L’ONG Citoyennes pour la Défense des droits des enfants, femmes et minorités (Cpdefm) a fait de la défense des droits de la femme son cheval de bataille. Dans la foulée de leur récente enquête sur les violences sexuelles concernant les femmes en milieu universitaire, l’organisation soutient mordicus que le sujet des animatrices coquines de téléphone rose sera fissa à leur ordre du jour. « Personnellement, j’ai une connaissance qui m’a fait cas de cette affaire de téléphone rose. Mais l’organisation n’en est pas officiellement informée. Les gens en parlent dans leur entourage mais elles n’en parlent pas publiquement et elles n’ont pas le courage de saisir des ONG ou de se plaindre de peur d’être exposées ou de perdre leur emploi. Alors que ce qu’on leur inflige n’est pas normal. Elles ne devraient pas avoir peur de dénoncer », signale Viviane Tapsoba, Responsable de la commission violence faites aux femmes à l’ONG, que nous avons rencontrée dans le cadre de notre enquête. Pour elle, c’est une atteinte aux droits de la femme dans sa ramification du droit de l’emploi et du travail décent. « Juridiquement, il y a un vide. Il faut y remédier et pour cela il faut que des voix s’élèvent pour dénoncer. L’opinion publique saura qu’il faut réglementer. C’est rabaissant parce que la femme n’est pas un appât sexuel. L’Etat doit réglementer pour ne pas qu’il y ait des dérives », fait-elle savoir.
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Le porte-étendard de l’ONG Cpdefm poursuit: « Quand vous signez un contrat, il faut regarder ce qui est écrit et ce qu’on fait réellement. Quand ce que tu fais est différent de ce pourquoi tu as signé, il y a problème. Si c’était clairement dit dans le contrat les filles ne s’y aventureraient pas et celles qui le feront ne se plaindront pas. Si les employeurs estimaient que c’était normal, ils le mettraient dans leur annonce de recrutement. C’est clandestin et anormal, raison pour laquelle, c’est caché sous la forme du call-center normal ». Imbriqué à cette clandestinité, le cyber mensonge fait également son nid dans cette activité avec la nomenclature de la numérotation qui est truquée pour ressembler à celle de l’occident, sans oublier l’imitation de l’accent hexagonal, l’usage de logiciels de bruitage et de localisation en vue de faire croire à leur interlocuteur qu’elles habitent le vieux continent. Sur ce pan, Viviane Tapsoba éclabousse tout le système des call-centers. « C’est le système des call-centers qu’il faudrait revoir parce qu’ils le font tous. On rentre bel et bien dans l’illégalité. Si on réprime les brouteurs, il faut également réprimer ou faire la différence pour réguler ceux qui le font ».
Contraintes
Mettant le cap sur le silence des filles s’adonnant à cette activité, la figure féministe esquisse à grands traits un héritage culturel. « Dans la question des violences faites aux filles, on fait beaucoup face au silence. Parce que dans notre culture, on estime que la vraie femme a la capacité de la femme à supporter la douleur et à ne pas se plaindre. Les jeunes filles d’aujourd’hui sont également dans cette dynamique, c’est difficile pour elles de venir se plaindre. En plus, le traitement salarial n’est pas décent », indique-t-elle. La ligne directrice du féminisme étant l’affranchissement des femmes de toutes contraintes et étant donné que des activités comme la prostitution sont autorisées, l’ONG serait-elle en faveur d’une légalisation de cette activité afin que les femmes désireuses de s’y adonner le fassent en connaissance de cause ? Ou est ce qu’à contrario, l’organisation s’inscrirait dans une logique de promotion des bonnes mœurs ? « Tant qu’il n’y a pas eu de forcing, de passage à l’acte, de contrainte, on ne parle pas légalement d’atteinte d’un certain point de vue. Parce qu’elles peuvent dire qu’elles avaient envie de le faire. Et c’est leur droit. C’est une réflexion que nous mèneront au moment opportun ».
Charles Assagba
