Riz: Ces champions locaux prêts à accompagner la Côte d’Ivoire

par NORDSUD
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Alors que le pays vient de suspendre ses importations de riz pour juguler la surenchère sur le marché, la production locale est de plus en plus au cœur des débats. Des jeunes entrepreneurs qui ont investi dans le secteur veulent tirer leur épingle du jeu.   

Grâce à une surface cultivable d’environ 600 hectares, Stéphane Sucré ravitaille aujourd’hui plus de 4500 clients. Avec la conjecture actuelle, le jeune entrepreneur, appelé ‘‘agripreneur’’, veut augmenter sa marge. Sa marque de riz dénommée Ridissi, est plus raffinée, plus parfumée, avec de longs grains, pour attirer les consommateurs. « Nous avons commencé en tant que simples distributeurs en 2015. Et en 2017 nous nous sommes lancés dans la production avec 10 hectares. 6 ans après, en 2023, nous  cultivions 600 hectares nous-mêmes, sans compter les 100 premiers riziculteurs avec qui on collaborait », note-t-il ce mardi 19 septembre lorsque nous le rencontrons. Tout comme lui, ils sont des dizaines d’‘‘agripreneurs’’ qui opèrent dans le secteur du riz en Côte d’Ivoire. Des entrepreneurs entièrement indépendants qui se sont lancés dans la production locale avec leur propre réseau de distribution. Au moment où il est de plus en plus question de flambée des prix de cette céréale prisée sur le marché ivoirien, ces jeunes ont bien l’intention de prendre leur place. Parmi eux, le champion national, Daniel Williams Oulaï, lauréat du Prix Pierre Castel, qui a pour objectif de soutenir financièrement des projets dans les domaines de l’agriculture et de l’agroalimentaire. M. Oulaï dispose d’une capacité de production de 50 à 100 tonnes de riz par an. Comparé aux besoins sur le sol ivoirien estimés  à 1,8 million de tonnes, c’est assez faible. Mais, pour l’entrepreneur, le moment est venu de s’étendre dans le grand ouest où il opère.

3 000 producteurs

« Nous disposons de près de 3000 producteurs dans cette zone. Et nous n’exploitons même pas 3% des bas-fonds disponibles. Quand on sait qu’il y a environ 60 000 hectares de surfaces cultivables et aménageables dont dispose le pays, nous ne sommes qu’au début de notre potentiel», indique Daniel Williams Oulaï.

La Côte d’Ivoire pourrait s’auto-suffire en riz, d’après lui, si elle parvient à les mettre à contribution. « Nos structures ne cessent de grandir pour augmenter notre capacité de production. Mais aucun riziculteur local n’est capable à lui seul de s’acheter un tracteur pour développer son activité. Ils continuent de semer le riz à la main», ajoute-t-il. Pour M. Oulaï, c’est la principale explication à la stagnation de la production locale. Le pays fournit environ 1,2 million de tonnes de riz blanchi pour une importation qui avoisine les 800 000 tonnes. En 2015 cette même production n’était que de 982 mille tonnes. En 7 ans, les Ivoiriens n’ont fait qu’un progrès de près de 250 000 tonnes. Ça progresse très lentement.

500 milliards FCFA

« L’autosuffisance alimentaire a toujours été une question de volonté politique. Tout ce que nous les entrepreneurs demandons partout en Côte d’Ivoire, c’est un accompagnement. Faciliter l’acquisition des engins et des intrants. Cela ne devrait pas être compliqué. Chaque année, l’Etat dépense 500 milliards FCFA dans l’importation de riz. Cet argent bénéficie en réalité à deux grandes familles qui ont le monopole de l’importation du riz en Côte d’Ivoire. Nous savons tous qui c’est. Mais lorsque nous les riziculteurs demandons une subvention qui ne vaut même pas le dixième de cette somme, nous sommes incapables de l’avoir », ajoute Daniel Williams Oulaï.

Selon Ali Diakité, également ‘‘agripreneur’, avec 60 tonnes de riz dans l’année, le secteur rizicole ivoirien est un tantinet politisé. « Il y a environ 5 ans, lorsque nous sommes allés demander des subventions, les autorités ont exigé une caution d’un milliard FCFA, avant de  pouvoir bénéficier d’un accompagnement. Aucune coopérative de producteurs sur le plan local ne peut mobiliser une telle somme. Qu’est-ce qui se cache dernière cette volonté de nous bloquer ? », se demande-t-il.

Quid de l’Aderiz et de l’Anader

Pourquoi l’accompagnement ne suit pas ? C’est en partie à cause de la faiblesse des agences de l’Etat, selon M. Oulaï. « L’Agence nationale d’appui au développement rural (Anader), notre pole de recherche, n’est plus publique, puisqu’elle a été rachetée par une structure privée qui occupe aujourd’hui 60% des parts et qui dicte aujourd’hui ses choix », fait-il savoir. Le Centre national de recherche agronomique (Cnra) est, lui, en pleine restructuration pour son manque de résultats probants. À l’entendre cela a notamment affaibli l’Agence pour le développement de la filière riz en Côte d’Ivoire (Aderiz) qui n’existe que depuis 2018 et chargée de dicter la politique nationale. « Aujourd’hui, l’Etat doit créer des champions nationaux dans la filière riz. Et accompagner ceux qui sont déjà là. Pour y parvenir, il faut une saine émulation des producteurs locaux, avec un accompagnement constant. C’est comme cela que nous atteindrons l’autosuffisance alimentaire », conclut Daniel Oulaï.

Le riz est l’aliment de base de Ivoiriens.

Manque d’organisation

Au ministère d’Etat, ministère l’Agriculture et du développement rural, on insiste sur le manque d’organisation de ces structures locales, dites disparates. Une source proche du ministre d’Etat Kobenan Kouassi Adjoumani, souligne les progrès fait aujourd’hui par la Côte d’Ivoire en termes de soutien à la production locale. « La politique d’aide de l’Etat se traduit par l’aménagement de bas-fonds, l’apport d’intrants et d’engrais.  Ces aides ne sont possibles qu’avec le soutien de nos partenaires financiers. Pour en bénéficier, nous avons besoin que ces producteurs locaux s’organisent en coopératives. Ce qui n’est pas souvent le cas », ajoute notre interlocuteur.

À ce sujet, selon Ali Diakité, beaucoup ne se reconnaissent pas dans l’Organisation interprofessionnelle agricole de riz, la grande faitière, dirigée par Mory Diabaté. Contacté par Nordsud.info, M. Diabaté a annoncé qu’il préparait une grande sortie de l’organisation pour aborder ces différents sujets. « Pour le moment nous observons. Nous parlerons au moment venu », a fait savoir le président de l’Organisation.

Georges Dagou

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