25 et 26 mars 2004 : la marche pacifique devenue un bain de sang sous Gbagbo

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 62 vues

En trois mois, c’est déjà la troisième fois que l’opposition ivoirienne, qui tente désespérément de s’unir contre le président Alassane Ouattara, organise à Abidjan de grandes manifestations encadrées par les forces de sécurité. Un privilège dont n’avaient pas bénéficié, hier, les adversaires de Laurent Gbagbo.

Combien étaient-ils, ces militants de l’opposition, à marcher derrière leurs leaders, de Saguidiba à Ficgayo, ce samedi 9 août ? En attendant les chiffres officiels de cette mobilisation préparée depuis près d’un mois, une chose est sûre, aucun blessé, aucune disparition suspecte à déplorer. Les marcheurs ont été accompagnés tout au long du parcours par des forces de sécurité qui, une fois encore, ont agi dans le strict respect de leurs prérogatives républicaines.

Marches encadrées

Pourtant, dès l’aube, l’apparition de cargos et autres véhicules de transport de troupes — à l’exclusion des engins anti-émeutes — a réveillé chez certains militants un vieux réflexe : crier au loup. Sur les réseaux sociaux, ils ont dénoncé une mobilisation policière massive. Un réflexe forgé par les souvenirs encore vifs de la répression brutale exercée contre toute tentative de rassemblement sous le régime de Laurent Gbagbo, de 2000 jusqu’à sa chute.

Répressions brutales

Ces craintes trouvent un écho dans un passé récent, notamment celui du 25 mars 2004. Ce jour-là, dans un contexte où le chef de l’État d’alors avait interdit toute marche, l’opposition avait décidé de dénoncer cette violation flagrante d’un droit garanti par la Constitution. Laurent Gbagbo, engagé dans une cohabitation forcée avec le PDCI, le RDR et les ex-Forces nouvelles dans le cadre des accords de sortie de crise, conservait une mainmise sur les forces de défense et de sécurité sur une partie du territoire.

Estimant que l’accord de Linas-Marcoussis était piétiné, l’opposition, avait projeté des manifestations à l’échelle nationale. Mais le régime opposa un refus catégorique et décréta le Plateau, centre des affaires, « zone rouge », interdite à tout manifestant. Pourtant, déterminée, l’opposition maintint son appel à une marche pacifique. La riposte fut d’une violence inouïe. Forces régulières et supplétifs multiplièrent les exactions, à tel point qu’une commission d’enquête de l’ONU fut dépêchée sur place.

L’ONU enquête

Dans son rapport accablant, la commission affirma que « les plus hautes autorités de l’État » avaient monté une « opération soigneusement planifiée » pour réprimer la manifestation interdite. Le bilan qu’elle établit faisait état d’au moins 120 morts, sans compter les cas de torture, disparitions et arrestations arbitraires. « Les 25 et 26 mars, des civils innocents ont été tués de manière indiscriminée ; des violations massives des droits humains ont été commises », pouvait-on lire dans le document, qui mettait en cause la police, la gendarmerie, l’armée, des unités spéciales ainsi que des forces parallèles, toutes agissant « sous la direction et la responsabilité des plus hautes autorités ».

Rapport accablant

Le rapport onusien, fondé sur des observations recueillies lors d’une mission du 15 au 28 avril, dénombrait au moins 274 blessés et 20 disparus, tout en précisant que ces chiffres n’étaient « en aucune façon définitifs ». La police ivoirienne, de son côté, avait communiqué un bilan officiel de 37 morts, dont deux policiers. Les enquêteurs avaient également relevé la présence de 81 corps dans différentes morgues d’Abidjan et de sa périphérie, pour la plupart porteurs de blessures par balles, et n’excluaient pas que d’autres corps aient été dissimulés.

Pour l’ONU, les « preuves écrasantes » recueillies démontraient que ces tueries « n’avaient pas été provoquées et n’étaient pas nécessaires ». Un souvenir sanglant qui relève aujourd’hui du passé. Désormais, l’opposition manifeste sans être inquiétée par le régime d’Alassane Ouattara.

MD

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