Refus du vaccin, incivisme : Covid-19, la fermeté demandée à l’Etat

par NORDSUD
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Plus d’un an après l’apparition du premier cas de Covid-19 en Côte d’Ivoire, la méfiance des Ivoiriens vis-à-vis de cette pandémie décline de jour en jour. Que fait-il faire instaurer la vigilance ?  

À la date du dimanche 11 avril 2021, la Côte d’Ivoire comptait 45.206 cas confirmés de Covid-19, dont 44.629 personnes guéries, 263 décès et 314 cas actifs. Le nombre total d’échantillons analysés est de 556.152. Dans le même temps, selon le ministère de la Santé, de l’hygiène publique et de la couverture maladie universelle, 68 843 personnes ont été vaccinées contre la pandémie. Cela, plus d’un mois après le début de l’opération. Soit 0,33% de la population. Là où le Maroc et le Sénégal ont piqué respectivement 4 millions et 160.000 de leurs citoyens.

Si la Côte d’Ivoire dispose encore de l’un des meilleurs taux de létalité au monde, avec environ 0,6% de cas de décès, le contraste avec l’incivisme notoire des populations est cependant frappant. Partout, ou presque, on foule aux pieds les mesures barrières. Le vaccin Covid-19 ? Les autorités peuvent toujours courir.

Faibles échantillons

«À voir le nombre d’échantillons analysés en un an, on comprend que les gens ne font pas assez leurs tests. Surtout que parmi ces échantillons, on retrouve des personnes qui ont fait leurs tests plusieurs fois», déplore un proche collaborateur du directeur général de l‘Institut national de l’hygiène publique (Inhp), Pr Bénié Bi Vroh Joseph. Avant d’ajouter : «Le seul endroit où le test Covid-19 est obligatoire, c’est à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny, quand vous voulez voyager. En dehors de cela, beaucoup de personnes ne vont faire leurs tests que lorsqu’au travail, par exemple, des cas de Covid sont signalés et qu’on demande au reste des employés d’aller faire le test. La Côte d’Ivoire a augmenté ses capacités de tests, mieux que de nombreux pays de la sous-région». De plus, la sensibilisation, poursuit notre informateur, a été faite à tous les niveaux. Médias, réseaux sociaux, opérateurs mobiles, artistes, guides religieux, chefs coutumiers, etc. «La Côte d’Ivoire est un exemple en la matière», termine-t-il.

Contrôle à l’aéroport

Mais, pour Marius Comoé, président du Conseil national des organisations de consommateurs de Côte d’Ivoire (Cnoc–CI), il y a bien de domaines où la Côte d’Ivoire pèche. Les contrôles à l’aéroport, par exemple, doivent être plus rigoureux, d’après M. Comoé. «Le virus est venu de l’extérieur. Les gens qui entrent sur le sol ivoirien présentent parfois des attestations de tests Covid, qui ne sont pas valables, ou qui ne respectent pas le délai prescrit qui est de 7 jours. Mais, tous ne suivent pas toujours la mise en quarantaine exigée. De plus, on l’a vu : un réseau de délivrance de fausses attestations de test négatif de Covid-19 a été démantelé. Tant que le filtre à l’aéroport ne sera pas garanti, on ne sera pas tirés d’affaire», prévient-il.

En effet, depuis l’épisode de l’Institut national de la jeunesse et des sports (Injs) en mai 2020, le protocole de mise en quarantaine est-il toujours suivi pour les voyageurs qui entrent sur le sol ivoirien ? Difficile à juger.

Concerts et lieux publics

«Il faut mettre de la rigueur pour les voyageurs qui entrent sur le sol ivoirien. Mais il faut aussi mettre de la rigueur en interne», renchérit Soumahoro Ben N’Faly, président de la Fédération nationale des organisations des consommateurs de Côte d’Ivoire (Fenoc-CI). Le président de la Fenoc-CI dit ne pas comprendre que pendant qu’on parle de mesures barrières, les concerts soient autorisés, les lieux publics soient ouverts, sans aucun respect des mesures sanitaires.  Un point de vue partagé par Fadal Dey, artiste chanteur reggae. «Il est vrai que la situation n’est pas facile pour les artistes. Nous remercions l’Etat pour avoir autorisé les concerts. Mais pour rester dans le ton du respect des mesures barrières, on pourrait réduire le nombre de places pendant les concerts et aussi réduire par la même occasion le coût de location des salles, au palais de la culture de Treichville. Tout le monde y gagne», propose Fadal Dey.

Lieux de culte

Au niveau des lieux de culte, selon Bacoundi Ouattara, imam de la mosquée de la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), les mesures barrières passent à la trappe. «Malheureusement, pendant cette période de ramadan, les lieux de prières vont se multiplier dans tous les coins de rue. Très peu de personnes suivent la distanciation, le port du masque et le lavage des mains. Il faut de plus en plus impliquer les imams dans la sensibilisation, sinon ça ne marchera pas», fait-il remarquer.

Transport

Autre milieu où l’incivisme face à la Covid-19 réduit à néant tous les efforts des autorités : le transport public. Soumahoro Raymond, président de l’Union des fédérations des syndicats chauffeurs de Cocody, membre de la faîtière des conducteurs de Côte d’Ivoire, rassure pourtant qu’ils sont impliqués dans la sensibilisation. «Nous avons initié des actions de sensibilisation dans le milieu. C’est dans le suivi des mesures qu’il y a problème. Tant qu’il n’y a pas de répression, les passagers ne suivent pas les consignes des chauffeurs. Il faut que les policiers les oblige à porter leurs masques, parce qu’ils n’écoutent pas les chauffeurs. Si vous demandez à un chauffeur de ne pas prendre un client qui n’a pas de masque, c’est de l’argent qu’il perd, parce qu’un autre le prendra».

Amendes

Les amendes : voilà ce qu’il faut faire, à entendre Soumahoro Ben N’Faly. «On doit faire le bonheur des Ivoiriens sans leur avis. Vous avez aujourd’hui des pharmacies ou des services qui refusent que les clients entrent dans leurs locaux temps qu’ils n’ont pas de masque. Ce sont pourtant des personnes qui viennent leur donner de l’argent. C’est pour moi, des exemples à louer. L’Etat doit durcir le ton en obligeant les passagers des véhicules de transport en commun à porter des masques. La Sotra a mis de la rigueur dans ce domaine et ça marche. Ce qui veut dire que si on veut, on peut. Il faut instituer des amendes pour les contrevenants et veiller à ce qu’elles soient appliquées».

Raphaël Tanoh

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