Rentrée scolaire 2024-2025 : en attendant la subvention, nos écoles publiques manquent d’argent

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 326 vues

ENQUÊTE. Depuis la fin des cotisations dans les écoles publiques, les rentrées scolaires se déroulent en apnée…

La photocopieuse est en panne. Pas de craie dans les salles de classe. L’administration sans eau potable… Selon André Koffi Tano, président du Comité de gestion des établissements (COGES) du lycée moderne d’Ebilassokro, la rentrée scolaire se déroule sans un sou dans les caisses. Situé dans le département d’Abengourou, cette école publique vit quasiment les mêmes problèmes depuis la fin des cotisations dans les écoles. « L’urgence pour nous est de trouver des ressources pour faire face à ces difficultés. Les cadres de la région sont notre seule alternative. Il faut, soit réparer la photocopieuse, soit la changer. Sinon, on ne pourra pas tirer les devoirs des élèves. Le problème d’eau est courant, parce que c’est grâce à un forage que nous avons de l’eau potable. Mais, faute de pression, il faut aller jusqu’au forage pour s’approvisionner », explique André Koffi Tano.

L’argent des bénévoles manque aussi

Le Lycée moderne d’Ebilassokro ne vit pas seul cette situation dans l’Indénié-Djuablin. Aux problèmes d’entretien et de matériel didactique, vient s’ajouter celui lié aux salaires des bénévoles recrutés pour pallier la pénurie d’enseignants. Les écoles de la capitale économique ont les mêmes soucis. Au Lycée moderne d’Abobo, par exemple, le problème affecte quasiment tous les compartiments. Des tables-bancs au matériel de travail des enseignants : craie, marqueur, papier A4, etc. Le collège moderne du Plateau n’est pas épargné. De l’entretien des toilettes à l’éclairage des salles de classes, il faut trouver de l’argent dès cette rentrée.  Parce qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses. « Le problème est général. Il n’y a pas un établissement qui n’a pas de souci en ce début de rentrée scolaire », indique Yaya Sangaré, le chargé de communication de la Plateforme nationale des COGES de Côte d’Ivoire, également président du COGES du Collège moderne du Plateau.

La raison de tous ces soucis ? Le retard dans le décaissement des subventions allouées aux établissements publics. Depuis que l’Etat a sonné la fin des cotisations, ces dernières ne comptent plus que sur cet argent pour assurer leur fonctionnement. Mais les fonds n’arrivent qu’en milieu d’année. « Nous attendons encore que les subventions de l’année scolaire 2023-2024 soient versées aux écoles. Ce qui signifie que les établissements ont d’énormes arriérés envers leurs prestataires. À chaque fois que nous recevons la subvention, c’est pour éponger les dettes de l’année écoulée, avant même de songer à l’année en cours », fait savoir André Koffi Tano.

18 milliards de subvention

Pour éviter les rentrées difficiles, la Plateforme nationale des COGES a déjà plaidé auprès des autorités pour une régularisation de la subvention. La demande est pour l’instant restée lettre morte. Les établissements ayant moins de 1200 élèves reçoivent 6 millions FCFA. Ceux qui ont 1 200 ou plus, sont payés à hauteurs de 5000 FCFA par élèves. Et c’est près de 18 milliards que l’Etat doit sortir de sa poche pour s’acquitter de cette tâche. Un sacrifice à prendre en considération, d’après un proche collaborateur de la ministre de l’Education nationale et de l’alphabétisation, Professeur Mariatou Koné. « Ce sont les parents d’élèves qui ont demandé la fin des cotisations. L’Etat n’a fait que répondre favorablement à leur demande, en payant ces cotisations à leur place. Il était question que les collectivités locales participent à cela, mais elles se sont défilées.  Chaque année, il y a de nouvelles écoles qui se créent, et donc, plus de dépenses pour l’Etat. La Côte d’Ivoire est l’un des rares pays à subventionner l’école de cette façon », indique notre interlocuteur. Qui demande aux COGES de simplement mieux gérer les subventions reçues.

Un seul opérateur photo

Au collège moderne du Plateau, à entendre Yaya Sangaré, ce sont environ 3 000 élèves que gère l’école. Lorsque les subventions arrivent, ils préfèrent privilégier les salaires des prestataires. « Comme ça, nos prestataires continuent de travailler », note-t-il. Avant de reconnaître que d’une école à une autre, les problèmes sont différents.

Conscients de ces difficultés, les parents d’élèves veulent prendre des initiatives. C’est le cas pour l’Organisation des parents d’élèves et d’étudiants de Côte d’Ivoire (OPEECI). « Nous avons choisi un seul opérateur pour faire les photos des élèves dans les établissements, cette année. En retour, l’opérateur s’engage à dégager un fonds qui sera destinée à arranger ou à construire des latrines dans certains établissements », propose Kadio Claude, président de l’OPEECI. Pour lui, les toilettes sont en piteux état dans de nombreuses écoles. « Nous avons vu un établissement à Treichville où les élèves posent les pieds sur des marches pour déféquer », signale-t-il. En plus du fonds qu’ils veulent dégager pour les latrines, l’OPEECI a l’intention de réserver aussi de l’argent pour assurer une rentrée moins difficile aux écoles… En attendant l’arrivée de la subvention.

Georges DAGOU

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