énorme que cet entrepreneur se retrouve coincé dans son taudis et ne parvient pas à exposer et vendre ses objets comme il le souhaite. « J’ai certes des entrées d’argent, mais à la fin du mois il faut retirer les charges. Avec 500.000 FCFA, il est impossible de se prendre un magasin. Alors, je demande à nos ministères de nous aider afin d’alléger nos charges pour que l’entrepreneur ivoirien puisse s’épanouir », promet Kazio Nature .
Solange Nebie
